Gassé K.

Gassé K.5 septembre 2018

"C’était dur : le jour il fait chaud, la nuit il fait froid, c’est le Sahara !"

Un jour, je suis parti sans rien dire, du Mali jusqu’à Paris

De passeur en passeur, à travers le Sahara et sur la Méditerranée, Gassé a souffert avant de débarquer en France, soulagé.

Par Gassé K.5 septembre 2018

Au Mali, je galérais. Je vivais avec mes parents, mes trois petits frères et ma soeur. Dans la pauvreté. Chez nous, on cultivait la terre. Mais ça ne m’intéressait pas trop. J’avais des amis qui étaient partis pour la France, et qui étaient arrivés. J’ai pris ma décision de les rejoindre. J’en ai parlé avec mes parents et ils n’étaient pas trop d’accord. Parce qu’ils ont vu à la télé que le voyage était très difficile.

Alors j’ai attendu un mois et, un soir, je suis parti sans rien dire, juste en disant que j’allais voir un pote et j’ai commencé mon voyage. J’avais déjà préparé ma valise et une très longue route ! Je ne savais même pas pour combien de temps. Je suis parti seul, j’avais fait ma pièce d’identité et j’ai pris un billet de bus de Bamako jusqu’au Niger, à Agadez. Ça m’a pris deux jours et demi avec une escale au Burkina. On y a passé la nuit à 50-60 personnes sur des nattes. La deuxième nuit, c’était plus confortable, à Niamey, la capitale.

Chaud, froid, c’est le Sahara

Du Niger, j’ai attaqué le Sahara. Chaque mardi, il y a des 4×4 pour la Libye. Je suis arrivé un mercredi alors j’ai dû attendre une semaine. Les coxers [les passeurs] sont venus. Ils m’ont proposé d’aller au foyer. L’un d’entre eux m’a demandé si je voulais aller en Libye. Je ne savais pas la route, mais je lui ai fait confiance. On était beaucoup chez lui au foyer. Nourris, logés. Ensuite on a pris les 4×4 !

Là, j’ai mis deux semaines pour traverser le désert. Il y avait beaucoup de voitures. J’ai vu des gens laissés dans le désert sans leur argent, sans raison. Ils disaient : « Descendez ou sinon, on vous tue. » Du coup, j’avais peur. Ça m’a fait bizarre : c’était des femmes, des enfants. La voiture a eu des problèmes aussi : des pneus crevés, des détours à faire. On a dû s’arrêter trois jours à un moment, pour attendre le chauffeur qui était parti chercher un pneu. Trois nuits aussi. C’était dur : le jour il fait chaud, la nuit il fait froid, c’est le Sahara !

À la frontière de la Libye, ils nous ont laissés. J’ai rejoint la capitale en stop. Un ami du Mali m’a hébergé gratuitement jusqu’à ce que je trouve un travail. J’ai travaillé pendant six mois dans une pharmacie. Mais je voulais vite partir, parce que c’était dangereux pour les étrangers. C’était facile de rencontrer des coxers. Ils m’ont demandé de l’argent et m’ont donné rendez-vous le lendemain. On est allés à la plage. Il y avait 124 personnes sur un long zodiac. Quatre zodiacs en tout. Des femmes, des hommes, des familles. C’était trois jours pour traverser jusqu’en Italie. Les coxers avaient des talkies-walkies pour parler avec les gardes côtes italiens. Ils les ont prévenus qu’on arrivait et les gardes-côtes sont venus nous chercher en mer.

Avec mon Navigo, direction Paname

Et me voilà en Italie. C’est la Croix-Rouge qui nous a gérés. Manger, dormir, s’habiller, tout ! Je suis resté à peu près un mois. Et puis je suis venu en France, à Paname ! Le 5 octobre 2016. Grâce à une dame que j’ai rencontrée à la session de mineur isolé. Au début, je faisais rien, j’habitais à Pantin dans un hôtel, seul. L’association s’est occupée de moi : nourriture, vêtements, argent, tout. Depuis ce moment, tout va bien. Je me suis fait des amis. Et avoir un lycée aussi c’est cool.

Avec mon Navigo, direction Paname : Tour Eiffel, La Défense, Châtelet, partout. Chez moi, je pensais pas que ce serait comme ça Paris. Je pensais que ce serait dur, compliqué. Finalement c’est mieux que ce que je pensais. Ça fait plaisir.

 

Gassé, 17 ans, lycéen, Chevilly-Larue

Crédit photo Flickr // CC United Nations Photos

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