Yasmine M.

Yasmine M.4 décembre 2018

Banlieusarde, je ne suis pas gilet jaune

Depuis sa banlieue parisienne, Yasmine observe de loin l'effervescence des gilets jaunes. Elle comprend leurs souffrances mais rejette certaines de leurs idées, surtout quand elle entend ce qui se dit sur « les banlieusards ».

Par Yasmine M.4 décembre 2018

Je suis une jeune femme, Noire et habitante de la banlieue parisienne, et je n’ai pas participé aux manifestations des gilets jaunes.

Au début, je me suis laissé aller au flux d’informations anti gilets jaunes qui tournait en dérision le mouvement. Parce que, très honnêtement, j’avais beaucoup de mal à m’y reconnaître. Je n’en voyais que les points négatifs : les casseurs, les racistes, les pro manif pour tous, les extrémistes… Alors hors de question que je me mêle à ce mouvement, quel que soit le fond de la cause. Hors de question d’aller donner la main à ceux à qui je suis idéologiquement totalement opposée. Je ne voyais pas le cri du désespoir d’un peuple, je voyais surtout des cris de haine et des violences.

Ce qui m’a ensuite frappée, ce sont les réactions des gens face à l’absence de mobilisation des « banlieues ». Encore une fois, parce que nous n’étions pas dans les rues de Paris en train de nous insurger contre l’augmentation des prix du carburant, on remettait en cause notre appartenance au pays (toutes les raisons sont bonnes pour !).

Je me suis demandé pourquoi mes amis, ma famille et moi-même n’étions pas allés manifester. Je ne suis pas garante de la parole des personnes des quartiers populaires. Mais je pense, d’abord, qu’en tant que Francilien.ne.s, usager.e.s des transports en commun, l’augmentation des prix du carburant nous concerne moins que les habitants de la « diagonale du vide » par exemple.

De plus, nous avons d’autres urgences en matière de précarité. Avant d’avoir du mal à payer l’essence, il faudrait déjà pouvoir se payer une voiture, avoir un emploi, des diplômes… Et pour accéder à des diplômes et à un emploi, il faudrait pouvoir bénéficier d’un meilleur accompagnement éducatif, et ne pas être sans cesse victimes de racisme, de discriminations et de mépris des classes. Pour moi, toutes ces luttes passent avant l’augmentation du prix de l’essence.

Les « banlieusards » sont toujours les boucs émissaires

Et surtout, ce débat sur la présence ou non des « banlieusards » a remis en lumière cet amalgame qui consiste à penser que quartiers populaires/banlieues = personnes de couleur. Car, c’est clairement ce que ces personnes voulaient dire : « Où sont les Noirs et les Arabes ? »

Ces réactions sur les minorités visibles ont creusé le fossé entre moi et les gilets jaunes. Pour être très honnête, vue la violence extrême et les dégâts, je suis assez rassurée que mes frères, sœurs, cousins et moi-même n’ayons pas participé aux manifestations. Je pense que nous aurions fait un trop beau bouc émissaire. Quand les jeunes des quartiers viennent manifester, ils sont toujours pris en exemple pour illustrer les débordements. Et il n’y a pas vraiment d’efforts médiatiques faits pour distinguer les casseurs des « vrais » manifestants.

Mais je remercie Assa Traore d’y être allée. Elle a fait preuve de sagesse et de grande dignité car ça doit être dur de manifester auprès de personnes (il y en a !) qui se sont certainement réjouis de la mort de son frère et qui n’ont sûrement jamais mis les pieds dans un rassemblement #JusticePourAdama… « Ce n’est pas leurs problèmes. » 😉Pour moi, elle y est allée pour NOUS.

Malgré tout, je continue à observer le mouvement. Je suis Française donc bien sûr que je me sens concernée par ces différentes luttes. Et c’est pour ça qu’on en parle ! Je ressens ce désarroi et ce ras-le-bol des personnes qui manifestent pour des raisons plus que légitimes. Et puis, avec le temps, leurs revendications du mouvement sont en train d’évoluer. Sans doute est-il en train de prendre un visage plus universel auquel je pourrais m’ouvrir un peu plus dans le futur.

