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Anatole S.21 novembre 2020

On a enterré notre grand-père et nos économies

Vous savez combien ça coûte de creuser une tombe ? À la mort de mon grand-père, j'ai dû me confronter aux nombreux frais liés à son décès.

Par Anatole S.21 novembre 2020

« Prenez ce prestataire, c’est le moins cher. » Devant une nouvelle veuve – ma grand-mère – désemparée, cet entreprenariat très maladroit du médecin. Bien sûr, elle n’écoute pas ce conseil, et prend ce qu’elle considère être le meilleur – catholique pratiquante oblige, elle tend la main au Service Catholique de Lyon – une des entreprises de prestation les plus chères sur ce petit marché. Mais, par confort pour elle et mon grand-père, c’est le meilleur choix. Le plus juste, mais par sûr tous les plans. Car mourir, ça a un coût.

On lance les démarches pour l’inhumation, le portefeuille se vide

Le 5 juin dernier, j’ai perdu mon grand-père, souffrant depuis quelques années. Rien de bien particulier. Tout le monde affronte à un moment ou à un autre le décès d’un proche. Une petite part d’égalité : on y passera tous. Le médecin déclare le décès en trombe, et le portefeuille se vide quand il faut commencer les démarches pour l’inhumation.

Mouchoirs entre les mains, et défunt encore dans la chambre médicalisée en attente d’un transfert au funérarium, ma grand-mère lance les démarches. Les prix affichés sont exorbitants. La présence d’un maître de cérémonie : 200 euros ; les frais de dossier : 260 euros ; les soins de présentation apportés au défunt (toilette et habillage) : 310 euros ! Et oui, il faut choyer le défunt jusqu’au bout. Le carnet de chèques continue de s’amincir toujours un peu plus. Le mystère insondable de payer autant pour un mort s’épaissit.

Dans cet épisode de Splash, le podcast qui jette un pavé dans la mare de l’économie, deux profs d’éco s’intéressent au coût de la mort. Sociologue, directeur de pompes funèbres… tou.te.s tentent de comprendre pourquoi perdre un proche, ça coûte si cher.

La suite ? Ce sont des rayons de soleil sur le parvis de la basilique d’Ainay. Du soleil qui éclaire encore quelque temps le cercueil. Des larmes aussi sur les joues masquées et quelques sourires, tant bien que mal, quand le grand cousin éloigné raconte quelques petits commérages familiaux. Oui, malgré tout, il y a une part de bonheur et de tendresse. Un grand corbillard, coffre ouvert, s’offre à nous. Certains vont à l’enterrement, les autres non conviés rentrent chez eux ou se délectent par avance de la collation. Le dernier petit rendez-vous fédérateur.

Mon grand-père répétait pourtant « l’argent ne fait pas le bonheur »

Mais la convivialité n’arrête pas les chiffres. Le corbillard et son chauffeur/porteur : 400 euros ; le personnel au service (trois porteurs) : 500 euros ; et enfin, le creusement d’une pleine terre deux places à deux mètres : 700 euros. Ce sont les principales prestations. Sous un cercueil onéreux, presque 1000 euros, si on le veut en chêne ou en pin. Les dépenses ne cessent pas. L’oreiller et le capiton : 100 euros. Pardon pour cette longue énumération matérialiste mais, un mort doit-il s’allonger sur autant de valeur ? Incompréhensible, surtout pour un grand-père qui n’a eu de cesse de répéter : « Mes chéri.e.s, l’argent ne fait pas le bonheur. »

1 700 euros, c’est le prix qu’Aïcha a dû payer pour divorcer de son mari violent. À cette somme vient s’ajouter les frais d’un premier procès pour violences conjugales…

Et ce n’est pas fini ! Pour « parfaire » un enterrement, selon ma grand-mère, il faut éditer une petite annonce dans les pages de deux quotidiens : Le Figaro et Le Progrès. Pour prévenir les quelques amis subsistants se comptant sur les doigts d’une main. Pour ensuite l’appeler avec le numéro joint. Nous écrivons l’annonce à plusieurs mains, les lignes s’enchaînent, les prénoms défilent et les phrases toutes faites, classiques finissent le travail.  J’appelle Le Figaro et Le Progrès, et stupeur : « Monsieur, les quinze lignes, c’est 375 euros », me dit-on au premier. Le second est un peu moins cher. Alors on efface, on rajoute, on raccourcit, on se questionne, on enlève quelques noms et on accepte. Accepter de payer près de 6000 euros pour avoir une conscience apaisée et laisser partir son mari dans de bonnes conditions, c’est la face cachée de l’inhumation.

 

Anatole, 20 ans, étudiant, Le Plessis-Robinson

Crédit photo Hans Lucas // © Daniel Derajinski (Série photo « Avec les employés funéraires »)

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