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Sacha S.22 février 2020

Margaux Dzuilka

Influenceur : @Sacha_sadok, 15 ans, 210 000 abonnés

Être influenceur, c'est grave cool mais c'est aussi du boulot. Je gère tout seul mes collaborations et je compte bien en faire mon métier plus tard.

Par Sacha S.22 février 2020

En un an et demi, je suis passé de 1 300 abonnés à 210 000 abonnés sur Insta et j’ai 169 000 sur TikTok. Début septembre 2018, un selfie de moi tourne sur des comptes baddiies, sur Instagram comme dans les #90svintage. Je sais pas vraiment pourquoi, mais ça fait grave de vues et en deux semaines, ça me fait prendre 10 000 abonnés sur Instagram.

@sacha_sadokJ’adore cette musique truc de ouf ♡ MON INSTAGRAM : sacha_sadok ✨ #pourtoi #foryou #foryourpage #fyp♬ Suicidal – YNW Melly

Au début, ça me semblait impossible de devenir influenceur, je n’étais pas vraiment actif sur les réseaux et je ne postais pas souvent de photos. Mais comme je prenais des vues, j’ai décidé de m’investir en montant à Paris pour faire un shooting photo avec un pro que j’ai contacté sur Insta. Quitte à essayer, je voulais avoir un feed professionnel : des belles photos et une harmonie au niveau des couleurs.

L’été approche j’obtiens mon brevet, j’atteins les 100 000 abonnés sur Instagram et je débute sur Tiktok en pratiquant de la danse, des challenges ou des playbacks et durant l’été j’obtiens plus de 100 000 abonnés sur Tiktok et plus de 50 000 personnes en plus sur Instagram.

Je décide donc d’être présent sous le nom de @sacha_sadok sur Instagram et @sacha_sadok21 sur Snapchat. Je commence à poster les photos que ce photographe a fait de moi et deviens « actif », environ trois heures par jour. Et j’interagis avec ma « communauté » en leur posant des questions genre : « Quelle est votre marque de vêtements préférée ? » « Pour vous l’amitié fille/garçon ça existe ? »

La clé pour percer ? Dompter l’algorithme d’Insta !

À partir de 20 000 abonnés, je cherche à comprendre comment monétiser mes réseaux. L’algorithme d’Insta est hyper compliqué. Je vais dans les statistiques de mes publications pour comprendre d’où viennent les vues. Je me rends compte que c’est pas juste mes followers, mais aussi d’autres gens que je ne connais pas, qui tombent sur mes photos grâce aux hashtags et à la fonctionnalité « Explorer »  d’Insta.

Instagram est le terrain de jeu de beaucoup d’adolescents aujourd’hui. Certains l’utilise pour influencer, d’autres…pour militer. Youmna s’est fait harceler, et se bat contre les discriminations dont elle a été victime.

Y a un truc très important que j’apprends à ce moment-là, c’est les histoires de taux d’engagement. En gros, c’est la performance d’un influenceur calculé en pourcentage. C’est « J’aime » + commentaire / le nombre d’abonnés X 100 = taux d’engagement ». C’est en fonction de ce chiffre que les marques décident du montant de la rémunération des influenceurs. Pour elles, un bon taux d’engagement, c’est entre 10 et 20%. Il fallait que je poste du bon contenu qui soit aimé, commenté, partagé et que je sois régulier dans mes publications pour augmenter ce taux.

Et faire attention au shadowban ! C’est une sorte de punition qui fait baisser les vues et donc le taux d’engagement. Ça peut durer une semaine comme un mois. Instagram peut nous l’infliger lorsqu’on respecte pas leurs conditions d’utilisation.

Influenceur, c’est 4h de travail par jour

En septembre 2018, une marque de blanchiment dentaire me contacte. Je deale mon premier partenariat : effectuer une pub en story et faire une photo avec une boîte qu’ils m’ont envoyée. Ils me rémunèrent par affiliation, c’est-à-dire qu’en fonction du nombre de produits vendus, je touche une commission de 25 % environ via un virement Paypal. Je suis vraiment refait : ma story permet de vendre huit produits donc je gagne 40 euros. Pour le nombre d’abonnés que j’avais c’était plutôt bien !

Janvier 2019, j’ai plus de 30 000 abonnés. Je décide d’arrêter de me faire rémunérer en affiliation et exige d’être payé en prix fixe. À ce moment-là, des agences d’influenceurs commencent à me contacter. Elles veulent que j’entre dans leur réseau pour gérer mes collaborations, partenariats, demandes d’événements, voyages, etc. En échange, elles prennent une commission sur les partenariats.

