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ZEP2 avril 2020

On compile, on interroge, on résume. Parce que, parfois, nous aussi on a des choses à vous dire !

École confinée, paye tes inégalités

[Podcast / Episode 5] - Pour les élèves confinés, l'école à la maison, ça dépend du matériel qu'ils ont à disposition, des parents, des enseignants. La continuité pédagogique, un défi impossible ?

Par ZEP2 avril 2020

À la ZEP, on relaie des témoignages, des histoires, des vécus mais parfois on les compile ! Aujourd’hui, au jour 17 du confinement, on va décortiquer l’école à la maison en écoutant les récits de ceux qui la vivent : les élèves confinés et leurs enseignants. Moi c’est Elliot, votre accompagnateur des salles de classe aux cours en ligne.

Bienvenue sur « Sample », le podcast qui mélange, superpose et confronte les voix des jeunes pour donner à entendre notre société.

Toutes nos créations sont disponibles sur les plateformes de podcast : SpotifyApple PodcastSoundCloud, Pippa et Youtube.

« Il y a deux semaines, on a appris qu’on étaient « tous prêts », selon les dires du ministre de l’Éducation Nationale. Mais on s’est bien demandé de qui il parlait. » Anne-Mona, enseignante

Anne-Mona enseigne en lycée pro et comme elle, ce sont quelques 700 000 profs qui galèrent depuis deux semaines à assurer « la continuité pédagogique » souhaitée par l’Éducation Nationale. Leurs problèmes, je les vis au quotidien. J’habite avec une prof et une CPE et comme les autres, elles n’étaient pas prêtes. Sans directives, sans outils et sans soutiens, chacun a dû adapter son travail à la distance.

« C’est difficile parce que, contrairement à une classe où on a tout le monde, en ligne c’est à des rythmes extrêmement différents. » Thibault, enseignant

Les profs sont débordés, pas préparés mais doivent meubler tant bien que mal. Et les premiers concernés, ils sont des millions. Les élèves confinés aussi ont dû s’adapter à cette nouveauté. À l’image de Leeloo, Koumba et Shyamili, lycéennes.

Parce que tous ces enseignements passent par des plateformes numériques : Pronote, Zoom, boîtes mail… Un ensemble d’outils qu’on découvre nous aussi en télétravaillant. S’accaparer ces outils, c’est déjà un travail en soi. Surtout que ces collégiens et lycéens, ils n’y ont pas tous accès. Et ça, élèves comme enseignants le ressentent. Il faut un ordinateur déjà, voire plusieurs quand on a des frères et soeurs ou des parents qui bossent à la maison.

« Il y a des élèves confinés qui n’arrivent pas à se connecter, ça bugge et du coup on est obligés d’avoir des cours à sept… À l’école, j’étais plus encadrée. Maintenant, faut que je sois plus autonome, plus organisée. » Shyamili, lycéenne

Moi, ce que je comprends de tout ça, c’est que les élèves confinés, les plus précaires mais pas que, n’ont pas les outils pour bosser. Tout le monde s’adapte ; les smartphones trouvent une utilité nouvelle mais pour les plus démunis, ça ne suffit pas. Mes colocs par exemple, elles vont devoir aller au collège cette semaine pour distribuer des pochettes de cours, bravant les mesures de confinement et comptant sur la participation des parents. Mais même avec les cours en main ou en mails, pour apprendre, faut être aidé non ?

« Ma mère elle travaille toujours, elle part le matin et revient vers midi. Ma sœur m’aide beaucoup mais elle passe son bac, donc c’est un peu sa priorité. En plus, ma maman ne parle pas bien français donc je dois me débrouiller. » Koumba, lycéenne

L’entraide, la solidarité, le suivi envers et contre tout. Chacun trouve une parade à la situation exceptionnelle que nous devons tous affronter. La continuité pédagogique, il ne faut pas trop compter dessus. C’est impossible, et le confinement aura des conséquences sur les élèves, sur leurs examens, sur leur apprentissage. C’est ce qu’on voudrait entendre de la bouche de notre ministre de l’Éducation Nationale, même si les élèves et les enseignants le comprennent très bien d’eux-mêmes.

Dans le « Rendez-Vous Parents » hebdomadaire de L’Éducation Nationale, le ministre Jean-Michel Blanquer se veut rassurant et persiste à dire que, jusqu’ici, tout va bien… Bien loin des réalités de nos intervenants.

« On est carrément dans l’inconnu : on sait pas du tout si on va avoir le bac, si on va le passer ou pas, si c’est sur contrôle continu. Pour l’instant, on fait comme si ! Ça change tellement en fonction des jours et des semaines qu’on peut pas trop avoir d’objectifs précis. » Leeloo, lycéenne

On espère qu’ils sauront faire face à ce nouveau défi.

Sample. Un podcast qui mixe la parole des jeunes pour une meilleure écoute de notre époque.

Ça vous a plu ? Allez, on vous laisse avec l’épisode spécial ZEP :

 

Merci à Anne-Mona, Anélia, Leeloo, Koumba, Shyamili, Thibaut, Seine-Saint-Denis et Ardèche

 

Illustration © La ZEP // Yasmine Mady

Réalisation et montage : Elliot Clarke // Interviews : Elliot Clarke, Antoine Corlay et Amadou Sall

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