Je pense que tout n’est qu’un et que toutes ces énergies sont animées par la même volonté de changement. Alors force à tous les Français qui haussent le ton pour améliorer leur niveau de vie. Notre voix compte et sera entendue. #OnEstEnsemble

 

Yasmine, 21 ans, danseuse, Chanteloup-les-Vignes

Crédit photo Flickr // CC Erder Wanderer

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15 réactions

  1. Je ne suis pas gilet jaune mais il me semble que le combat contre la hausse du pétrole n’est pas/ plus la revendication principale/unique des gilets jaunes. Le prix de l’essence, c’est juste la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Dans les faits, les gilets jaunes aussi semblent vouloir plus de justice sociale, moins de discrimination sur l’argent et l’origine sociale…. La hausse du prix de l’essence n’était qu’un prétexte pour tout le reste et c’est dommage de s’en écarter parce qu’on ne voit que ça.
    Après, bien sûr, il y a des racistes, des abrutis….

  2. J’abonde en ton sens.
    Notamment concernant le nombrilisme français qui fait qu’une révolte ne s’engage que lorsque le confort personnel est menacé.
    Déçu que les banlieues soient jugées pour “n’avoir pas fait” alors qu’elles sont constamment accusées de ces agissements : manque d’appartenance dans la retenue, excès d’engagements dans les revendications

  3. Je trouve votre témoignage très intéressant et même si je ne suis ni gilet jaune, ni banlieusarde, je trouve vraiment votre ressenti juste et cette justesse me touche. Je ressens tout ce que vous avez écrit que dès qu’il y a eu des gens violents dans ce mouvement ce n’était plus des gilets jaunes mais forcément des banlieusards… J’ai aussi le ressenti que quoi qu’il se passe en banlieue on ne montre que trop souvent quand il y a de la violence alors qu’il y a plein d’autres belles initiatives dans les quartiers. J’ai vécu en cité hlm, bon rien comparativement au banlieue Parisienne, mais pourtant étant blanche j’ai déjà eu des réflexions de personnes qui me disaient ça allait tu n’avais pas peur d’avoir grandi là ou alors tes parents t’ont pas mis dans le privé, ils avaient pas peur. Peur de quoi? J’ai jamais compris ça ce racisme sous jacent et ordinaire complètement toléré par beaucoup. Mes parents m’ont toujours dit que non les banlieusards ne sont pas plus des sauvages que les gens qui habitent à la campagne où dans les pavillons résidentielles sont des personnes civilisées. Et quand j’entend ce mot tu n’avais pas peur, ça me met toujours mal à l’aise et extrêmement en colère. La justice sociale ne peut passer que par l’union, l’écoute, l’empathie, l’acceptation de tous, le rejet du racisme, sexisme et de toutes les autres formes d’oppression. Et je pense que malheureusement on a encore beaucoup de chemin à faire 🙁

  4. Tout le monde n’a pas cet avis négatif sur les banlieues dans les gilets jaunes ; je sais qu’une frange du mouvement est remplie d’a-prioris mais ils ne sont pas tous idiots, ils comprennent quand on leur explique le pourquoi du comment.
    J’ai grandi dans les quartiers nord de Marseille et ils vont faire sauter mon immeuble qui était déjà pourri il y a 40 ans, je n’imagine même ce qu’il était devenu…et je trouve super-dommage que les cités/banlieues ne se reconnaissent pas dans ce combat qui est celui des laissés-pour-compte de toute la France et qui est donc, aussi, le leur.
    J’aimerais tellement qu’on trouve le point de convergence…

