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Camille4 mars 2021

J’assume d’être queer, sauf chez moi

Cette année, j’ai commencé à porter des crop-tops. Une manière pour moi d'affirmer mon identité queer. Mes ami.e.s l'acceptent mais, à la maison, je me cache.

Par Camille4 mars 2021

La communauté LGBT+ compte plus de quatre-vingt-dix orientations sexuelles et identités de genre. Je ne vais pas toutes les énumérer, cela risque de prendre trop de temps. Moi, je suis bisexuel·le et bigenre. Quand on est LGBT+, dans l’adolescence, il est difficile d’en parler, surtout à nos parents ou à nos grands-parents, car certains trouvent ces orientations et identités « illogiques ». Beaucoup de mes ami·e·s queer ont eu ce genre de réaction de leurs parents. Je suis personnellement dans le même cas que ces adolescent·e·s.

Mes parents ne sont plus très jeunes malheureusement, donc j’essaie de me cacher au maximum quand je porte des crop-tops, c’est-à-dire des t-shirts courts, ou des habits féminisés surtout. Leur réaction m’effraie. C’est sûrement pour ça que beaucoup d’adolescent·e·s attendent leur 17 ou 18 ans avant d’annoncer leur orientation à leurs parents. Heureusement, j’ai beaucoup d’ami·e·s qui m’acceptent comme je suis et me soutiennent, même si cela ne m’a pas empêché·e de subir des regards de travers de la part d’autres personnes.

Je peux aussi être une fille

Je me souviens de la première fois que j’ai porté un crop-top au lycée, au début de mon année de seconde. Avec mon t-shirt, j’ai fait un nœud et j’ai essayé de le mettre en évidence pour que les gens remarquent que je peux aussi être une fille. Dès que j’ai fait le nœud, je me suis senti·e gêné·e et des personnes m’ont lancé des regards pas très rassurants. Certain·e·s m’ont demandé pourquoi je portais ça, mais ils·elles n’avaient pas de mauvaises intentions donc ça m’a rassuré·e. Ensuite, je suis allé·e voir mes ami·e·s pour leur montrer, et au début ils·elles ont trouvé ça bizarre.

Je leur avais déjà dit que j’étais queer, mais pour moi, mon coming-out s’est vraiment concrétisé le jour où j’ai porté ces vêtements. Au début, mes ami·e·s ont un peu rigolé, mais ce n’est pas grave et je les comprends : ça fait plusieurs années que je les connais et c’est la première fois qu’ils·elles me voyaient comme ça. Mais ils se sont habitué·e·s et, au fur et à mesure, je me suis habitué·e moi-même à porter des crop-tops. Et personne ne m’a jamais embêté·e avec ça.

« Camille, are you for the crop-top movement ? »

Beaucoup de personnes ont trouvé que c’était bien ce que je faisais. Cela voulait dire que je m’assumais tel que je suis. Une seule professeure a réagi : ma prof d’anglais. Elle m’a vu·e avec et m’a demandé en anglais, de manière enthousiaste : « Camille, are you for the crop-top movement ? » Ce qui veut dire : « Camille, es-tu pour le mouvement du crop-top ? » Je lui ai dit que oui, et que j’avais aussi des raisons personnelles d’en porter.

Selon une étude de l’IFOP (institut français d’opinion publique) réalisée en 2018, l’établissement scolaire est le lieu au sein duquel les agressions LGBTQIphobes sont les plus courantes, devant la rue et les transports en commun. Au micro d’Europe 1, Bilal Hassani raconte son expérience avec l’homophobie au collège :

Les jours où je mettais des crop-tops, je continuais à cacher ma tenue sous mon sweat pour que mon père ne la remarque pas. Puis, en début d’après-midi au lycée, j’enlevais mon sweat et je ressentais alors un sentiment de liberté. Par contre, en rentrant chez moi, dans le bus, je défaisais de nouveau le nœud de mon t-shirt car je ne voulais pas que mon père ni mon frère me voient comme ça.

Mes parents et mon coming-out ? Je préfère ne pas me poser la question

Je vis chez mon père en semaine et, le connaissant, je peux m’attendre à plusieurs réactions de sa part, y compris le dégoût ou la moquerie, et c’est ce qui m’effraie le plus… Car j’ai déjà entendu mon père tenir beaucoup de propos homophobes et dire des mots comme « PD » ou « tapette » pour définir les gays. Donc j’ai répété ce même scénario tous les jours jusqu’à l’arrivée de l’hiver. Avec le froid, pas de crop-tops, je me contente de joggings moulants et de jeans slim.

À ceux·celles dans mon cas qui n’osent pas parler, essayez de vous assumer tels que vous êtes, de ne pas avoir peur des réactions des gens et parlez-en surtout à vos ami·e·s, c’est très important. Et peut-être qu’un jour vous serez enfin prêt·e·s à en parler à vos parents.

Morgane appréhendait beaucoup avant de faire son coming-out à son père, mais finalement, celui-ci a pris la nouvelle avec amour et fierté.

J’ai le sentiment que c’est important que quelqu’un porte un message d’encouragement. En parlant de nos problèmes, je souhaite que chacun·e puisse se réconcilier avec lui·elle-même. Et en ce qui concerne mes parents et mon coming-out : comment je vais leur dire qui je suis véritablement… ? Je préfère ne pas me poser la question pour l’instant et attendre le bon moment pour le dire, tout simplement.

 

Camille, 14 ans, lycéen·ne, Gardanne

Crédit photo Pexels // CC0 Anete Lusina

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