Avatar

Laura M.6 novembre 2020

Convertie à l’islam, mes proches en font un drame

Je cache ma foi à mes parents, à cause de leurs préjugés sur l'islam. Au lycée, j'ai assumé ma conversion, mais mes camarades m'ont jugée, voire rejetée.

Par Laura M.6 novembre 2020

Mes parents assimilent l’islam au terrorisme et à la femme soumise. Ma cousine s’est mariée à un musulman et elle s’est convertie. Elle ne va plus chez sa famille. Moi, je lui parle quand je la croise en ville, mais je n’ai jamais vu son mari. Mes parents non plus. Ils disent : « Dans pas longtemps, elle va s’éloigner de tout le monde. » Ou : « Je ne veux pas que tu te maries comme elle à un musulman parce que si tu ne te convertis pas, il va “t’obliger” par rapport à sa famille et tu ne vas plus nous parler. » Si je dis à mes parents que je me suis déjà convertie, ils vont croire que je fais ça pour un gars, alors que je n’en ai pas.

Je suis issue d’une famille athée. Je me suis intéressée à la théologie il y a deux ans. J’ai regardé un reportage à la télé avec mon père sur les différentes religions en France et, suite à ce reportage, je me suis demandée : « Y a-t-il une vie après la mort ? » J’ai lu la Bible. Mais c’est l’islam qui m’a le plus intéressée, parce que quand je comparais ce que disaient les infos à la télé et ce que je lisais, je voyais plein de différences. Les infos à la télé disent que la femme voilée est soumise, que c’est imposé par le mari, alors qu’elle le porte par choix.

L’islam a apaisé ma peine

J’ai regardé des vidéos et lu beaucoup de livres. La place et l’importance de la prière dans la vie d’un musulman, c’est ce qui m’a le plus marquée. Des amis me prêtaient des livres quand on se retrouvait en cours. J’en empruntais aussi au CDI, ou je les lisais sur place. Je restais une ou deux heures en plus dans mon établissement scolaire pour lire et prendre des notes. Je ne les ramenais jamais chez moi par peur que mes parents les voient.

L’association Lallab lutte pour défendre les droits des femmes musulmanes. Sur leur site, de nombreux articles permettent de mieux comprendre les discriminations qu’elles subissent et mettent en lumière la pluralité de leurs expériences. En voici un pour déconstruire ses préjugés :

 

J’ai eu une période avec beaucoup de problèmes, des problèmes avec ma mère notamment parce que je ne m’entendais pas avec son nouveau conjoint, et c’est grâce à l’islam que j’arrivais à les oublier. Je lisais des livres sur les bienfaits de la prière. Ça m’a aidée à apaiser ma peine. Je me suis laissée une année pour apprendre les bases de cette religion. Je me suis créé un livre où je rassemble toutes mes connaissances pour ne rien oublier. Je le cache dans une armoire où je mets tous mes anciens cahiers des précédentes années scolaires. Le plus compliqué, c’est la barrière de la langue. Je ne parle pas arabe et ça me freine beaucoup.

Je dois trouver des excuses pour faire le ramadan

Un jour, j’ai décidé de me convertir. J’ai pris du temps pour le faire, parce que je savais qu’après ma conversion, j’aurai des obligations (comme la prière ou le ramadan). C’était un vendredi, avant la dernière prière de la journée. J’ai invité des copines musulmanes chez moi et on a passé toute la soirée à parler de l’islam. Ce soir-là, je me suis dit que je voulais vraiment être musulmane. Je ne voulais plus attendre.  Je me suis convertie chez moi, avec ces deux amies musulmanes, en récitant la profession de foi musulmane.

Je me sentais soulagée et heureuse. Puis, je me suis dit que je n’arriverais pas à gérer les prières et le ramadan tant que j’aurais pas le courage de le dire à mes parents. Mais pour l’instant, c’est impossible. Alors pour la prière, je prie quand je rentre des cours. Je fais le plus facile en arabe et le plus compliqué en français. Personne ne peut m’aider. Je dois apprendre seule, et sans le dire à ma mère. Quand ma mère n’a pas besoin de moi, qu’elle n’est pas chez moi, je prie ou rattrape mes prières.

Ma « nouvelle vie » implique beaucoup de choses. Par exemple, aux repas, je ne mange plus de viande. Je dois trouver des excuses à chaque fois. Mes parents ne me font pas vraiment de remarques sur mon alimentation, car je n’ai jamais vraiment mangé beaucoup de viande. Mais ils m’ont déjà dit : « Ça y est ! Tu vas te convertir toi aussi. » Mais sans trop y croire. Dans ma famille, il n’y a que ma sœur qui le sait. Elle a bien réagi. C’est elle-même qui m’a posé la question. Elle avait compris. Le ramadan aussi c’est compliqué, parce que je dois trouver des excuses à ma mère pour ne pas manger. Je dois vraiment faire toutes mes prières parce que sinon, le jeûne n’est pas accepté. Des fois, je n’ai pas le temps, alors je rattrape la nuit. Le soir, je ne mange pas beaucoup, du coup je suis fatiguée.

Pour mes amies, on m’a « monté la tête »

Quand j’ai annoncé ma conversion au lycée, j’ai eu le droit aux remarques, aux moqueries et aux préjugés de certains camarades du genre : « Tu fais ça pour pécho des arabes », « La fausse arabe », « Tu veux faire comme tes copines »… J’ai perdu plus de la moitié de mes amies parce qu’elles pensent que je vais changer et ne plus être la même. Je leur ai expliqué qui rien ne changerait à part mon alimentation et ma façon de m’habiller. Je ne sais pas encore si je porterai le voile. Seulement si j’ai la foi nécessaire. Mais elles n’ont rien voulu savoir et elles ont décidé de couper tout contact avec moi. Elles pensaient que j’allais changer, ne plus aller à la piscine ou à McDo avec elles, ou ne plus venir aux soirées qu’elles organisent. Je leur ai bien sûr dit que je pourrai toujours mais, pour elles, ce n’est pas possible de combiner islam et amusement. Elles croient que d’autres amies m’ont « monté la tête ». Ce qui est bizarre, c’est que je ne les ai jamais entendues mal parler des musulmans.

La mère de Sarah est voilée et subit régulièrement des remarques islamophobes. Pour elle, la laïcité commence pourtant par l’acceptation des différences des autres.

La plupart des gens qui me jugent ou se moquent encore aujourd’hui de moi sont musulmans. Ils pourraient me comprendre et m’aider au lieu de se moquer. À mon avis, ils réagissent comme ça parce qu’ils croient qu’on veut faire « comme eux ». Ou il y en a qui réagissent comme ça parce qu’ils pensent que l’islam appartient à la communauté arabe. Au lycée, je le cache aux profs parce que je me dis qu’ils vont le dire à mes parents. Et je n’ai pas envie de leur dire pour le moment.

Ce n’est pas facile d’être convertie aujourd’hui, avec tout ce qui se passe dans l’actualité. Je pense qu’on a tous le droit de croire ou ne pas croire. Peu importe nos origines. Et on ne devrait pas avoir peur de la réaction des gens.

 

Laura, 16 ans, lycéenne, Périgueux

Crédit photo Unsplash // Ifrah Akhter

TAGS :

1 réaction

  1. Masha Allah! Le Seigneur te met des épreuves mais c’est pour tester ton endurance, pour te purifier et te rapprocher de Lui. Avoir une communauté auprès de soi aide beaucoup. Le site “La science légiféree” prit beaucoup t’apprendre. Qu’Allah te facilite.