  5. Bonjour
    J ai 55 ans née certes dans une ville balnéaire ( St Raphaël dans le Var ), mais habitant dans les quartiers nord dans des HLM.
    Émigrée depuis 35 ans en Auvergne.
    Sans diplôme, j’ai réussi à gravir les échelons dans une entreprise pour devenir cadre… Certes, cela à mis plus de temps mais j’y suis arrivée et je ne dois pas être la seule dans ce cas là…
    Bref moi les gilets jaunes ras le bol… Je me rends compte que cela devient plus une chasse à l’homme qu’autre chose… Rien ne leur va !!!
    Ils ne s’entendent même pas entre eux pour être représentés face au gouvernement…
    Un moratoire de 6 mois permettrait de s’assoir à une table de négociation et y emmener des solutions ou au moins essayer…
    Au lieu de cela j’entends : enfumage, poudre aux yeux, quelle désolation !!!!
    Même si la réaction du gouvernement a été tardive, est-ce pour autant tout rejeter ?
    Ne pas s’étonner que les gamins lycéens fassent preuve de violence quand ils voient ce qui se passe à Paris… Je tiens pour responsables certains gilets jaunes de ce qui s’est passé à Paris…
    Chouchoutés par les journalistes qui les mettent systématiquement en avant, ils sentent une impunité…

  6. C’est un mouvement de colère et forcément ça peut finir par dégénérer. On peut relever des actes de vandalisme aussi. Mais, j’insiste sur la nuance entre les deux. Pour retrouver le dialogue, je demanderais un peu de calme. De son côté, le gouvernement reste imperméable à toute concession. Finalement, il aura réadapter son projet à la situation ambiante. Mais, rien de plus recherché.
    Ce qui se dit des banlieusards, c’est toute une culture qu’on ne sera pas prêt à éradiquer avant longtemps. Et si nous recentrions le jugement sur nous-mêmes, nous nous investissions de notre propre initiative dans un projet d’assainissement de nos moeurs et, nous nous efforcions à rester exemplaire par sensibilisation à l’autre.

  7. Restez chez vous ce mouvement mettra MLP au pouvoir et ça ne sera probablement pas votre intérêt…

  8. Alors moi je suis un petit blanc qui a grandi à côté d’une banlieue. Vous occultez tout le temps la part de responsabilité des banlieues. On ne vous voit jamais manifester pour le bien collectif, c’est toujours “la banlieue, la banlieue, la banlieue”, en oubliant de critiquer toute la médiocrité, la violence, le racisme (oui, oui, le racisme) qui sort de la banlieue. J’ai déménagé en grandissant à la campagne, et qu’elle bouffée d’air frais !! Le gens dans la rue sont issus de cette campagne, certains sont sûrement raciste, mais c’est une infime minorité parmi les gilets jaunes, parce qu’il y a de la mixité dans les campagnes, bien plus que dans les banlieues en réalité où si tu sors du moule tu es jugé et attaqué sans arrêt. Parmi les gilets jaunes, il y a des noirs, il y a des arabes, c’est la banlieue qui a peur, pas les noirs ou les arabes qui ne vivent pas tous en banlieue. La banlieue a peur, parce qu’elle est enfermée sur elle-même, elle se monte la tête, voit du racisme partout, un peu comme dans quelques villages au fond de la campagne, où ils n’ont jamais vu un noir et ont peur de l’immigration, parce qu’ils se montent la tête entre eux. Je le dis sans aucun doute, la banlieue peut aller dans les rues pendant les manifs, ce sont surtout des gens de gauche qui se battent actuellement. Les quelques histoires de racisme viennent de quelques coins de France et sont ultra minoritaires. Après il ne faut pas confondre racisme et ras le bol des petites frappes de banlieue qui pourrissent le quotidien de beaucoup de monde. Les gens n’aiment pas les wesh wesh violents sans éducation, et on ne peut pas leur reprocher ça.