Je décline leurs offres pour rester indépendant et gérer moi-même mes collaborations, même si ça me prend de plus en plus de temps : trois heures de présence active sur les réseaux et une heure pour répondre à mes mails chaque jour. Je garde quand même contact avec les agences pour être appelé en cas d’opérations promotionnelles, ou d’événements organisés par les marques.

Influenceur, c’est aussi faire passer des messages ou dénoncer !

Je me suis aussi servi de cette notoriété pour faire passer des messages. Récemment j’ai fait une vidéo où je dénonce le harcèlement scolaire. J’ai partagé l’histoire d’un mec qui s’est fait connaître en publiant des sons à propos du harcèlement parce que lui-même avait subi ça durant sa jeunesse. Parfois je partage aussi des vidéos sur les maltraitances animalières.

Cette aventure sur les réseaux m’a permis de rencontrer des personnes formidables qui elles aussi sont suivies. Ça nous donne mutuellement le sentiment d’être compris. Une personne n’ayant pas de « notoriété » va porter un jugement quand je me prend en vidéo pour faire une story Instagram par exemple. Alors qu’un influenceur ne dirait rien.

Comme pour l’event organisé par la marque de gel pour les mains Merci Handy à Paris. J’y suis allé avec un ami influenceur (@lucaodn). Y avait plein de stands de médiation, de voyance, de magie. Le but, c’est de se rencontrer entre collaborateurs et influenceurs. À cette soirée, je rencontre des managers et des gens qui bossent pour différentes marques de fringues ou autres.

« Tu fais trop le mec » : les jugements, la jalousie c’est pas toujours simple

Cette notoriété ne m’a pas apporté que de la positivité : on a eu des disputes familiales, j’ai aussi perdu des amis à cause de jugements ou par jalousie. Quand je demandais de me prendre en photo, on me disait « tu fais trop le mec » ou des réflexions comme ça. Une fois je parlais à un ami en cours et la prof m’a dit « tu iras faire tes commentaires sur Instagram ! » Cette notoriété m’a quand même permis de reconnaître une vraie amitié et de ne pas écouter les personnes qui ne me soutenaient pas.

En évoluant dans ce milieu, je me rends compte qu’il y a plein de possibilités de travail : la gestion de comptes, le management d’influenceurs, le commerce digital. Avant, je pensais devenir architecte. Aujourd’hui, je me vois rien faire d’autre que de travailler dans ce domaine, parce que c’est ce que j’aime faire et en plus pour l’instant ça marche. J’ai sûrement eu de la chance, mais je compte bien la saisir !

 

Sacha, 15 ans, lycéen, Paris

Crédit photo Unsplash // CC Antoine Beauvillain

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3 réactions

  1. Franchement, un texte magnifique, bravo ça m’as donné des frissons et ça aidera les gens à ouvrir les yeux sur ça

  2. C’est super intéressant! Cela m’a permis de comprendre des choses et j’en ai même apprises.
    Je savais que c’était pas facile mais peut-être pas autant.
    Bon courage et continues ainsi, c’est vraiment super!

  3. Je sais pas trop comment commencer mais je vais pas faire celle qui t’admire ou qui te trouves super courageux et autres. La première fois que je t’ai vu je me baladais sur les réseau et je suis bêtement tomber sur ton compte alors j’ai regardé tes photos, tes commentaires (parce que oui je me faisais extrêmement chier). Je me suis directement fais une idée sur toi ” Oh encore un de ces mecs “populaire” parce qu’il est beau avec toutes ces petites groupies”. C’est vrai que je n’aurai pas d’eu de juger comme ça. En sachant très bien ce que ça fais. Je ne te connais même pas et je pense bien qu’il y a une grande différence entre le Sacha des réseaux et celui dans la vrai vie. Peut-être que j’ai complètement tort et au pire je m’en fou parce qu’on se connais pas. Je ne sais pas non plus pourquoi je t’écris sachant que tu ne vas sûrement pas répondre. Mais voilà…
    Je trouve ça chouette que tu saches déjà ce que tu veuilles faire plus tard. Fais attention à pas te laisser bouffer par ce monde du superficiel et du bling bling parce que c’est très compliqué dans sortir. Ne te fais pas manipuler parce qu’aujourd’hui c’est quelque chose de tellement facile de profiter des gens sans qu’ils ne s’en rendent compte. Attention aux “amis” parce qu’ils peuvent très vite se transformer en inconnu même si je pense que tu le sais déjà vu ton nombre d’abonnés.
    P.S. : Ne pense pas que je te jalouse ou quoi que se sois bien au contraire je suis contente pour toi que tu sois arriver où tu en es.
    P.P.S.: N’oublie pas de vivre… 🙂
    S.