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Dounia T.7 mars 2020

Suis-je obligée de faire un master pour réussir ma vie ?

À la fin de ma licence, j'ai décidé de ne pas continuer en master. J'avais envie de m'engager, de voyager. Mais mon entourage a bien failli me faire changer d'avis...

Par Dounia T.7 mars 2020

MASTER, c’est la suite logique après la licence, le minimum à viser quand on a des capacités à l’école, ce qui permet de réussir sa vie… C’est ce qu’on me disait en tout cas.

En septembre 2018, j’ai commencé ma troisième année de psychologie à l’université d’Amiens. L’année tant redoutée des étudiants, celle qui détermine notre entrée en master. MASTER, c’est le mot qu’on entend dans toutes les bouches, aussi bien dans celles des profs que des étudiants. Une pression pèse sur chacun : avoir des bons résultats, se faire bien voir des profs, trouver le stage qui nous en ouvrira les portes.

J’avais de bons résultats, une licence en cours de validation et l’envie de réussir ma vie. Alors, les premiers mois, j’ai listé les masters susceptibles de m’intéresser.

Début 2019 : fin des examens. À ce moment-là, j’ai remis en question le système scolaire. Je me sentais comme une machine programmée à apprendre des cours par cœur et à cocher des cases lors des QCM qui servent de partiels. J’ai commencé à me poser de plus en plus de questions sur mon avenir professionnel. En réalité, le master c’était ce que les autres attendaient de moi, c’est-à-dire ma famille, mes amis et même ceux qui ne connaissent de moi que mes résultats scolaires.

Mais moi, qu’est-ce que je voulais ? M’épanouir au quotidien, m’engager dans un projet humanitaire, découvrir le monde… Je voulais me libérer de ce système endommagé : « C’est décidé, je ne m’inscrirai pas en master. Rien ne me fera changer d’avis. » Ça, c’est ce que je me disais. Mais c’était sans compter sur la pression extérieure.

« Si on n’est pas accepté en master, on a raté sa vie »

Au départ, j’ai tenté de me renseigner sur les césures, afin de mettre mes études sur pause pendant un an et me laisser l’opportunité de reprendre autre chose ensuite. Mais je me suis vite rendu compte que trouver des informations, c’est mission impossible. J’ai passé des journées à courir dans les services administratifs de la fac, chacun me renvoyait vers un autre, et ainsi de suite. J’ai compris que la fac ne m’aiderait pas. En théorie j’étais censée être accompagnée, dans les faits j’étais seule.

Le master est aujourd’hui devenu un facteur non-négligeable pour obtenir un emploi. Alors beaucoup d’étudiants passent désormais par cette étape. Les Echos Start nous éclaire sur leurs raisons !


Lorsque j’ai annoncé que je ne postulais pas en master, mes camarades n’ont pas compris. Pourquoi arrêter quand on a les capacités de continuer ? « Si on n’est pas accepté en master, on a raté sa vie », « Il faut faire des études, et le temps pour l’amusement viendra plus tard. » Tout le monde semblait tenir ce genre de discours… Heureusement, quelques amis proches m’ont soutenue. Quand j’ai discuté de ma décision avec ma mère, elle m’a comprise mais elle a eu peur. Elle m’a demandé si je pourrais reprendre mes études un jour.

Sortir de la norme n’a pas été facile

Prise dans ce tourbillon, je me suis d’abord avouée vaincue. J’ai commencé à rédiger des dossiers de candidature en master de psychologie même si je ne m’étais jamais projetée en tant que psychologue. La licence m’avait apporté des connaissances intéressantes mais je n’avais pas envie de continuer à me professionnaliser dans ce domaine. Deux solutions s’offraient à moi : me convaincre que le métier de psychologue était fait pour moi ou ou ne pas postuler. Comme il était question de mon avenir, de mon bien-être, je me suis ressaisis et j’ai arrêté de remplir tous ces dossiers de candidature.

De plus en plus de personnes décident d’arrêter leurs études ou leur travail pour pouvoir prendre du recul, se recentrer, respirer. C’est ce qu’Anna a fait et elle en est bien contente !

Finalement, j’ai candidaté en service civique en avril. J’ai été acceptée à l’AFEV Toulouse en juin. Aujourd’hui, je m’épanouis quotidiennement dans mes missions. Avec le recul, j’ai pris conscience que sortir de la norme n’a pas été une chose facile. J’ai éprouvé le poids de la pression sociale. Je me suis retrouvée seule face à une quantité de personnes qui me renvoyaient leurs propres peurs, jugeaient mes choix avec leur filtre personnel, en fonction de leur vécu, leurs croyances… J’étais à deux doigts de refouler mes propres envies pour vivre une vie qui n’était pas la mienne.

 

Dounia, 21 ans, volontaire en service civique, Toulouse

Crédit photo Unsplash // CC Victoria Priessnitz

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