Avatar

Joy3 mai 2019

Être une fille c’était pas mon genre

Jusqu'au collège, Joy se revendiquait « garçon manqué ». Le rose, les poupées, très peu pour elle ! Arrivée au lycée, elle a pris ses distances avec les stéréotypes de genre pour mieux accepter son corps.

Par Joy3 mai 2019

Petite, je pensais qu’il était tellement mieux d’être un garçon qu’une fille ! Je pensais qu’adopter les comportements qu’avaient les garçons allait me permettre d’être beaucoup mieux intégrée. Mais au final, je ne trouvais pas ma place ni chez les personnes de mon sexe ni chez les personnes du sexe opposé.

Dans mon école primaire de campagne, je jouais au foot. Comme un gars. Je me souviens du jour où la seule fille qui jouait avec moi et les garçons au foot est partie. Je ne savais pas comment le vivre. J’étais devenue le dernier garçon manqué du primaire.

Contrairement à mes espoirs, les garçons ne m’acceptaient pas car j’étais une fille de naissance et les filles n’aimaient pas mon air de garçon. La raison pour laquelle je ne voulais pas être une fille était que je pensais que ces dernières n’avaient pour occupations que le maquillage, les poupées et le rose.

Cette opinion était en grande partie due à mon environment. Je ne parle pas de ma maison mais de la société. Je parle du rayon enfant au Auchan du coin. Je parle des jouets différenciés selon le sexe. Je parle des enfants qui définissent leurs goûts en fonction de ce que l’on leur a imposé plus jeunes, de ce que la société leur à dit de faire. Bien sûr, cela ne dure par éternellement et en grandissant nous apprenons à nous détacher de ce que l’on nous a inculqué, mais cela continue de nous influencer fortement.

Je me refusais à aimer ce que je considérais comme trop efféminé

Quand je suis arrivée au collège, j’ai tenté de me faire accepter. Je ne m’habillais plus de manière masculine. J’avais des tee-shirts moulants qui faisaient ressortir ma poitrine naissante. Mais assez vite, les garçons ont commencé à la toucher et les filles m’accusaient de mettre des chaussettes dans mes soutiens-gorge. J’ai donc renié mon corps de femme et j’ai décidé de porter uniquement des habits masculins, des sweats à capuche amples achetés au rayon homme. Mes interactions avec les adolescentes étaient limitées, je ne discutais qu’avec les adolescents, enfin ceux qui voulaient bien de moi. Je me reniais, je me refusais à aimer ce que je considérais comme trop efféminé : romans à l’eau de rose, la couleur rose, certains chanteurs pour filles…

Être une femme, l’humoriste Blanche Gardin en parle bien dans ses spectacles ! Court extrait de son passage au Festival de comédie de Montreux (où elle parle surtout de sexualité).

Il ne s’agissait pas juste de ne plus être une femme, d’être acceptée par la gente masculine comme un garçon, je pense que je voulais en fait attirer l’attention sur moi. Il y avait une part de féminité en moi, je la reniais et c’était des fois juste pour me faire remarquer. En pensant aux femmes, je n’avais en tête que les stéréotypes habituels et comme ils ne me plaisaient pas, je décidais d’adopter les comportements du sexe opposé. Ce mal-être à continué jusqu’en troisième.

J’ai accepté que je pouvais moi aussi être belle

Avant d’arriver au lycée, j’ai décidé de changer. Changer d’habits, d’état intérieur, devenir une nouvelle personne en repartant sur de nouvelles bases. Je me suis donc mise à acheter des jupes, des hauts plus girly et même des oreilles de chats (que j’ai mises au lycée durant six mois).

J’avais grandi, j’avais appris. Je savais désormais qu’être une fille ne signifiait pas se conformer aux stéréotypes. J’ai accepté mon corps, accepté mes formes si longtemps cachées, accepté que je pouvais moi aussi être belle, que prendre soin de soi n’était pas mauvais, qu’aimer Twilight non plus. Je suis devenue plus positive grâce à cela. J’aime toujours traîner avec les garçons, mais pour de bonnes raisons désormais. Je dirais que je suis plus en paix avec moi-même. Il me reste encore un long chemin à faire avant d’être totalement adulte et avant d’être totalement moi-même, mais je sais que je vais y arriver.

À Berlin, un jour de 2016, Elise a laissé sa coloc lui raser le crâne. Un changement de coupe qui l’a aidée à s’épanouir. « Je ne me suis jamais sentie aussi femme qu’avec le crâne rasé »

J’ai été longtemps influencée par les dessins animés que je voyais, les rayons de vêtements genrés, les personnes autours de moi. En grandissant, j’ai appris à ne plus être sous cette influence, à construire ma propre idée de ce que doit être une femme. Mais j’ai surtout appris à m’aimer et à accepter ce corps que j’ai trop longtemps renié.

 

Joy, 17 ans, lycéenne, Les Mesnuls

Crédit Photo Unsplash // CC Sharon McCutcheon

TAGS :