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Oryan M.8 janvier 2020

Quartiers Nord : je vis au milieu du commerce de shit

A Marseille, dans mon quartier de Malpassé, je suis témoin du manège entre les dealers et la police. Et des problèmes que ça crée.

Par Oryan M.8 janvier 2020

À chaque sortie du collège, les policiers sont là, debout, avec leur AR (fusil d’assaut) et leur Flash-Ball. Ils se tiennent à l’entrée du quartier à attendre que le charbon (un bloc où des substances illicites – shit, coke, beuh – se vendent à 10 euros, 20 euros, 30 euros, 50 euros) ouvre pour intercepter la sacoche (la personne qui tient les produits).

Ce cirque se déroule une à deux fois par jour. Le sacocheur doit fuir et se cacher pour ne pas que la police l’attrape. Si la police l’attrape, il devra faire de la prison. Mais pire : si le sacocheur fuit et fait tomber la sacoche, il devra rembourser toute la marchandise dans la journée, sinon il se fera tabasser.

Un jour, alors que j’étais avec des amis au stade – qu’on appelle « le kiwi » parce qu’il est tout vert – j’ai vu quelqu’un se faire charcuter. Il avait fait tombé la sacoche avec les produits et n’avait pas de sous pour rembourser. Alors les jeunes du quartier lui ont sauté dessus et l’ont fracassé. Cela s’est déroulé sous les yeux de tout le monde. L’homme est ressorti en sang. J’avais de la peine. Mais il n’aurait jamais dû faire tomber cette sacoche !

Heureusement, quelques mamans de guetteurs en train de frapper l’homme à la sacoche sont intervenues pour qu’ils arrêtent. Sans elles, le jeune serait mort sous les coups ou aurait fini à l’hôpital, ce qui l’aurait envoyé cash en prison pour au moins cinq ou six ans – car tous les jeunes du quartier sont recherchés.

Face à l’ampleur des trafics de drogue dans les quartiers Nord de Marseille, des mères se battent pour éloigner les jeunes du deal. Mali est l’une d’entre elles, et raconte, au micro de France Culture, comment elle se bat pour en sortir son fils.

Le deal donne lieu à des règlements de comptes. Il y a deux ans, trois personnes sont mortes – je n’ai pas le droit de citer leurs noms – alors qu’elles se rendaient au mariage de leur sœur vers deux heures du matin. J’en connaissais un. Tout le tiéquar était choqué.

Beaucoup d’habitants sont partis

La police fait trois passages par jour, mais cela n’arrête pas la vente. Il y a même un policier qui fume avec les guetteurs, c’est devenu une star dans le quartier. Tout le monde l’a sur Snapchat. Il a un uniforme, un vrai Flash-Ball et est toujours accompagné d’autres policiers au cas où ça tournerait mal.

On m’a déjà proposé de guetter une journée. D’abord, j’ai cru que c’était une blague. J’ai dit « non » et on m’a répondu « t’inquiète, bientôt ! » Mais je suis un mec bien moi, je ne guette pas. Je ne veux pas être dans le pétrin.

Les mères de ceux qui habitent au bloc H sont toujours énervées contre les jeunes. Si elles n’acceptent pas de garder les produits dans leur appartement, les jeunes du bloc cassent, brûlent leur voiture. Si elles veulent balancer à la police, ils les menacent.

Yanis s’est mis à dealer au collège pour se faire de l’argent facile. C’est en prenant conscience de l’illégalité de son activité et en voyant la déception de son entourage, qu’il est passé « du deal aux études supérieures ».

La police ne fait rien. Elle ne fait que de passer. Depuis trois mois, elle n’a pas réussi à choper la sacoche !

Beaucoup d’habitants sont partis loin. Ils se sentaient sûrement menacés, alors ils se sont échappés. Dans mon bloc, le onzième étage et le treizième étage ont fui. Merci la police ! Moi, je n’ai pas envie de partir, j’aime mon quartier, c’est là qu’il y a tous mes camarades.

 

Oryan, 14 ans, collégien, Marseille

Crédit photo Hans Lucas // © José Nicolas

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