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Jeremy L.12 février 2021

À l’école, mon handicap dérangeait

En situation en handicap, j'ai été harcelé toute ma scolarité. Une souffrance qui est devenue un fardeau, avec ses conséquences : comportements violents, isolement, perte de confiance en moi... À l'ESAT, je me sens en sécurité et plus apaisé.

Par Jeremy L.12 février 2021

À ma naissance, mon cœur a cessé de vivre et j’ai vu la mort en face. Je suis né hémiplégique. Si j’avais su tout ce que je vivrai dans ma vie, j’aurais préféré mourir et vivre au paradis près des anges. J’aurais dû être en fauteuil roulant, mais je me suis battu de toutes mes forces pour parvenir à marcher. Et ma mère s’est énormément battue pour moi. 

Mon enfance a été difficile et emmerdante. Les gens autour de moi ne me voyaient pas comme un être humain normal, mais comme une personne différente qui n’avait ni le droit au bonheur ni le droit d’avoir d’amis ou de petite amie. Les gens me trouvaient différent à cause de mon physique et de ma différence. Ils avaient peur de la différence… Ma différence ne porte pas de nom, mais elle se voit car je suis en situation de handicap.  

J’ai été brutalisé par les autres élèves, j’étais seul dans mon coin sans personne pour m’aider, même les profs n’étaient pas de mon côté. J’étais comme une larme qui coulait jusqu’à faire des vagues dans lesquelles je rêvais de nager pour oublier ce monde de pourris. 

J’étais comme un con sur une branche

Mon arrivée au collège… Le premier jour, cinq petits salopards se sont jetés sur moi, et ça a été comme ça tout au long de ma scolarité. Je n’avais personne sur qui compter, à part Camille, ma meilleure amie. Quand j’ai quitté la cinquième, je n’ai plus eu de nouvelles. J’étais triste, j’y pensais tous les jours en regardant les lettres qu’on s’écrivait. Des petites larmes coulaient de mon corps.

En quatrième et troisième, je suis allé en MFR (Maison familiale rurale). Ce fut tout aussi éprouvant, et très difficile à gérer de devoir changer d’école contre mon gré. Entre les moqueries, les bagarres, le harcèlement et les humiliations… Je n’aime pas qu’on me fixe et qu’on m’insulte de « mongole », de « dents de lapin », ou encore qu’on parle de ma famille. J’ai totalement perdu confiance en moi. Je n’avais plus le goût de la vie. 

Moqueries, insultes, humiliation,  agressions physiques… les enfants en situation de handicap sont les cibles privilégiées des élèves harceleurs. Des violences qui pèsent sur leur parcours scolaire et sur leur bien-être psychologique à long terme. 

L’humiliation la plus tordue qu’on m’ait faite, c’était à l’internat. Une quinzaine de personnes m’ont attrapé les bras, les jambes et ont essayé de voir si j’avais des poils entre les jambes. Personne n’a rien fait pour m’aider. J’en ai parlé au directeur, mais il n’a rien fait. Il a laissé couler l’affaire. Je voulais porter plainte contre eux et mes parents n’ont pas voulu. Moi, j’étais comme un con sur une branche. 

J’ai totalement dérapé dans le mauvais sens

Je réagissais à la brutalité par le silence, et des fois par la violence. Une fois, j’ai dit un truc pour rigoler, et la surveillante de l’internat m’a jeté contre le mur. Je me suis tellement cogné que j’ai voulu riposter, mais j’étais jeune et je n’avais pas l’assurance de réagir par les mots. Le lendemain, j’ai voulu faire une fugue, mais tout le monde m’a retenu. 

Je me rappelle aussi quand j’ai giflé un prof parce qu’il m’avait racketté, il voulait que je lui donne de l’argent. À la maison, personne ne me soutenait. J’en ai parlé à mes parents, mais ils disaient toujours que c’était de ma faute, qu’il fallait que j’arrête de me battre. Mais si je me battais, c’était pour riposter, pour les faire taire.

Une fois l’école finie, j’ai totalement dérapé dans le mauvais sens. Je me suis mis à harceler des gens, j’ai failli aller chez les gendarmes à plusieurs reprises. Ma vie se résumait à ça, ma vie sentimentale était nulle, personne à l’horizon. Même si, à l’époque, j’avais voulu sortir avec Camille, je n’avais jamais osé lui dire ce que je ressentais pour elle.

Mes seuls échappatoires à ce monde merdique

En même temps, j’étais à l’institut médico-éducatif. Et là, ça s’est bien passé. J’ai aimé être avec des personnes comme moi. Et maintenant, je suis à l’ESAT (établissement et service d’aide par le travail) : là aussi je me sens bien. Il y a du monde autour de moi pour m’aider. Les éducateurs seront toujours là en cas de besoin. Ils m’aident en m’amenant dans les bois pour respirer et prendre du temps pour moi. Puis maintenant, j’ai des amis avec qui je passe d’excellents moments. Même si, depuis mon arrivée, j’ai fait pas mal de conneries que je regrette.

Je subis toujours des moqueries à droite et à gauche. J’ai peur du regard des autres, je peine à sortir en ville de peur d’être mal vu par les gens. Je n’ai pas confiance en moi, mais une chose est sûre : quand je suis chez moi, j’ai l’écriture, le cinéma et la musique, mes seuls échappatoires à ce monde merdique. J’ai beaucoup de films préférés : Eternal sunshine of the spotless mind, Requiem for a dream, Pulp fiction, Full Metal Jacket, Get out... Je rêve de devenir scénariste et réalisateur. Et même, j’aimerais devenir écrivain. 

Comme Jérémy, Astrid est née hémiplégique et a été moquée. Mais depuis la reconnaissance de son statut de travailleur handicapé, elle a pu trouver sa voie et s’épanouir professionnellement

J’écris beaucoup, souvent en écoutant de la musique relaxante ou classique. C’est là où je puise mon inspiration. Sans musique, je ne peux pas écrire. J’invente des histoires, et des fois je raconte ma vie et mon parcours. J’aimerais écrire un roman, mais je ne suis pas encore prêt pour écrire 500 pages. Je vais sûrement commencer par des recueils de textes, des poèmes, des contes… J’aimerais être publié pour faire découvrir mon parcours aux gens, avoir des fans. Pour faire voyager les gens dans mon univers surréaliste et étrange. Je suis quelqu’un de très engagé et j’aimerais beaucoup en parler dans mes écrits. Je suis pour un monde meilleur. 

 

Jérémy, 28 ans, salarié, Sainte-Menehould

Crédit photo Pexels // CC0 

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