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Marine L.7 mai 2020

Confinement : il y a ceux qui sont chez eux, et il y a les jeunes de l’ASE

Je suis éducatrice dans un foyer et l'annonce du confinement n'a pas été facile pour nos jeunes. Mais, avec leur patience et un peu d'organisation, on s'est adapté.

Par Marine L.7 mai 2020

« C’est déjà la quatrième semaine de confinement. Il y en a qui sont chez eux, avec leur famille, frères, sœurs, parents, et il y a nous, les jeunes du foyer. » J’écris cet article en me saisissant des phrases qu’ils ont pu me dire lors de ces semaines de confinement.

À l’annonce du confinement, les éducateurs sont en panique, un peu, mais ils ne le montrent pas. Notre travail va changer. « Mais Ils savent réagir à toutes les situations, les éducateurs. » Chez nos « MNA » (mineurs non accompagnés), le confinement a crée au départ un sentiment de peur, ils ont vite fait le rapprochement avec le virus Ebola : « En Afrique, pendant Ebola, on pouvait voir des choses horribles… et nous n’étions pas en confinement ! »

En Maisons d’Enfants à Caractère Social, pour les jeunes placés par l’Aide sociale à l’enfance, le confinement peut être vécu comme quelque chose de violent. Les visites avec les parents sont annulées, les sorties extérieures aussi. Par exemple, les mardis et les jeudis, les jeunes ont piscine avec un éducateur. Les week-ends, ils ont les sorties cinéma, les balades en forêt, ou encore les rencontres avec les jeunes de l’autre foyer. Tout cela leur manque et ils le disent. Mais malgré cela, en Indre-et-Loire, près de Loches, la Fondation Apprentis d’Auteuil et son équipe d’éducateurs mettent tout en œuvre pour les jeunes.

Monsieur Macron a annoncé un « état de guerre ». Mais pour nos jeunes, de la guerre ils n’y connaissent rien : « C’est bon pour les livres d’Histoire ça ! » « En fait c’est une guerre silencieuse. Elle ne fait pas de bruit, mais elle tue. » Ça ne les atteint pas au début, « ça ne touche que les vieux et les personnes ayant des problèmes respiratoires. » Puis, les jeunes entendent aux infos, sur les réseaux sociaux, qu’une fille de 16 ans est décédée en France. La réalité prend le dessus sur la fiction et ils commencent à nous poser des questions : « Ça va durer longtemps ? »

Tous y mettent du leur pour se sentir « chez eux »

Les jeunes ont de la chance d’être dans un cadre verdoyant. Mais l’organisation des éducateurs est souvent compliquée. Nous avons arrêté les réunions tous ensemble, du coup, certains ne se croisent même plus. Le travail d’équipe se fait au téléphone. Ce n’est pas simple, mais on y arrive.

« De semaine en semaine, les éducateurs sont rodés, ils mettent en place des nouvelles règles, des temps de devoirs… Les jours passent et ils s’organisent. Ils ont du temps, du temps à nous accorder, du temps pour faire des jeux, pour prendre soin de nous, nous écouter. » Il n’y a que ça à faire.

La crise sanitaire pose un certain nombre de difficultés dans les foyers de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) et de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). Frank est éducateur dans un foyer pour adolescents. Il raconte son métier en temps de confinement au micro de France Inter.

« Ils sont forts, ils créent des chasses aux trésors, des Escapes Games dans le foyer. » Les jeunes font également des choses pour le foyer, ils s’en occupent : décoration, jardinage, peinture, réparation. Tous y mettent du leur afin qu’ils se sentent bien « chez eux ». « C’est agréable d’avoir un jardin propre, ça donne envie d’y passer du temps ! »

« La chance que l’on a d’être en campagne aussi ! » Le propriétaire du château de Verneuil-sur-Indre nous donne un passe-droit pour profiter du grand jardin, aller voir les animaux, faire du vélo…

Un « journal du confinement » pour se souvenir de cette période étrange

Ils ne sont plus que cinq jeunes. Les autres sont en famille ou en famille d’accueil. Ils ne se disputent plus. Ils s’écoutent, lancent des sujets de débat à table, racontent des blagues… Ils prennent le temps. Et cela les apaisent. On a même mis en place un « journal du confinement ». C’est une newsletter pour envoyer à toute l’association mais également pour nous souvenir de cette période étrange, parfois encore un peu floue. Mais durant laquelle ils n’oublient pas de grandir.

L’inconvénient de cette période pour les jeunes, c’est vraiment de rester sur le même lieu. Et de ne plus voir « les autres ». Ceux qui sont rentrés en famille ; ceux pour qui on était sûr que ça allait bien se passer, qui ne sont pas en danger. Ils sont suivis à distance au téléphone une à deux fois par semaine.

Sophie est également éducatrice, mais dans un foyer de la PJJ. Elle adore son travail mais avec la charge émotionnelle requise et les conflits quotidiens, c’est pas facile tous les jours…

Après plusieurs accords (municipaux, préfectoraux…) nous allons partir en camp. Pas très loin du foyer. « Mais ça va être une belle semaine : projet vidéo, des jeux extérieurs, il y a même une piscine. » La période n’est pas facile, et pourtant beaucoup de liens se sont créés entre les jeunes et les éducateurs. Cinq jeunes, c’est presque l’image d’une famille.

 

Marine (31 ans) et les jeunes du foyer (13-15 ans), Loches

Crédit photo © La Fondation Apprentis d’Auteuil / Marine L.

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