Solrun G.

Solrun G.31 août 2018

J‘aimerais bien qu‘il existe un genre neutre en français.

“T‘es genre une fille ET un garçon ?”

Avec sa coupe de cheveux courts, sa façon d’être et de s’habiller, Solrun met à l’épreuve les clichés qui, au collège, font les frontières entre garçons et filles.

Par Solrun G.31 août 2018

En primaire, j’étais seule à jouer au foot avec les garçons. À toutes les récrés, toujours la seule fille. Je jouais plutôt bien, mais je me souviens qu’un garçon me disait que je n’avais pas ma place sur le terrain, qu‘une fille ne devait pas jouer pas au foot, mais s‘occuper de la cuisine et du ménage. Il est resté scié quand je lui ai dit que chez moi, mon père faisait le dîner et ma mère montait les meubles. Il faut dire que j’ai une famille très ouverte, avec une mère islandaise (le pays le plus égalitaire d’Europe !).

C‘est vers cette période que j‘ai découvert les notions de sexisme, de féminisme et avec ça d‘homosexualité, bisexualité, transexualité. Plus tard j‘ai ressenti cette différence quand je me suis coupé les cheveux. Une coupe courte, « masculine ». Avec un corps pas encore très « féminin ». Et un style tout à fait androgyne. Deux jours plus tard, je me prenais des remarques : « T‘es gouine ? », « Est-ce qu‘il y a des garçons qui te draguent ? », « Des filles ? », « T‘es genre une fille ET un garçon ? ». Certains pensaient que j’étais un garçon efféminé.

De la curiosité à l’homophobie

Une fois, à la cantine, je me suis disputée avec un garçon qui nous avait doublés. Il m’a dit : « Vas-y, c‘est pas un pédé qui va me dire quoi faire. » Ses amis ricanaient. Un de ses potes a demandé : « Eh mec t‘es sûr que c‘est un gars ? » J’ai répondu avec un grand sourire : « Devine ! » J’aimais bien jouer ce jeu pour voir la réaction des gens. Le mec a répondu : « Je sais pas, c‘est un mec même s‘il s‘habille un peu comme une fille. » Quand une fille a dit tranquillement que j’étais une fille, il a éclaté de rire : « Sérieux ? Mais t‘as pas de formes ! Pas de cul, pas de seins ! » Ses amis riaient avec lui.

Un autre jour, dans les toilettes des filles, une fille m’a carrément demandé : « T‘es un mec ? » Toutes celles qui étaient là ont dit : « Sérieux ? T‘es une fille ? On dirait pas… » Puis, une m’a dit : « Prouve-le. Montre tes ongles. » Je riais parce que je trouvais la situation assez comique. Je trouvais aussi très décevant qu’elles pensent qu‘il n‘y a qu‘une façon d‘être une fille. J’ai répondu : « Vous n‘allez quand même pas me demander de baisser mon pantalon, si ? C’est pas parce que je ne me maquille pas que je ne suis pas une fille, je n‘ai pas votre look, c‘est tout. Maintenant, arrêtez de penser comme ça, ça vous fera du bien, ciao, merci… » Après ça, plus aucune fille du collège n‘est venue m‘expliquer comment je devais m‘habiller ou me maquiller.

Aujourd‘hui, je suis dans un super lycée, qui me correspond. J‘ai grandi. Les gens ne se posent plus de questions. Sauf en hiver parfois, quand tout le monde porte un gros manteau, les gens se rapatrient sur les cheveux ou la couleur du manteau. Et pour moi, c‘est souvent « jeune homme ». J‘aimerais bien qu‘il existe un genre neutre en français, que les gens n‘aient plus envie de s‘insulter, de se critiquer, de donner leur avis. Je porte tel jean parce que je l‘aime bien et qu‘il est confortable, tout comme je me suis coupé les cheveux parce que j‘aime bien et que c‘est pratique !

 

Solrun, 16 ans, lycéenne, Paris

Crédit photo © Pyramide Distribution // Tomboy de Céline Sciamma (film 2011)

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1 réaction

  1. Salut Solrun!