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Condo C.12 octobre 2020

Je sors d’un bac +5, bien sûr que je n’ai pas d’expérience !

Mon diplôme en poche, j'ai cherché partout et trouvé... nulle part. Ni stage, ni service civique qui aille. Alors je me concentre sur mes projets perso.

Par Condo C.12 octobre 2020

Depuis que je cherche du travail, on m’a carrément proposé de travailler bénévolement pour des starts-up ou des entreprises. Le recruteur d’une start-up m’a même demandé si c’était possible de réaliser la refonte totale de l’identité visuelle et graphique de son site sans percevoir de revenus. Pas facile de trouver un travail dans le milieu du cinéma d’animation et du graphisme… même avec un bac +5 !

Alors, après huit mois et une centaine de CV envoyés, voyant le peu d’opportunités qui s’offraient à moi et pour acquérir une première expérience professionnelle, j’ai décidé de faire un service civique. Mais, même là, je suis toujours dans cette frustration de ne pas pouvoir démontrer au plus grand nombre mon plein potentiel.

Après l’obtention d’un master en Gestion de production et techniques numériques d’animation fin juin 2019, j’ai recherché un travail dans le milieu du graphisme / Motion Design, et plus précisément dans des studios d’animation. J’ai cherché sur Linkedin et Facebook, sur des plateformes dédiées à la recherche d’emploi comme Indeed, Pôle Emploi, Paris Job. J’ai également participé à des salons de l’emploi et des salons liés aux métiers artistiques. Puis, j’ai envoyé des candidatures spontanées. J’ai cherché ensuite des offres en tant que graphiste et monteur vidéo junior, toujours en adéquation avec mon diplôme. En retour, j’ai eu droit en majorité à des « nous n’avons plus de postes à pourvoir », « nous ne recherchons pas de profils dans ces domaines d’application ». Trop peu de retours positifs sur mon profil artistique et mes compétences.

Alors je me suis replié vers le stage, pour avoir une opportunité de premier CDD ou CDI à la clé. J’ai eu cette fois pas mal de retours, mais pas pour un stage non conventionné (je ne suis plus étudiant).

Pour mes amis de promo, c’est la même 

Les entreprises liées au secteur du cinéma d’animation recherchent des profils avec des hauts niveaux après un master, avec une maîtrise complète des logiciels et sans aucune expérience professionnelle. J’ai postulé dans des entreprises comme Mikros ou Supamonks Studio avec un retour encourageant mais pas de propositions de poste car j’étais peu expérimenté. Je l’avais déjà remarqué lors de mon jury de fin d’année avec des recruteurs exigeants et voulant des profils très compétents. Alors que nous étions plutôt en cours de professionnalisation. 

Le Covid-19 freine davantage les jeunes dans leur entrée sur le marché du travail.  Libération dresse les portraits de celles et ceux qui, fraîchement diplomé.e.s, trinquent face à la crise économique :

 

Pourtant, j’ai eu un parcours orienté vers le milieu artistique. Plus jeune et pendant huit ans, j’ai participé à un atelier d’arts plastiques et à un atelier de bande dessinée à l’Espace Jean-Roger Caussimon à Tremblay-en-France dans le 93. Ma curiosité pour le monde de l’art m’a amené, dès la fin du collège, à intégrer un bac STD2A (Sciences et Techniques des Arts Appliqués). Pour, au final, intégrer un master en École Supérieure des Arts Appliqués.

Mes amis de promo rencontrent aussi des problèmes à trouver un premier emploi. On ne nous a absolument pas aidés pour notre recherche de stage dans une entreprise et pour notre recherche d’emploi. Nous avons eu de temps en temps des opportunités de stages envoyées par mail, mais pas au cas par cas : les annonces étaient balancées par mail pour une classe de vingt-cinq élèves et c’était à nous de nous imposer pour saisir l’opportunité.

N’avoir aucune responsabilité avec un bac +5… c’est frustrant

J’ai donc regardé du côté des petites structures et centres culturels, sans retour… Mais ça m’a donné envie de participer à des projets proches des milieux associatifs. Pour faire des ateliers, des projets pour la jeunesse.

J’ai donc cherché un service civique dans le milieu artistique. Ayant trouvé peu de missions artistiques, j’ai pris la première que j’ai trouvée en rapport avec l’art. En mai 2020, j’ai trouvé une association qui, de prime abord, propose un travail en atelier avec des enfants sur la pratique artistique. Mais ma fonction première, pour l’instant, est de réaliser des pdf sur des grands principes artistiques, comme la synthèse des couleurs. Mes cours n’ont pour but que de me former à la pratique artistique… alors que je suis déjà praticien et que je connais la plupart des thèmes abordés.

