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Claire W.1 mars 2021

J’étudie à 1 000 km de ma fac

Je vais passer le deuxième semestre devant un écran d’ordinateur. En distanciel à l’autre bout de la France, au lieu d'être à la fac. Loin de mes amis, de ma famille, de ma passion.

Par Claire W.1 mars 2021

Cinq mois que l’année universitaire a commencé. Deux mois en présentiel à la fac où l’on a pu retrouver ses camarades. Trois mois en distanciel où l’on a regardé un écran qui parle. Les quatre prochains mois, le deuxième semestre ? Chez ma grand-mère, à Plœmeur. 1 000 kilomètres séparent le lieu où j’habite habituellement, Mulhouse, et le lieu où je passerai mon deuxième semestre.

Les deux premiers mois, de septembre aux vacances automnales, se sont plutôt bien passés. Je suis entrée en troisième et dernière année de licence administration économique et sociale (AES) à l’université de Mulhouse. J’avais ma routine : les cours en journée, et les entraînements de basketball quotidiens le soir. Au moins, je me levais le matin pour quelque chose. J’allais en cours pour étudier. J’allais à mes entraînements pour me défouler. La semaine était rythmée.

Puisque je ne peux pas aller à la fac, autant aller à la campagne

Avec le second confinement, je me suis dit que sans compétition sportive et avec les cours à la maison, il valait mieux aller à la campagne, chez ma mamie. Habituellement, je vis chez mes parents. Mais ils ont été d’accord que je parte et m’ont donc pris un billet de train.

J’avais espoir de revenir à Mulhouse à la fin du mois de janvier. Mais Jean Castex et le gouvernement ont tout brisé, de nouveau : pas de reprise du sport. J’avais espoir que l’on puisse au moins reprendre les entraînements, voire même les cours début février. Puis, au fil des jours et des semaines, je me suis dit qu’on ne reprendrait rien avant l’été. J’avais bien raison, aucune date de reprise avant la rentrée prochaine. D’ailleurs, je n’ai toujours pas prévu de rentrer en Alsace.

Ici, au moins, il y a un panier de basket dans la cour derrière la maison. Je joue donc au basket dès que je peux, bien évidemment en fonction de la météo. La forêt à deux pas, je peux aller me balader de temps en temps. Et puis la plage est à une dizaine de minutes en voiture. Je peux aller photographier les vagues qui s’écrasent sur la digue lors des tempêtes, je peux les surfer lorsqu’il y en a. Et bien sûr, je fais les courses chaque semaine.

100 % de distanciel, c’est un enfer

Mes cours ont repris le lundi 18 janvier en distanciel. Bon, pour la première semaine, deux cours ont été annulés. Déjà que je n’ai pas cours le mercredi ni le jeudi… Je n’avais pas hâte de refaire des maths ni du droit, mais c’est comme ça. Aujourd’hui, pas grand-chose n’a changé. 100 % de distanciel, c’est un enfer.

Les jours, les semaines passent et se ressemblent. Assise derrière un écran pendant huit heures, c’est infernal. Tous les cours se passent devant un écran. C’est difficile de suivre. On passe d’un cours à l’autre, avec une pause de cinq minutes à chaque heure. Pour ma part, j’ai du mal à rester concentrée toute la journée. Il y a un décrochage scolaire, et les inégalités se creusent au fur et à mesure.

À Science Po Lyon, des étudiant.e.s ont décidé de réintégrer leur école pour se motiver et étudier ensemble. Les professeur.e.s peuvent assister aux cours en visio, et les étudiant.e.s des autres universités peuvent participer à des ateliers-débats.

Vient le couvre-feu à 18 heures. On ne peut donc pas sortir, s’aérer l’esprit et penser à autre chose lorsqu’on finit les cours. Non, nous n’avons pas le droit. Puisque nous ne pouvons rien faire, nous enchaînons donc sur les devoirs, les révisions, avant d’aller dormir. Et c’est un éternel recommencement, qui dure depuis de nombreuses semaines. Et qui va continuer encore longtemps. Les cours à distance jouent énormément sur la santé mentale des étudiants. Nous ne sommes pas la priorité du gouvernement. Malgré tout, je reste positive. Rester à Mulhouse sans sortir aurait été beaucoup plus dur.

Seuls et oubliés, on ne voit pas le bout

Je m’estime chanceuse d’être ici, à l’air libre. Je ne suis pas enfermée toute la journée dans un petit appartement, je n’ai pas de problème de connexion internet, je ne fais pas de dépression, et je ne ressens pas trop la solitude. Comme j’ai assez peu de cours, je peux toujours sortir jouer au basket, surfer, même si le couvre-feu m’empêche d’aller voir le coucher du soleil. Et je peux voir ma famille. Bien sûr, ne pas voir ses amies et ses parents, ça change, mais on peut toujours communiquer. Je rentrerai à Mulhouse lorsque j’en ressentirai le besoin et lorsque mes entraînements de basket auront repris… autant dire pas tout de suite.

J’ai retrouvé un certain rythme de vie, même si ce n’est pas pareil qu’avant. Malgré tout, j’aimerais pouvoir retrouver ne serait-ce qu’un tout petit peu de la vie d’avant. Le retour à l’université faciliterait beaucoup de choses pour la plupart des étudiants. Pour moi aussi. Je pourrais retrouver une partie d’une vie « normale ». Une année scolaire entière en distanciel, c’est long. On n’y est pas habitué.

Ambroise pensait pouvoir avoir une deuxième année de médecine plus reposante que sa PACES. Mais entre les cours en distanciel et ses partiels annulés en janvier, il est arrivé à saturation.

Je ne rentrerai que si on reprend des cours en présentiel (et pas qu’un seul !). Du coup je suis toujours en Bretagne, et pas la moindre idée des retours à l’entraînement de basket… On ne voit pas le bout. Seuls. Oubliés. Un an dans l’anonymat et ça n’a pas l’air de déranger les hommes politiques. Alors, Monsieur Macron, Monsieur Castex, Monsieur Véran, aidez-nous.

 

Claire, 20 ans, étudiante, Mulhouse

Crédit photo Pexels // CC Zen Chung

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