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Kadiatou N.28 février 2020

Foot féminin : le respect des gars, je l’ai gagné sur le terrain

Pour avoir le droit de jouer au foot, j’ai dû prouver aux mecs que sur le terrain, j’avais ma place. Que le foot féminin avait sa place.

Par Kadiatou N.28 février 2020

Le foot, ça a commencé pour moi quand j’ai vu mon frère jouer. J’avais 6 ans et lui 10. Il jouait dans la cour de notre petit immeuble à Drancy, avant de s’inscrire dans le club de la ville. Moi, j’ai demandé de m’inscrire avec lui, mais ma mère m’a répondu : « Non, c’est un sport de garçons et déjà que tu te comportes comme un garçon… » C’était pas faux, j’ai toujours été un garçon manqué. Je m’habillais et me comportais comme un gars.

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Sur le coup ça m’a mise en colère, parce que je trouvais que le foot c’était pour tout le monde. Vers mes 8 ans, je lui ai redemandé, elle m’a répondu la même chose. Le lendemain, je suis allé voir mon frère à son match au Blanc-Mesnil. Sur le banc, avec le reste des joueurs, je me sentais à ma place. J’avais trop envie de jouer. Le soir, j’ai encore essayé de convaincre ma mère. Encore un non.

J’me suis mise à pleurer. Pour me réconforter, mon frère m’a emmenée dans notre cour et il a joué avec moi, pour m’entraîner. Il m’a appris à faire une conduite de balle. Il allait trop vite ! Je comprenais pas comment il faisait. Mais il m’a bien expliqué, et j’ai capté qu’il fallait pousser avec l’extérieur avant du pied.

Le City de Drancy, pourquoi ce serait pas pour les filles ?

On a continué à jouer ensemble à chaque fois qu’il n’avait pas entraînement. Toujours dans notre cour, jamais au City, le terrain dans le parc de ma ville. C’est là où il y a tous les gars de Drancy qui vont s’entraîner et faire des matchs entre eux. Sans filles. Parce qu’elles aussi, elles pensent que le foot c’est pour les gars. Celles qui sont là, en général, c’est juste pour regarder leur gars jouer.

La première fois que j’suis allée au City, c’était avec ma grande sœur. Elle était comme les autres : elle était là pour regarder l’un de ses potes jouer. Relou. Une autre fois avec mon frère, on y est retournés. Ma place était encore sur le banc, pas sur le terrain. Les gars qui jouaient, je les aimais pas trop parce qu’à chaque fois qu’ils me calculaient, c’était pour me dire d’aller chercher la balle quand elle sortait (sans s’il te plaît, ni merci).

Vers mes 10 ans, ma mère m’a inscrite dans le club d’athlétisme de la ville (ABDO), comme ma grande sœur. Mais à chaque entraînement d’athlé, je regardais les gars qui s’entraînaient au foot à côté. Six mois plus tard, une copine de l’athlé m’a proposé d’aller faire du foot avec elle dans une association qui s’appelle « Sport dans la ville ». C’était gratuit et il n’y avait que des filles donc ma mère a fini par accepter.

M’incruster sur le terrain, défendre le foot féminin

À mon premier entraînement, je me suis rendu compte que j’avais un meilleur niveau que les autres filles qui faisaient déjà du foot en club depuis un an et demi. Ce jour-là, j’étais heureuse comme jamais. Mais mon objectif à moi, c’était d’atteindre le niveau des gars du City.

Alors, depuis trois ans, je m’entraîne tous les mercredis avec les filles et le samedi, je vais au stade « But en or » de ma ville. Là-bas, j’ai le droit de jouer avec les gars parce que c’est le stade où on s’entraîne tous, c’est NOTRE stade à TOUS. J’suis même devenue plus forte que certains gars. Mon frère m’avait déjà appris la technique mais au fil du temps, j’ai appris à jouer en équipe, à lever la tête, à prendre en compte les autres joueurs.

Pour Imène et Zohra, le foot c’est un terrain de lutte féministe. Première CAN féminine, premier club de foot pour les filles… à Chanteloup-les-Vignes, elles ont fait bouger les lignes. Et elles l’ont raconté à notre micro, pour Sample dans notre podcast sur le foot féminin.

Après un an et demi, je me suis sentie assez sûre de moi pour aller jouer au City. J’ai été assez mal accueillie parce qu’une fille dans un « environnement de gars » pour eux, c’est dérangeant. Au début, ils voulaient pas que je joue. Ils m’ont dit non, c’est tout. Moi j’ai forcé.

« J’veux la meuf forte dans mon équipe ! »

Au bout du compte, j’ai quand même réussi à m’incruster sur le terrain. On a fait des deux contre deux. J’étais en équipe avec un gars qui voulait pas que l’on soit dans la même équipe. Mais quand j’ai commencé à jouer, il m’a dit qu’il était content que je sois dans son équipe parce que je jouais mieux et que j’étais plus technique que lui.

À ce moment-là, j’étais tellement heureuse et fière de moi. À tous les matchs qui ont suivi, les gars n’arrêtaient pas de dire : « Je veux la meuf forte dans mon équipe ! » C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que j’avais gagné le respect des gars, ceux qui me rejetaient au début.

Maintenant, j’ai le droit de jouer au City. Les autres filles qui ont un peu de niveau aussi ont gagné ce droit. C’est ma petite victoire pour le foot féminin, pour plus d’égalité dans le sport et dans la ville.

 

Kadiatou, 13 ans, collégienne, Drancy

Crédit photo Unsplash // CC Mar Bocatcat

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