Jéromine R.

Jéromine R.27 mai 2019

Faire des études à la campagne, c’est tout un art !

Petite, Jéromine a déménagé de la ville à la campagne. Un soulagement au départ, qui lui apparaît aujourd'hui comme un frein à la réalisation de ses rêves.

Par Jéromine R.27 mai 2019

J’ai toujours aimé l’art. Et puis techniquement, le dessin, tout le monde peut en faire : un papier, un crayon et c’est parti ! Pourtant, c’est difficile d’en faire quelque chose de sérieux, surtout quand on habite à la campagne.

Quand j’avais 3 ans, j’habitais en ville dans un appartement devenu trop petit depuis l’arrivée de ma petite sœur, troisième enfant de notre famille.

Nous avons déménagé à la campagne, changement brutal de décor. Et même si j’aimais pouvoir dormir sans concert privé sous ma fenêtre à 3h du matin, je me suis petit à petit rendu compte que la campagne me freinerait de bien des façons.

Une école de dessin coûte trop cher

Quand on nous demandait ce que nous voulions faire au collège, la seule chose qui me venait c’était : de l’art. Malheureusement, que ce soit des cours individuels ou l’école de dessin, ça coûte cher, et nous ne pouvions pas nous le permettre.

Avec trois enfants, si l’un prenait des cours de quoi que ce soit, les deux autres se seraient sentis lésés. Le salaire de mes parents était juste suffisant pour payer les factures, les courses et le genre de dépenses nécessaires pour vivre simplement. Financièrement parlant, il n’y avait pas de place pour les loisirs sérieux.

Payer l’inscription dans une école de dessin et le matériel, ce n’était clairement pas envisageable. Quoi qu’il en soit, il aurait fallu aller en ville, à 35 kilomètres. 40 minutes de trajet juste pour l’aller. Rien qu’en essence, niveau dépenses, cela pesait lourd dans la balance. Et puis, les parents travaillaient et le bus de campagne ne correspondait pas aux horaires.

Les conseillers d’orientation que je suis allée voir n’ont pas su m’aiguiller. J’ai dû me rabattre sur une filière littéraire, qui correspondait à mon esprit créatif. Aujourd’hui, la question de mon avenir est plus présente que jamais. J’ai mon bac, le permis, mais pas la voiture.

Je n’abandonne pas mes rêves

Depuis, j’ai fait un service civique dans l’école primaire de ma commune, c’est d’ailleurs ce qui a financé mon permis. Pour l’instant, je cherche des petits emplois à proximité, le temps d’économiser assez d’argent pour acheter une voiture. Ensuite, j’espère trouver une formation qui me conviendra, même si parfois j’ai peur de ne pas y arriver.

Jarta aimerait aussi faire du dessin son métier. C’est à l’école, en suivant ses amis dans la cour de récré, qu’il a découvert le monde des mangas et qu’il s’est mis à dessiner. « Les mangas m’ont permis de découvrir ma vocation »

Mais quand je dessine, j’oublie tout le reste, je suis sur mon territoire, je suis moi et je m’exprime. Les problèmes passent à la trappe et j’entre dans mon monde. Je crée des personnages, je leur invente même des histoires, je les fais vivre à ma manière. J’ai toujours été introvertie, peu sûre de moi. Dessiner, c’est ma zone de confort. C’est aussi une manière de me lâcher, même si c’est dur, c’est quelque chose que je peux plus ou moins contrôler. Grâce à d’autres dessinateurs, avec qui j’échange sur internet, je repère mes erreurs, je les corrige, j’avance, on s’encourage entre nous…

Aujourd’hui, j’ai renoncé aux cours de dessin. Mais je n’abandonne pas mes rêves pour autant. J’ai envie de croire que je vais trouver quoi faire, un métier qui me plaît que je pourrais allier à ma passion. Tout ce qui est créatif, des métiers comme la poterie ou l’ébénisterie par exemple.

Si nous n’avions pas déménagé à la campagne je n’en serais peut-être pas là, mais je n’en veux pas à mes parents pour autant. Au contraire, j’ai envie de les rendre fiers et de leur montrer que j’ai réussi malgré les difficultés.

 

Jéromine, 21 ans, en formation, Savigné sur Lathan

Crédit photo Unsplash // CC Jonathan Sebastiao

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