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Jeanne N.3 décembre 2019

Une femme qui aime le sexe, ça dérange

Être une femme et aimer le sexe, dans la société, c'est mal vu. Alors dans le discours des autres, et surtout celui des hommes, je suis réduite à ça.

Par Jeanne N.3 décembre 2019

Je suis une femme hétérosexuelle. Je fréquente des hommes et, ne trouvant pas toujours mon épanouissement dans le couple, je les vois souvent en dehors de ce cadre. J’ai des rapports sexuels avec ces hommes, que je considère le plus souvent comme mes amis. C’est un choix qui me convient mais on me le renvoie sans cesse comme quelque chose dont je devrais avoir honte.

Un soir, l’un d’eux, pour lequel j’avais une affection particulière, m’a invitée chez lui avec d’autres de ses ami.e.s. Il m’a très peu parlé, j’avais plus l’impression d’être posée là comme un trophée. Il avait pris soin de préciser à tout le monde avec fierté qu’il m’avait déjà, pour citer ses mots, « déglinguée ». Après avoir entendu ça, un de ses amis est venu le voir pour lui demander : « Tu crois qu’il y a moyen avec elle ? » Il a répondu que oui, ajoutant « fonce c’est un bon coup ». Une de nos amies en commun, présente à la soirée, me l’a répété le lendemain.

Alors non, je ne l’ai pas reçu comme un compliment. Ça n’est pas flatteur mais réducteur. Quand je l’ai su, les questions qui font mal se sont bousculées dans ma tête : c’est donc uniquement comme ça qu’il me définit ? C’est donc « ça » que je suis à ses yeux ? Pourtant je lui parlais de moi, de mon quotidien, de mes passions, de mes problèmes. Et c’est à ça qu’il me résume ?

Entendre ça, ça endurcit

Après ce constat difficile, j’ai eu une baisse de confiance en moi. Je me sentais dénigrée, constamment comparée. Sale ? Cette remise en question, elle est injuste parce qu’elle concerne principalement les femmes. J’en viens presque à haïr mon genre, et le genre c’est un moyen de se définir. Haïr le fait d’être femme quand on se sent femme, c’est se haïr soi.

Mon comportement m’a souvent été reproché, par des remarques déplacées, des blagues, ou encore par le fait que mes proches en parlent ouvertement, comme si ma sexualité était un débat public. Je n’ai jamais assisté à de telles scènes lorsque des hommes évoquaient la manière dont ils choisissent de gérer leur vie sexuelle (en couple ou non).

Et donc après, il faut se relever, toute seule, ou avec quelques amies femmes, qui comprennent car elles le vivent elles aussi. Elles me soutiennent, c’est un faible soulagement. J’en discute beaucoup avec elles et je me rends compte qu’elles vivent les mêmes choses : elles me disent qu’elles ressentent ce tabou quant au fait d’aimer le sexe ou même quant à leur vie sexuelle en général. Elles n’osent pas en parler avec des hommes, uniquement parce qu’elles sont des femmes et que ça serait « mal vu ».

Déconstruire l’image que l’on a de la sexualité de la femme, c’est aussi ce qu’a fait l’émission radio de France Culture Les pieds sur Terre. Sorti en avril 2019, un podcast qui parle des femmes qui font appel aux services d’un escort masculin.


Avec elles, je me dis : « Tu dois devenir plus forte, plus endurcie, que les mots comme « salope » n’aient plus d’impact sur toi. » Et je promets à chaque fois qu’à partir de cet instant je n’en aurai plus rien à faire, que moi aussi j’ai entièrement le droit d’avoir une vie sexuelle active en dehors du cadre du couple, d’aimer ça et d’en parler sans pour autant être réduite à ça.

J’ai l’impression que les hommes pensent que j’aime le sexe pour eux, pour leur plaire, parce qu’évidemment, tout ce qu’on fait, c’est pour leur plaire (une fille qui joue aux jeux vidéo, c’est pour leur plaire, une fille qui s’intéresse au sport, c’est pour leur plaire, le voilà le discours patriarcal). C’est faux.