Je pensais réaliser des ateliers artistiques ou des cours pour des enfants. Il n’en est rien. Je me retrouve dans des ateliers de peinture pour des enfants entre 6 et 12 ans mais en tant qu’animateur passif, à donner du matériel et à le ranger une fois qu’ils sont terminés. Cela crée une frustration. Je ne peux pas m’exprimer, partager mes projets ou en réaliser en équipe. La part d’apprentissage est trop faible pour être utile à la suite de mon parcours professionnel.

Teki est aussi à la recherche d’un emploi qui a du sens. Après avoir enchaîné les petits boulots, il s’est rendu compte qu’il ne voulait pas d’une vie de travail et de sacrifice.

Je dois attendre que le local de l’association soit opérationnel pour, éventuellement, commencer des ateliers plus intéressants avec des projets plus formateurs. Ma mission dure dix mois mais, à l’heure actuelle, je suis en plein doute : est-ce que je reste dans l’association ? 

Mes premiers clients sont des amis

Je me tourne donc désormais quasi exclusivement vers mes propres projets. Je réalise des logos, des illustrations et divers projets graphiques pour alimenter mon propre site web professionnel. Ces projets, parfois rémunérés, sont plus concrets et me permettent de progresser dans mes compétences artistiques et de valoriser mon travail auprès de futurs recruteurs.

Je n’ai pas encore de statut d’auto-entrepreneur ou d’indépendant mais je compte en avoir un dans un avenir proche. Mes premiers clients sont, pour la totalité, des amis qui souhaitent des prestations et me donner une première expérience dans mon travail. 

Je dédie également mon temps libre à parfaire mes connaissances et mon apprentissage à l’aide de divers tutoriels. Avec tout ce savoir, je compte, dans un futur relativement proche, avoir une maîtrise complète des logiciels liés à la création artistique, principalement sur la suite Adobe. La période du Covid-19 que nous vivons a joué en ma défaveur, mais je ne suis pas trop inquiet pour l’avenir. J’essaie de relativiser en réalisant des projets qui prouvent mon expérience et mes compétences. Pour satisfaire mes futurs recruteurs.

 

Condo, 23 ans, volontaire en service civique, Tremblay-en-France

Crédit photo Unsplash // CC Tim Gouw

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2 réactions

  1. Bonjour,
    Merci pour ton témoignage! Ton parcours est génial! Je suis sûre que tu trouveras un emploi qui te plaît dans le futur, donc ne perd pas espoir!
    Tu peux donner tes propres cours sur ce qui te plaît avec Skillshare! Tu peux aussi utiliser les réseaux sociaux (Instagram, Pinterest) pour augmenter ta visibilité et connaître d’autres artistes. Ensuite, tu peux alimenter ton blog personnel avec tes logos et tes illustrations. Je ne sais pas si tu l’as déjà fait, mais tu peux aussi créer une rubrique portfolio (tu pourras l’insérer dans ton CV si tu postule pour des sociétés internationales). Comme ça, ils verront ta dédication à l’art. Je vois souvent des recherches de “Motion Designer” ou “3D Artist” dans les sociétés de jeux vidéos, et même les petites entreprises de jeux indés comme Paralives! N’hésites pas à postuler directement ( aussi candidature spontanée), même si c’est hors de la France! (comme Amsterdam, en Corée du Sud ou au Japon)!
    En tout cas, bonne chance!

  2. Le milieu du cinéma, de l’animation, etc., c’est un peu comme le journalisme et tous les trucs un peu huppés : c’est tout au réseau ou pas loin, parce qu’ils se connaissent tous. Ma conseillère Pôle Emploi m’a dit que l’ensemble des offres dispo sur internet représentent 30% de tous les postes disponibles. Le reste, c’est du réseau, le boulanger qui a besoin d’un apprenti et en parle à une cliente qui en parle à sa voisine qui se trouve avoir un neveu dont le meilleur ami recherche justement ce type d’apprentissage. Je ne crois pas qu’il y ait d’études à ce sujet, mais je pense que cette proportion de 70% de réseau augmente sensiblement dans certains milieux très élitistes comme le ciné, le journalisme, la com’…
    Le problème aussi, c’est toujours cette question de la première expérience, ou du fait que beaucoup de postes qu’ils pourraient donner à des diplômés, ils les filent à des stagiaires ou apprentis parce que ça coûte moins cher.

    Il faudrait que tu regardes, mais si les missions effectives ne correspondent pas à ce qui a été promis par l’asso qui t’a pris en Service Civique, il y a peut-être moyen de le faire annuler tout en te gardant la possibilité d’en tenter un autre (puisqu’on en a le droit qu’à un).