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Lou N.4 février 2021

Pendant deux ans, j’ai vu le cancer prendre la vie de mon père

Quand j'ai appris que mon père avait le cancer, je ne savais pas ce que cela signifiait. Deux années douloureuses à voir la maladie prendre de plus en plus de place et la santé de mon père décliner.

Par Lou N.4 février 2021

Après sa journée de travail, mon père est entré dans ma chambre pour m’aider à faire mes devoirs : lorsque sa main s’est mise à trembler, il m’a assuré que ce n’était rien.

Quelques jours passèrent… il lui arriva la même chose au travail. Ma mère décida de l’emmener aux urgences. Mes deux petites sœurs étaient à la maison avec moi. Ils sont rentrés tard dans la nuit. Le lendemain, j’avais cours, donc je n’ai su que le soir ce que les urgences avaient dit : il avait fait un AVC mais ils n’avaient pas su nous dire d’où ça venait. Il fallait que mon père passe plusieurs examens pour savoir. Et puis les médecins ont eu tous les résultats : il avait un cancer du cerveau gauche.

Seul mon père et ma mère le savaient, ils ont mis du temps avant de nous l’annoncer. Lorsque je l’ai appris, je ne savais pas trop quoi penser, je ne savais rien de cette maladie.

J’ai trouvé mon père allongé par terre

Petit à petit, la partie droite de son corps s’est paralysée. D’abord, il a eu de plus en plus de mal à se servir de sa main droite, il a été obligé de se mettre en arrêt. Il a eu du mal à accepter sa maladie et le fait de rester à la maison sans travailler. Puis, il a commencé à avoir du mal à marcher, sa jambe lâchait.

Ma mère travaillait, mes sœurs étaient à l’école, j’étais la seule à rentrer manger le midi. Un jeudi midi, en rentrant chez moi, j’ai trouvé mon père allongé par terre. J’ai eu vraiment peur, il était tombé et n’arrivait plus à se relever, j’ai eu beaucoup de mal à l’aider. Je n’avais aucune envie de retourner en cours. J’avais peur qu’il retombe et qu’il se blesse.

La Ligue nationale contre le cancer finance des projets de recherche et effectue un travail permanent d’information et de sensibilisation. Dans son magazine Vivre, l’association revient sur le rôle difficile et épuisant des aidant.e.s : « En France, une personne sur dix aide actuellement un proche touché par le cancer. […] S’ils sont souvent silencieux, dans l’ombre de leur proche malade, les aidants sont bien présents. »

Il avait de plus en plus de mal à s’exprimer, à marcher sans sa canne, souvent il chutait. C’était très dur pour ma mère de tout gérer toute seule : entre les devoirs de mes sœurs, le ménage, la cuisine, son travail, s’occuper de mon père. Il n’arrivait plus à s’habiller, se laver… Elle a donc fait appel à une infirmière et une femme de ménage.

Des assiettes spéciales, des chaussons spéciaux, et un fauteuil pour les handicapés

Un dimanche matin, j’étais seule à la maison avec mon père. Je dormais. Tout à coup, j’ai entendu un bruit. Je me suis directement levée et j’ai vu mon père par terre en bas des escaliers, avec une mare de sang autour de lui. Paniquée, j’ai commencé à lui parler, à regarder son poux. Il était inconscient.

J’étais perdue, j’ai réussi à appeler les urgences et je suis allée chercher les voisins. Ils ont appelé ma mère, les pompiers sont arrivés. Ma mère est rentrée le soir même, et mon père le lendemain. Il allait bien mais avait des points de suture à l’oreille. La vie devenait de plus en plus compliquée, pour nous comme pour lui.

À toutes les récrés, j’allais à la vie scolaire pour l’appeler pour savoir si tout allait bien. J’avais de plus en plus de mal à me concentrer en cours, très peu d’amis à moi le savais. À la maison, nous avons fait des aménagements. Par exemple, sa chambre n’était plus en haut, mais en bas dans une pièce à côté du salon, avec un lit d’hôpital. Il avait des couverts en plastique et des assiettes spéciales, des chaussons spéciaux, et un fauteuil dans le salon pour les handicapés pour l’aider à se relever tout seul. Ma mère faisait tout ce qu’elle pouvait pour qu’il n’aille pas vivre à l’hôpital.

Avec mes soeurs, on prenait le goûter à l’hôpital

Mais il a quand même été obligé d’y aller. Ça a changé beaucoup de choses. Même s’il ne vivait plus avec nous, je savais que, là-bas, il était en sécurité. Je ne pouvais plus l’appeler à chaque récré, je ne pouvais plus manger avec lui tous les midis, ça m’a fait un vide. Tous les jours après les cours, j’allais chercher mes sœurs à l’école et nous allions à l’hôpital à pied le rejoindre pour prendre le goûter. Dans la soirée, ma mère nous rejoignait. On restait le plus tard possible avec lui, on faisait nos devoirs là-bas. Je ne me rappelle plus trop combien de temps ça a duré, environ quatre, cinq mois.

Lauralyne, atteinte d’un cancer du tissu osseux au bras gauche, a été hospitalisée pendant le premier confinement. Sa chimiothérapie, débutée en mai 2020, se fait dans un hôpital qui va au ralenti… Heureusement, soignant.e.s, infirmier.e.s, psy et animatrice sont là pour lui remonter le moral.

Le 18 janvier 2018, un lundi matin, la vie scolaire est venue me chercher en classe. Je me doutais pourquoi, je n’ai pas voulu savoir, j’insistais pour rester en cours par peur d’écouter ce qu’elle avait à me dire. Je suis quand même sortie, elle m’a annoncé que mon père était tombé dans le coma. J’avais du mal à comprendre ce qu’il se passait, ma tante est venue me chercher.

À l’hôpital, j’ai attendu devant sa porte. Je ne savais pas quoi faire, j’avais très envie de le revoir mais j’avais peur de garder une mauvaise image de lui dans le coma. Je suis quand même rentrée. Je me suis dis que, dans le futur, j’allais peut-être regretter de ne pas être allée le voir. J’ai vu mon père allongé dans son lit, ma mère auprès de lui. Je me suis effondrée. C’est horrible de voir la personne qui nous a mis au monde dans cet état.

Le lendemain à 9 heures, ils ont appelé ma mère pour annoncer qu’il était décédé. J’étais triste. Ça a été très dur pour moi de reprendre les cours, de reprendre une vie normale. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à l’accepter. Durant sa maladie, pendant deux ans, les rôles se sont inversés.

 

Lou, 17 ans, étudiante, Rennes

Crédit photo Unsplash // David Sarkisov

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