Je suis cette fille qu’on n’aimera pas

Le sexe, je l’aime pour moi, parce qu’il me procure autant de plaisir qu’à eux. C’est juste que c’est tabou, parce qu’on fait taire le plaisir féminin, parce qu’on pense que la démonstration féminine, c’est uniquement de l’ordre de la simulation dans la pornographie, que c’est donc sale, malvenu, que ça ne devrait pas être. Or mes orgasmes n’ont jamais été silencieux.

Encore aujourd’hui, j’ai l’impression que voir une femme, d’autant plus si elle est jeune, gérer sa vie sexuelle selon ses propres envies, c’est dérangeant. Voir que j’aime ça et que je ne le fais pas pour les hommes ou par amour mais bien pour l’acte sexuel en lui-même, c’est dérangeant. Se dire qu’ils n’ont aucune emprise sur moi car je suis là pour l’acte autant qu’eux, c’est insupportable. Mon ex avec lequel j’étais en relation libre en est le meilleur exemple : il m’a clairement dit que ça « l’énervait » que je sois « comme ça sexuellement » en ajoutant qu’il ne voulait pas que ses « potes le sachent », comme si j’avais à avoir honte d’entretenir ces relations sexuelles.

Alors, vu qu’ils n’ont pas d’influence là-dessus et que je ne changerai pas ma manière de gérer mes désirs et mes relations, les hommes élevés et évoluant au sein d’une société patriarcale me le font payer autrement : je suis cette fille qu’on n’aimera pas.

J’en suis réduite à cet aspect de ma personne, je ne suis plus intéressante, politisée, passionnée par les arts ni même belle, je ne suis qu’une fille qui aime le sexe. Et cette fille-là, c’est celle qu’ils ne veulent pas aimer, parce qu’elle est moins vertueuse, parce que ce n’est pas « une fille bien ». C’est ce que se permettent de dire certains garçons alors qu’ils ont plus de partenaires que moi.

Mon ouverture au sexe n’est pas une ouverture à toutes les pratiques

J’y réfléchis, parfois je n’en dors pas, je me dis qu’on ne m’aimera jamais, que c’est impossible, que je ne suis pas « le genre de fille qu’on aime », parce que ce qu’on dit de moi c’est « fonce, c’est un bon coup ». Mais être active sexuellement hors du cadre du couple ne signifie pas que je ne ressens rien. Je finis par chercher désespérément un regard masculin approbateur et aimant pour apaiser ces nombreuses remarques déplacées, les insultes, la sexualisation à outrance, les violences.

Les violences, nous y voilà. En étant « cette fille qui aime le sexe », les hommes que j’ai fréquentés se sont crus tout permis avec mon corps. La notion de consentement envers certaines pratiques était mise de côté sous prétexte que j’étais consentante au rapport en lui-même et qu’ils voyaient que j’en avais envie. Beaucoup considèrent une fille active et démonstrative comme celle à laquelle ils n’ont pas besoin de demander son consentement, car elle dira oui à tout. C’est un manque de considération qui peut amener des traumatismes considérables.

À trois reprises, le consentement d’Apolline a été piétiné. Elle raconte, du baiser forcé au viol, comment dire non n’a pas suffi.

