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Mickaël R.5 décembre 2020

30 ans et enfin chez moi !

Ça fait trente ans que j'habite dans le quartier, mais, dans MA maison, c'est la première fois. Le jour où j'ai reçu les clés, j'ai goûté à l'indépendance.

Par Mickaël R.5 décembre 2020

Il était 15 heures le jour où j’ai reçu les clés. Enfin, je dis « les clés », mais il n’y en a qu’une qui comptait. Elle était accrochée à un petit badge vert. À côté, la propriétaire du logement m’avait donné les autres en vrac : celle de la cave, de la boîte aux lettres. Mais celles-là ne m’intéressaient pas trop. Ça faisait un mois et demi que j’avais signé ce bail et que j’attendais ce jour. J’étais tellement impatient de pouvoir vivre dans ce nouvel endroit : le mois, les semaines, les jours étaient beaucoup trop longs…

Mon premier logement, mon départ du quartier : tout ça le même jour, ça faisait beaucoup d’événements. Le quartier, j’y suis né il y a trente ans. Et j’y ai toujours eu une maison, même deux, parfois. Chez ma mère et chez ma grand-mère : j’avais une chambre dans chaque appartement, et parfois même je dormais chez mes oncles ou tantes, mais toujours au quartier des Provinces.

J’avais le sourire qui me montait jusqu’aux oreilles

Là, c’était mon premier logement « à moi ». Pour récupérer les clés, j’étais tout seul, car ma copine était au travail. Dès que je les ai eues, je l’ai appelée. J’avais le sourire qui me montait jusqu’aux oreilles. Je ne pouvais pas attendre qu’elle me rejoigne pour commencer. J’étais excité et je poussais tout le monde (surtout ma famille) à venir m’aider. Impossible de rester assis trente secondes.

Avec mon frère, on a fait un premier camion avec l’essentiel : mon lit, ma télé, une table basse, mon armoire et quelques cartons.

Jeff a aussi pris son indépendance, mais bien loin de son quartier. À plus de 8 000 kilomètres de sa Guadeloupe natale, c’est à Paris qu’il a appris à se débrouiller tout seul.

Jusqu’à mes 29 ans, j’ai vécu avec ma grand-mère, et aussi avec mes parents. Je n’avais jamais pensé à déménager, car je ne me voyais pas vivre seul et je ne voulais pas laisser ma grand-mère seule. En fait, c’est ma copine qui m’a poussé pour qu’on fasse ce grand pas ensemble ! C’est vrai qu’après l’avoir fait vivre quasiment trois ans dans ma famille, il fallait que je franchisse le cap. On est allés au bout de la rue, mais en dehors du quartier – et dans une maison, en plus. Cette maison, c’est notre royaume de 50 mètres carrés avec tout ce qu’on aime dedans. Un royaume accueillant avec une cuisine style bar et tous les équipements qui vont avec.

Ce logement, c’est un vrai départ

La première chose que j’ai faite en emménageant, c’est d’installer un beau paillasson noir avec « bienvenue » écrit en rouge dessus. Ensuite, dans mon beau petit salon avec une cheminée et une grande fenêtre donnant sur la route principale, j’ai installé mon meuble télé avec des LED bleues qui scintillent. J’y ai ajouté ma petite touche personnelle : un projecteur qui envoie de la lumière sur le mur, car j’adore les lumières et les couleurs ! Il y a aussi une toile peinte par la grand-mère de ma copine. C’est un bouquet de coquelicots en vague avec de belles couleurs rouges. C’est une vraie artiste, cette grand-mère !

Ce récit est un extrait de notre livre Vies Majuscules – Autoportrait de la France des périphéries, aux éditions Les Petits Matins. Loin des clichés, c’est la France des invisibilisé.e.s qui se raconte. Une France qui a parfois du mal à finir le mois une fois les factures payées, qui n’a pas besoin qu’on lui dise de traverser la rue pour savoir que le travail est un précieux gage de survie ou d’émancipation, qui connaît le prix de la solidarité…  À retrouver en librairie.

Dans notre chambre, une grande chambre avec armoire intégrée, sur un des murs, il y a une autre télé. Quelques photos de nous et, au-dessus de nos têtes, toujours un peu de lumière. Dans la salle de bains, il y a un miroir grand comme un humain. On a même un jardin ! Comme une vraie maison. Un jour, je ferai un potager.

C’est un vrai départ, cette première maison. En trente ans dans le quartier, j’avais habité aux bâtiments « Champagne » et « Flandre » avec mes parents, aux bâtiments « Artois » et « Savoie » chez ma grand-mère, au bâtiment « Lorraine » chez ma tante… Presque le tour de France dans le quartier. Mais je n’étais jamais allé aussi loin que d’habiter chez moi !

 

Mickaël, 30 ans, Laxou

Crédit photo Unsplash // CC Aaron Thomas

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