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Julien B24 octobre 2020

Ma cité s’embourgeoise, ça va clasher

À Nantes, place des Lauriers, tout ferme, petit à petit... La ville est en train de détruire les bâtiments et, pour nous, cette gentrification ne passe pas.

Par Julien B24 octobre 2020

J’ai grandi place des Lauriers, à Nantes. La ville est en train de détruire les bâtiments, et ça change l’ambiance du quartier.

Avant, sur la place, les gens jouaient au foot, les jeunes d’une vingtaine d’années parlaient sur les bancs. Sur la place, en haut à gauche des escaliers, il y avait la boulangerie. Maintenant, faut aller à Bellevue ! Tu peux y aller à pied si t’as le temps, sinon, c’est deux arrêts de tram. Au milieu, il y avait une boucherie. Puis le taxi-phone, le kebab et un salon de coiffure. À droite, il y avait un bureau de tabac et un magasin d’alimentation. Sous le porche, il y avait une pharmacie. La pharmacie, elle est toujours là, hein, aux Lauriers… Mais dans un cabanon de chantier. C’est un faux bâtiment, quoi… C’est parce que derrière la tour ils font des constructions où les commerces sont censés se réinstaller. Quelques commerces. Par contre, ce qui ne va pas être détruit, c’est la Maison des habitants et des citoyens, et la grande tour. Ça, ça reste.

Sur la place, il y avait des fêtes et des activités pour les jeunes du quartier, et tout le monde venait. C’était vivant. Maintenant, les gens sont partis. Ceux qui étaient dans les bâtiments détruits ont été obligés de partir, parce que de nouveaux bâtiments sont construits, mais pas pour eux. Pour d’autres gens. Je ne sais pas qui exactement. Pour l’instant, il n’y a que les fenêtres en tout cas. Il doit y avoir une date d’ouverture des nouveaux bâtiments, mais je ne la vois pas quand je passe devant. Il y a eu des réunions avec la mairie pour savoir comment ça allait se passer, mais je n’y suis pas allé. À la mairie, ils disent que la place va devenir un jardin, mais je ne sais pas si c’est vrai.

Gentrification : ceux qui vont arriver n’auront jamais connu une cité

Moi, ça fait trente ans que je suis là. Je pense que ça va rebouger après, mais en ce moment ça ne bouge plus. Je ne pense pas que ce seront les mêmes gens. Ceux qui vont arriver, ils n’auront jamais connu une cité. Et puis ils vont sûrement acheter les appartements. Nous, c’est pas pareil, on était locataires. Ça va clasher, c’est sûr. Ce seront des gens plus aisés qui vont peut-être râler parce que ça gueule dans les cités.

Ce récit est un extrait de notre livre Vies Majuscules – Autoportrait de la France des périphéries, aux éditions Les Petits Matins. Loin des clichés, c’est la France des invisibilisé.e.s qui se raconte. Disponible en librairie ! Vous y trouverez aussi le témoignage de Sébastien sur son engagement : « Gilets jaunes : j’ai connu la rue avant de la prendre »

Je ne sais pas ce que ça va donner, mais, pour moi, c’est une perte dans ma vie comparé à mes bons souvenirs du quartier. Ce ne sera plus comme avant.

 

Julien, 30 ans, salarié, Nantes

Crédit photo Unsplash // CC Jack Dong

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