Certaines filles ont aussi intériorisé ce discours, me disant que ce que je faisais, ça ne faisait pas « fille bien ». Lorsque que je leur répondais que le garçon que je voyais faisait la même chose, j’avais droit à la phrase : « Non mais lui c’est pas grave, c’est un mec, tu sais bien que c’est pas pareil. »

C’est épuisant, car c’est tout le temps. Épuisant parce que ça n’est qu’un exemple parmi les autres situations similaires que j’ai vécues. J’ai l’impression qu’ils me voient tous comme ça maintenant, que tous les autres aspects qui fondent ma personnalité en profondeur sont totalement effacés par celui-ci. Alors que je suis bien plus que « cette fille qui aime le sexe. »

 

Jeanne, 20 ans, étudiante, Val d’Oise

Crédit photo Unsplash // CC Taras Chernus

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2 réactions

  1. Bonjour Jeanne, j’ai 27 ans je me reconnait totalement dans ton témoignage. J’aime le sexe et je n’ai aucun problème à en parler. Le fait que je ne mette pas de sentiments derrière l’acte en soi a souvent déstabilisé et certains hommes de mon entourage ont finis par me considérer uniquement comme un objet baisable. J’ai fini par décider de chercher d’avantage de respect et de plaisir partagé dans ma vie sexuelle en n’hésitant pas à dire non ou couper court au rapport si mon partenaire ne m’apportait pas assez de respect/considération/plaisir. J’ai rencontré des hommes bien avec lesquels je partageais de très bon moment au lit sans sentiments mais avec beaucoup de respect et de communication.
    Dans mon entourage plusieurs personnes m’avaient conseillé d’arrêter de coucher le premier soir si je voulais bâtir des relations sérieuses. ça aurait été renier ma personnalité. C’était un mauvais conseil. Mon impulsivité et mon gôut pour les plaisirs de la vie font partie de moi.
    LA preuve en est que je suis maintenant depuis 3 ans avec un homme fantastique qui m’aime intégralement avec ma sexualité épanouie. Notre relation a commencé sur une base très sexuelle et a progressivement évolué vers autre chose. Pour la première fois j’ai eu envie de m’engager totalement avec quelqu’un. On partage une vie sexuelle et amoureuse joyeuse, un appartement et des projets de vie.

    Attention à ne pas t’enfermer toi même dans des cases, tu es un être vivant en évolution permanente. Fais ce que tu as envie de faire avec qui tu en as envie quand tu en as envie et jamais parce que c’est ce que l’on attend de toi.
    Tu es maîtresse de ton corps et de ta vie sexuelle et c’est une grande force.

  2. Dans notre société patriarcale une femme qui aime le sexe c’est mal vu par certains les hommes des cavernes machos dominateurs qui voudraient que les femmes retournent à la maison pour s’occuper du ménage et des enfants et soumise à l’homme des cavernes !
    Certaines femmes sont pas très évolués aussi hélas !
    Une femme qui couche le premier soir ou a une bonne libido des envies des désirs peut être cataloguée par ces idiots de femme facile ou salope…
    Tout ceci est faux la femme comme l’homme à des besoins des envies des désirs et pas uniquement sexuel sauf qu’un homme qui couche le premier soir ou à plusieurs conquetes c’est tolérer accepter voir valoriser alors que pour certains si c’est une femme la c’est différent !
    Non c’est pas différent c’est pareil on est égaux certains le savent et respectent toutes les femmes et d’autres eux ils sont jaloux frustrés qu’une femme puisse travailler gagner de l’argent sortir séduire coucher le premier soir etc
    Les hommes font cela depuis toujours si un homme t’insulte te manque de respect pour cela il s’insulte et se manque de respect à lui même.
    Faut être 2 pour coucher ensemble si ensuite après le mec parle mal à une femme ou en parle mal aux autres c’est un pauvre type il n’a aucun respect pour les femmes qui considère comme des trophées des jouets sexuels inférieurs aux hommes mais pas comme des femmes des égales !
    Un homme comme ça est un pauvre type c’est lui le problème mr profite s’amuse et ensuite crache dans la soupe ce genre d’hommes faut pas sortir avec c’est pas une femme qu’il recherche c’est une poupée gonflable en fait ! On est libre le sexe c’est bon si c’est réciproque et dans le respect et toutes les histoires d’amour ont commencé par du sexe c’est naturel c’est sain t’as rien de sale de crade de vulgaire sauf pour les tordus les machos les idiots, eux c’est un psy qu’il leur faut !