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Arminder K.18 août 2017

Après 19 ans de séparation, j’ai retrouvé mes parents en France

Mes parents, victimes en Inde de la répression contre les Sikhs, se sont réfugiés en France alors que j'étais enfant. À 20 ans, je les ai les rejoints...

Par Arminder K.18 août 2017

Je suis née en Inde en mars 1994. En décembre 1995, mon père a dû quitter l’Inde pour venir en France pour des raisons politiques. J’étais toute petite, j’avais 18 mois. Quand j’ai eu 11 ou 12 ans il m’a appelée au téléphone, mais je ne l’ai pas reconnu. Je ne lui avais pas parlé depuis son départ ! On a ensuite parlé au téléphone pendant quelques années. Puis nous avons dû arrêter parce qu’il y avait des problèmes en Inde.

En 2009, quand j’ai eu quinze ans, ma mère est partie rejoindre mon père en France. J’ai donc habité seule avec mes grands-parents paternels pendant cinq ans. Je n’ai jamais eu de numéro pour joindre mes parents.

7h du matin, je n’avais pas vu mes parents depuis tant d’années…

En 2013, mes parents ont eu le statut de réfugiés.

En 2014, ils m’ont rappelée. Je leur ai dit que j’aimerais les rejoindre. Ils ont envoyé des papiers. J’ai été à l’ambassade de France en Inde, mais on m’a dit que je ne pouvais pas partir parce que j’avais plus de 19 ans.

C’est une association, Primo Levi qui, en France, a aidé mes parents à me faire venir. C’est cette association qui les a aussi aidés à avoir des papiers.

Je me souviens quand ils sont venus me chercher à l’aéroport. C’était le 11 octobre 2014. Il était 7 heures du matin. J’ai pleuré en allant chercher ma valise, mais pas devant mes parents, parce que je ne voulais pas qu’ils pleurent. Je ne les ai pas pris dans mes bras. J’étais timide. Il y avait d’autres familles à coté et je ne voulais pas le faire devant elles.

Mon petit frère lui était en pleurs. Oui, parce que j’ai un petit frère ! Il est né en France en 2010, je ne l’avais donc jamais vu avant l’aéroport. Aujourd’hui, il est en CP, il parle punjabi et français.

Depuis toute petite, j’ai envie de travailler dans un aéroport

Maintenant, j’habite donc avec ma famille en France, à Arnouville. Ici, c’est mieux qu’en Inde. Ma religion est la religion sikh, donc c’est très compliqué là-bas en Inde. Ici, les gens ont les mêmes droits.

Quand j’étais en Inde, je faisais des études, j’étais en deuxième année de commerce à l’université.

Arrivée en France, j’ai dû apprendre la langue française. C’était un peu dur, mais j’ai rapidement tout compris. C’est parlé qui est plus compliqué.

Au début, j’ai fait un Diplôme Initiale De Langue Française (DILF) à Solidarité et Jalons Pour Le Travail (SJT) à Villiers-le-Bel. Après, je me suis inscrite à la Mission Locale et j’ai parlé avec mon conseiller de la formation de langue française. C’est difficile pour moi parce que c’est vraiment une nouvelle langue. Et puis à la maison c’est un peu compliqué, les parents qui se disputent, etc. Mais je n’arrête pas. Je continue mes formations.

Arrivée en France, j’ai dû apprendre la langue française. C’était un peu dur, mais j’ai rapidement tout compris. C’est parlé qui est plus compliqué.

Maintenant, je suis à l’Ecole de la deuxième chance, mais je suis en train de chercher une formation pour apprendre mon métier : agent d’escale. Depuis que je suis toute petite j’ai envie de travailler dans un aéroport. Alors qu’avant de venir en France, je n’avais jamais pris l’avion ! Les gens dans les aéroports sont bien habillés, ils parlent bien. Et comme je parle plusieurs langues… C’est depuis que je suis en France que je sais quel métier je veux faire exactement.

 

Arminder, 22 ans, stagiaire à l’École de la deuxième chance, Arnouville

Crédit photo Flickr CC by KaosBrutal

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