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Jérémy T.28 octobre 2020

Après les factures, j’ai 90 euros pour finir le mois

Avoir un CDI, acheter une maison, aller à Los Angeles, j'en rêve. Mais avec 90 euros pour finir le mois et aucune promesse d'embauche, difficile d'y croire.

Par Jérémy T.28 octobre 2020

Mon métier, c’est chercheur d’emploi. Les matins, je regarde des annonces sur les sites de Pôle emploi et des agences d’intérim. Je passe parfois à la Boutique boulots, qui me donne des conseils. Je vais dans un centre de formation, Poinfor, avec ma clé USB pour qu’ils me sortent des CV. Je fais imprimer aussi des lettres de motivation. Et puis j’en envoie par la poste trois ou quatre par semaine. Quelquefois, je vais directement dans les entreprises, surtout des supermarchés, et je donne mon CV.

Une fois par semaine, je vais dans l’agence et je rencontre la conseillère qui me suit. Elle me demande si j’ai fait ci ou ça. J’ai déjà fait plusieurs formations, chacune a un nom différent : « dynamique », « accompagnement emploi », « Tremplin pour l’emploi », mais c’est pour la même chose, rédiger un CV, écrire une lettre de motivation… Je recherche aussi dans la manutention. J’ai demandé une formation pour passer un Caces (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité), un diplôme pour conduire des engins de chantier, des chariots, des élévateurs. Ce projet, je l’ai depuis deux ans. J’ai demandé à Pôle emploi, mais ils m’ont refusé le financement.

Je suis en recherche d’emploi depuis trois ans. Avant, j’ai travaillé pendant dix ans. J’ai quitté l’école au collège, à 15 ans. J’ai fait un apprentissage pour passer un CAP en boulangerie. Pendant deux ans, j’étais ouvrier boulanger, mais j’ai fait une allergie à la farine. Après, j’ai fait plusieurs contrats courts : des chantiers dans le bâtiment, dans la peinture, en maçonnerie et dans les espaces verts. J’ai réessayé la boulangerie, mais j’ai toujours une allergie. Alors j’ai appris sur le tas un nouveau métier : employé en libre-service. J’ai travaillé à Métro, à Carrefour, à Intermarché, à Leader Price, à Géant Casino et à Leclerc. Mais, depuis 2016, plus rien. Les nombreux CV que j’ai envoyés sont restés sans réponse. Malgré mon expérience, je n’ai pas eu une seule embauche à la clé.

Avant, j’avais les moyens de mes loisirs

Les après-midi, je fais mon ménage ou je nettoie ma voiture, histoire de m’occuper sans dépenser d’argent. Je touche l’ASS (allocation de solidarité spécifique) : environ 450 euros par mois. Avec ça, je paie le loyer, l’assurance voiture, l’électricité, le gaz, le téléphone et internet. Une fois que j’ai tout payé, il ne me reste pas grand-chose : environ 90 euros pour finir le mois.

Ce récit est un extrait de notre livre Vies Majuscules – Autoportrait de la France des périphéries, aux éditions Les Petits Matins. Loin des clichés, c’est la France des invisibilisé.e.s qui se raconte. Une France qui a parfois du mal à finir le mois une fois les factures payées, qui n’a pas besoin qu’on lui dise de traverser la rue pour savoir que le travail est un précieux gage de survie ou d’émancipation, qui connaît le prix de la solidarité…  À retrouver en librairie.

Je ne sais pas si j’ai droit aux Restos du cœur. Une fois dans le mois, et encore, je vais prendre un verre en centre-ville. Mes rêves, c’est d’avoir une maison, un CDI et de faire des voyages. J’ai déjà été au Luxembourg et en Belgique, et, en France, à Paris, Bordeaux, Nancy et Nantes. J’ai aussi été au Futuroscope. Ce sont les sorties que je faisais quand j’avais les moyens de mes loisirs. Ça me manque. Je rêve d’aller aux États-Unis et au Japon. Mes villes préférées sont Tokyo et Los Angeles. La ville des Anges, c’est une superbe ville, surtout la nuit car c’est illuminé. C’est mon rêve d’y aller un jour, si je peux. Cet été, je vais essayer d’aller en Normandie voir le Mont-Saint-Michel.

 

Jérémy, 32 ans, en recherche d’emploi, Troyes

Crédit photo Unsplash // Mick Haupt

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