Marie

Marie29 septembre 2017 2 mn

J'habite et je travaille à Brest depuis 6 ans. Pas spécialement engagée dans des associations à caractère "social", mais avec l'envie de partager ces "blessures et injustices de la vie quotidienne" dont on est toutes et tous témoins. Que chacun.e puisse en prendre conscience et échanger.

On appelle ça du racisme « ordinaire »…

Selon une récente étude du Défenseur des droits, le fait d'être « perçu comme étant noirs ou arabes » induit « une probabilité 20 fois plus élevée que les autres d'être contrôlées ». L'histoire de Marie confirme les statistiques.

Par Marie29 septembre 2017 2 mn

Brest. Mercredi 6 août 2017. Porte arrière du tramway entre les arrêts Recouvrance et Siam, direction porte de Gouesnou/Guipavas. Un exemple de racisme ordinaire ?

Je monte dans le tramway à Recouvrance, il est environ de 8h du matin et je me dirige vers le centre-ville. Il y a beaucoup de monde, je valide mon ticket, la personne derrière moi pareil, la suivante aussi. Raté. Son ticket n’est plus bon, celui d’hier probablement. Cela semble être une simple étourderie. Manque de chance, les contrôleurs étaient juste derrière nous. Les deux hommes après moi se connaissent, un jeune et un plus âgé. Son père, son frère, un ami ?

Vos papiers !

Le jeune, dont le ticket ne marche pas, se fait interpeller par la contrôleuse. Le ton est sévère, elle exige une pièce d’identité. Le ton monte un peu, quelques menaces de chaque côté. C’est finalement le plus âgé qui présente sa carte. La contrôleuse n’est pas d’accord, lui a un billet valide. Elle exige alors qu’il donne son billet valide au plus jeune pour que lui puisse recevoir le PV. Drôle de méthode. Il s’exécute. La contrôleuse commence à remplir le papier de l’amende.

Arrêt de tram suivant. Nous sommes toujours près de la porte, une femme et son fils montent. Elle voit la contrôleuse en action et commence à chercher un ticket dans son sac. Cela traîne, elle fait toutes les poches, vérifie plusieurs fois. Rien. Aucun titre de transport compostable. La contrôleuse semble faire semblant de ne pas les voir et ne prononce pas un mot, pourtant les deux femmes sont l’une à côté de l’autre.

Elle est occupée, je le vois bien, mais est-elle vraiment seule à contrôler ? Où sont les autres et pourquoi n’interviennent-ils pas ? Arrêt de tram suivant. Siam. La femme et son fils descendent précipitamment prétextant à demi-ton de vite aller au distributeur.

Peau blanche, habillée chiquement, pas d’amende

Les gens montent, un homme qui était jusqu’à présent juste derrière la contrôleuse se pointe à la machine à valider et demandent aux gens qui ne le font pas spontanément de valider leur carte ou ticket. Tiens, il y a bien un autre contrôleur. Mais que faisait-il lorsque la dame et son fils sont montés dans le tram sans titres de transport et descendus un arrêt plus loin ?

La contrôleuse termine de remplir son amende. L’affaire se termine. Pourquoi je pose la question de racisme ordinaire dans ce cas qui est déjà en soi une injustice profonde pour la personne qui prend un PV devant une autre personne qui n’est pas interpelée pour non détention de titre de transport ? Lui aussi voyant les contrôleurs et se rendant compte que son ticket n’était plus bon aurait pu descendre à l’arrêt suivant.

Les deux hommes sont d’origine arabe et parlent un français moyen. La femme a la peau blanche, est habillée chiquement. Je descends à Saint-Martin et vais acheter des tickets pour pouvoir, un jour je l’espère, réparer cette injustice et offrir un ticket à quelqu’un qui, apparemment, en a plus besoin que d’autres…

J’ai été témoin d’une grande injustice ce matin-là et peut-être aussi de ce que l’on appelle, un peu trop naïvement, le racisme ordinaire. Naïvement, parce que le racisme ne devrait jamais être considéré comme simplement ordinaire.

 

Marie, 27 ans, salariée, Brest

Crédit GIF Giphy // Netflix-Chewing-gum

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