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Marwan L.10 février 2020

Guerres de quartiers : les « descentes » c’est pas pour moi

Les affrontements entre quartiers, je trouve ça dommage. Je préfère rester au chaud chez moi plutôt que de participer aux descentes. Quitte à être une « salope ».

Par Marwan L.10 février 2020

Un jour d’hiver, il faisait super froid, j’étais dans le bus pour aller dans une ville voisine. Ma mère m’avait envoyé faire des courses, j’étais fatigué, je venais de rentrer du collège. J’avais qu’une chose en tête c’était d’être dans mon lit au chaud, j’étais pas prêt à ce qui allait m’arriver. Il était 18h à peu près, il faisait nuit ; bref, une journée d’hiver comme les autres… jusqu’au moment où deux jeunes avec des capuches m’ont regardé. Ils sont venus m’interpeller :

« Oeehh, ma gueule, ça vient d’où ? »

J’ai dit que je venais de la ville d’à côté : le Bourget. Ils m’ont dit de descendre à la prochaine station, je les ai suivis car je savais que j’avais rien fait de mal. Y avait pas de raison pour que ça se passe mal. J’étais naïf.

Les descentes c’est battes de base-ball et tasers

Là, y a un des deux mecs qui m’a mis une grosse droite ! J’ai rien compris ! Il m’a mis par terre et ils m’ont fait vraiment mal. Au bout de 30 secondes, ils sont partis en courant. Je me suis relevé et je suis rentré chez moi sans faire d’histoires. C’est ça les guerres de quartier. D’un simple message sur les réseaux ou d’un rap visé, ça part en couille.

Les guerres de bandes ont de nombreuses conséquences dans les quartiers. Des lycéens sont parfois obligés de changer de lycée ou arrêtent les cours par crainte de se faire agresser sur le chemin de l’école. Code Source, le podcast du Parisien, nous en parle.

Je pourrais très bien y participer, j’ai plein de potes proches qui participent à des affrontements. Un jour, ils avaient planifié une descente dans une ville voisine. Ils avaient préparé des battes de base-ball, des tasers, des manches à balais et tout. Ils voulaient vraiment faire mal. Mais moi j’ai préféré rester chez moi, au chaud. Au moins, je ne risque rien ; car j’ai vu plein de potes gravement blessés suite à ces affrontements.

Moi, je suis spectateur et j’encourage personne à y participer, mais s’il veulent aller se faire casser la bouche, c’est leur problème.

Se plaindre, c’est pas une option

Vous allez sûrement dire qu’on peut aller porter plainte à la police en pleurant. Mais une personne qui se respecte et qui a une fierté ne va pas chez la police pour ce genre d’histoires ; encore moins porter plainte. Et porter plainte contre qui ? Un mec cagoulée, avec des vêtements noir.

Depuis ce jour-là en tout cas, je suis plus méfiant et je vais plus dans la ville en question. Mais si ça m’arrivait encore, je serais prêt à me défendre et à rendre les coups. Même dans ma propre ville, je me sens pas en sécurité.

Thibault les vit aussi les guerres de quartier, mais sur le terrain de foot. Déçu de cette ambiance, il a petit à petit abandonné son sport préféré.

Quand on habite dans un quartier réputé pour être un endroit chaud, même si on ne participe pas aux descentes ou qu’on n’a rien à voir avec les embrouilles de quartiers, on est quand même victime de ça. Pas forcément victime physiquement, mais plus moralement. Par exemple, quand on décide de pas y participer, souvent y a des personnes qui sont traitées de « salope », de « lâche ». J’ai jamais été traité de cette sorte mais j’en connais. Au bout d’un moment, une personne qui se fait appeler  « lâche » à longueur de journées, il a envie de prouver que c’est faux, et il va donc participer lui aussi aux descentes, pour prouver que c’est un vrai mec avec des couilles. C’est un cercle vicieux et c’est dur d’en sortir une fois qu’on est dedans.

Je trouve ça dommage que deux petites villes soient en conflit l’une contre l’autre alors qu’on peut se souder et être heureux en s’amusant ensemble.

 

Marwan, 17 ans, lycéen, Le Bourget

Crédit photo Pexels // CC Victor

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