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Yacine B.17 février 2020

Je suis passionné par la créativité et les expériences en tout genre. Je travaille dans la direction artistique dans une association de lobbying et dans l’ingénierie pédagogique dans une association d’égalité des chances.

Transclasse : mon langage est à mon image

Entre la cité, les potes de Paris et les collègues, je manie la langue de Molière dans tous les sens ! Dans tous ces univers, j'essaie de rester fidèle à moi-même.

Par Yacine B.17 février 2020

J’ai toujours vécu en banlieue ; j’y ai mes potes d’enfance, ma famille, et d’autres personnes que j’ai côtoyées dans ma vie. Dans la cité avec mes potes, on est cash, langage cru. Quand on se parle, c’est à coup d’insultes. C’est affectif, on s’apprécie.

Quand je suis avec mes ami.e.s parisien.ne.s, l’ambiance change radicalement. Je discute souvent politique, actualités. On a des délires plus safe, et pas d’insultes.

Quand je suis dans l’association où je travaille, c’est encore un autre niveau. La plupart des membres bénévoles sont de hauts fonctionnaires ou occupent des postes très importants. Je me suis même rendu à l’Assemblée nationale et au Parlement européen de Bruxelles. Quand j’ai commencé, cela ne me rassurait pas beaucoup car ils avaient tous un parcours brillant, alors que moi, je suis un jeune issu d’un quartier populaire avec son lot de problèmes (précarité, pauvreté…). J’étais très impressionné, mais j’ai fini par m’y habituer et à m’affirmer.

Impossible de m’exprimer de la même manière partout

Il est clair que, dans ces trois cas-là, il m’est impossible de m’exprimer de la même manière. Dans la cité, mes potes aiment parler de foot, de femmes, et j’en passe. Je me vois mal leur parler politique ou faits divers en sirotant un verre de vin rouge. J’ai déjà essayé, brièvement, mais ils m’ont rapidement fait comprendre que la politique ne les intéressait pas.

Sur France Culture, « LSD, la série documentaire » par Perrine Kervran consacre quatre épisodes au phénomène des « transclasses », ceux qui quittent leur milieu d’origine et franchissent les frontières sociales.

De même avec le langage. Je suis passionné par la langue française dans son style soutenu, par les Sherlock Holmes de Conan Doyle et par la manière dont les gens s’exprimaient à l’époque victorienne. Alors il m’arrive souvent de parler dans un français soutenu, pour m’améliorer mais aussi pour mon futur.

Le langage soutenu, mes potes aiment pas ça

Pour mes ami.e.s à Paris, ce n’est pas un problème vu qu’ils parlent parfois de cette manière. Pour mes collègues de l’association, c’est monnaie courante ; j’ai même appris des nouveaux mots grâce à eux. Mais parfois, je me confronte à des remarques de mes potes de cité. Quand j’ai un langage trop soutenu, ils n’aiment pas vraiment ça. Ils me disent : « Parle normalement ! », « Tu parles trop français ! »

Cela se répercute aussi dans mon comportement et mes goûts. Je partage de moins en moins les mêmes passions que mes potes et il m’arrive d’être en désaccord avec eux sur divers sujets. Je ne supporte plus certaines paroles à l’encontre des femmes ou certaines remarques à propos des minorités (gays, trans…). Mais dans le fond, mes potes sont mes potes et ils le resteront. Parfois j’ai peur car j’ai l’impression de m’écarter de la banlieue et de ses codes. Parce que mes goûts correspondent plus vraiment à ceux de la majorité là-bas (foot, rap) : je m’intéresse à la politique et aux sujets d’actualité, à la littérature, j’aime le rock, le métal, la K-pop… Avec mes plus proches amis, cela crée des moments de gène, parce qu’on n’a pas les mêmes délires.

Pourquoi rentrer dans une seule case ?

Néanmoins, la cité fait partie de ma vie. Tout comme mes ami.e.s parisien.ne.s et mes collègues de l’association. Bien sûr, je ne peux pas être tout le temps 100% moi-même, car je préfère éviter les conflits. Mais j’ai la chance d’être entouré de personnes fantastiques et bienveillantes dans ces trois mondes avec qui je peux partager de mon temps sans pour autant avoir un masque. Est-il nécessaire de ne rentrer que dans une seule case ?

Antonin prend le TER tous les jours pour aller au lycée. Lors de ses trajets quotidiens, il traverse et rencontre les différentes classes sociales.

Non ! Car mon originalité n’est pas une tare. Je pense qu’il est temps de tordre le cou aux stéréotypes et de sortir de sa zone de confort. Je suis fier d’être ce que je suis. Et comme le dit Youssoupha : « C’est plus facile d’assumer ce qu’on est que d’imiter ce qu’on n’est pas. »  

 

Yacine, 26 ans, salarié, Montereau-Fault-Yonne

Crédit photo Team ZEP

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2 réactions

  1. Super article !!
    Je réalise une enquête sur les parcours scolaire dit “hors normes” ; les personnes qui quittent leur milieu social d’origine pour en intégrer une nouvelle.
    J’aimerais vraiment m’entretenir avec vous.

  2. Bonjour Pauline,

    Merci beaucoup de l’intérêt que vous portez à mon égard.
    Vous pouvez me joindre à l’adresse mail : yacine.be.afev75@gmail.com