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Niaraga D.21 décembre 2019

Quand tu dors dehors, le plus fatiguant, c’est le froid

Mineur isolé étranger, j'ai dormi dehors pendant des mois. Grâce à une association, je dors aujourd'hui dans une caravane, et ça change la vie. Pourvu que ça dure !

Par Niaraga D.21 décembre 2019

Depuis que je suis arrivé en France, en juin 2019, jusqu’en novembre, j’ai dormi dehors. En septembre, octobre, le plus fatiguant, c’était le froid. Parfois, ça m’empêchait complètement de dormir. Toutes les nuits, ça me réveillait. Pour se réchauffer, on se collait avec mon ami et on mettait des couvertures sur nous. C’était une couverture par personne : tu ouvres, tu rentres dedans et tu fermes. C’est Utopia 56 qui donne les couvertures. Ils donnent aussi des tentes, des chaussettes. J’ai demandé des pulls, mais il n’y en avait pas. Mon manteau, c’est une dame des Midis du MIE qui me l’a donné.

L’association Midis du MIE vient en soutien aux mineurs isolés étrangers à Paris. Solutions d’hébergement, distribution de repas et de vêtements… les bénévoles font tout leur possible pour faciliter le quotidien des jeunes primo-arrivants.

Chaque nuit à Paris 100 à 300 mineurs isolés dorment à la rue. Il est du devoir de l'Etat d'ouvrir un espace pour mettre ces jeunes à l'abri.

Publiée par Les Midis du Mie sur Mercredi 11 décembre 2019

Je dormais Porte d’Aubervilliers mais la police nous a dit : « Ils dorment pas ici encore », alors on est partis. Toutes les deux, trois semaines, la police nous demandait de nous en aller. On était obligés de prendre et remettre nos affaires à chaque fois. Je me suis déplacé dans deux foyers à Porte d’Aubervilliers, mais ils disaient qu’il y avait pas de place. C’est pour ça que j’ai dormi dehors pendant trois mois.

Je ne l’ai pas dit à mes amis et ma famille

Le froid, ça me fatiguait tellement que parfois, je dormais pendant les cours de français, parce que j’avais pas dormi et que j’arrivais pas à me concentrer. C’était difficile, mais j’ai tellement envie de parler français que ça m’a donné du courage. La pluie aussi, ça me fatiguait. Manger, c’est dehors aussi… à Porte de la Villette, ou à Couronnes au jardin. Mais on y trouve du café, du thé. Moi, je prends du thé.

Maintenant, ça va mieux, car depuis novembre je suis dans une caravane à Porte Dorée, mais on sait jamais. La caravane appartient à des gens qui font des spectacles. C’est Agathe, des Midis du MIE, qui m’y a logé. Dedans, il fait chaud, il y a le chauffage. Je dors bien, je suis tranquille. C’est trop bien. Maintenant, je suis bien, je suis les cours de français. Hier, il pleuvait et j’ai pu rester toute la journée dans la caravane à boire du thé, du jus, du lait, à manger des biscuits et des bananes. Il y a un salon avec deux lits dedans. Mais si je trouve une maison, on serait mieux, parce que c’est dans un champ, à un kilomètre du métro. C’est loin parce qu’on marche déjà beaucoup toute la journée.

Arrivé en France il y a un an, Mamadou n’a toujours pas été reconnu comme mineur. Alors privé de foyer, il est aussi forcé de vivre dehors :  « Mineur isolé : huit mois à la rue, toujours sans foyer » 

Quand je vais à la bibliothèque à Couronnes ou à Belleville pour passer le temps et pour me réchauffer, je parle sur Facebook avec mes amis et ma famille qui sont au Mali. Ils m’ont pas demandé où je dormais et moi je leur dis pas que j’ai dormi dehors, parce qu’ils sont déjà inquiets pour moi. Je leur ai pas dit non plus que maintenant, je dormais dans une caravane. Parce que si je leur dis, ils vont être très fatigués, se faire trop de souci. Un parent, si son enfant dort dehors, il va plus dormir lui non plus.

 

Niaraga, 16 ans, Paris

Crédit Photo Unsplash // CC Riccardo Mion

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2 réactions

  1. je lui souhaite de réussir car il a beaucoup de courage..il le mériterait !! courage à lui encore plus fort très loin de Paris

  2. Niaraga