  9. BONJOUR A TOUS. QUAND IL Y A DES INJUSTICES QUI FINISSENT EN EMEUTE DANS LES BANLIEUES, PERSONNE NE SE JOINT A NOS PROBLEMES… ET LES GILETS JAUNE VEULENT QUE LA BANLIEUE BOUGE POUR LA SECU FACE A LA POLICE… CEST PITOYABLE ET TRES HYPOCRITE !!

  10. Je viens de voir Saint Amour le film de Benoît Delépine et Gustave Kervern. L’univers des gilets en plus poétique, plus paisible, plus intelligent.

  11. Bonjour,
    Pitoyable ! Personne n’assume la violence de ces campagnards de gilets jaunes. Ils habitent dans de belles maisons, possèdent des voitures, respirent un air frais et se plaignent de ne toucher que 2000€ par mois. Leurs enfants bénéficient de belles écoles, mangent bio, et quand ils manifestent, qu’ils cassent, qu’ils insultent la police, le président. Personne les arrête. Ils accusent les jeunes de banlieues d’être à l’origine de la casse.
    Ces retraités sur les ronds points sont en mal de reconnaissance. Ils n’avaient qu’à préparer leur retraite et excusez-moi quand on entend leur revendications… Mais je rêve !
    D’abord, aller au resto, ce n’est pas vital, tout comme offrir un cadeau. Et leurs petits enfants ont des parents qui travaillent, qui ont des primes et des allocations familiales. Tout ça pour dire. Qu’une retraite, ça se prépare. Et quand on veut un salaire de ministre, on bosse à l’école. On fait des études. Bref.

  12. Quand je lis certains commentaires j’ai peur….ne pas manifester… ne pas montrer son soutien aux gilets jaunes ??? C’est tout simplement dire amen à Macron… c’est être d accord avec sa moquette à 300000 euros… son changement de décor à 400000 euros… pendant que toi, petit banlieusard petit parisien petit campagnard, tu luttes pour finir tes fins de mois sans un trop gros découvert… ce n est pas tant le prix de l essence…. mais le prix de la vie contre lequel on manifeste. Je n’ai pas le temps d aller manifester… je me contente d’un gilet jaune sur mon pare brise…. mais je suis bien contente que d autres y aillent.

  13. Bonjour,
    Je trouve très juste votre témoignage et très bien écrit aussi.
    Je suis très choquée et décue des propos (et actes) racistes et homophobes tenus par certains gilets jaunes. On reconnait très bien la marque de fabrique de certains partis d’extrème droite de notre pays….C’est revenu de façon assez récurrente depuis le ce mouvement a commencé à se manifester.
    Je trouve également qu’il n’est pas normal qu’un pays entier se fasse dicter la loi par un poignée d’extrémistes qui ont décidé de tout bloquer, de tout casser, et de prendre en otage la France qui se lève le matin et qui travaille dur pour justement payer demain (par les impôts) les nombreux dégats que ces hystériques ont laissé partout sur notre territoire.
    Un chose dont je suis certaine : les gilets jaunes sont loin de représenter les 66 millions de français que nous sommes !
    Avoir des idées politiques est autorisé, les imposer aux autres, ne l’est pas.
    La liberté de manifester ne veut pas dire liberté de tout bloquer et de tout casser !
    Très belle journée à vous et merci pour votre témoignage !

  14. jai lu aussi le jugement de certains gilets jaunes à l’égard de ceux qui viennent des banlieues et ne manifestent pas… ils sont très durs car il faut être honnête chacun défend juste son bifteck et c’est tout… on les voit pas non plus manifester pour plus d’emploi dans les cités… moi je ne suis ni gilet jaune ni de la banlieue, leurs revendication du départ sont compréhensibles. Après cela part dans tous les sens, vraiment n’importe quoi. Maintenant je ne les comprend plus du tout, je ne soutiendrais jamais un mouvement qui va contre la démocratie, la liberté de tous…

  15. Pffff pitoyable vous serez certainement les premiers ravis a bénéficier de ce que les gilets jaunes obtiendrons de leur lutte heureusement il n’y a pas que des lache dans ce pays