Stéphanie20 novembre 2018

Je m’accroche et j’abandonne pas

J’ai été adoptée et je ne veux pas retrouver mes parents biologiques

Fani a été adoptée. Elle est née au Brésil et connait le nom de famille de sa mère biologique. Curieuse de savoir à quoi elle ressemble, elle ne ressent pas le besoin de la retrouver.

Par Stéphanie20 novembre 2018

Pourquoi avoir envie de retrouver mes parents biologiques ? J’ai été abandonnée à mon plus jeune âge et retrouvée dans une ville au Brésil à Jaboatao Dos Guararapes. J’avais quelques semaines, j’étais dans la rue à moitié morte. Un policier m’a trouvée et m’a amenée à l’orphelinat. Apparemment, ma mère est arrivée dans l’orphelinat en me pointant du doigt juste pour dire que j’étais sa fille, puis elle est partie. Ce sont les gens qui s’occupent de l’orphelinat qui ont raconté ça à mes parents.

Quelques jours plus tard, dans une ville juste à côté, Recife, mon frère a été retrouvé dans les mêmes conditions que moi. Il avait un an. Par chance, un policier l’a amené dans le même orphelinat que moi. Même scénario, ma mère biologique est arrivée, mais cette fois nous désigne tous les deux en disant qu’on est frère et sœur, puis elle part. Peut être qu’elle n’avait pas les moyens de s’occuper de nous, mais je trouve que c’est vraiment pas une raison pour laisser deux gamins dans la rue, alors qu’elle savait pertinemment qu’on ne pourrait pas se débrouiller tout seuls.

Lorsque mes parents nous ont adoptés avec mon frère, j’avais un an et demi et lui deux ans et demi. On a continué à vivre un peu au Brésil, puis on est partis s’installer à Madrid. Je suis arrivée en France en grande section de maternelle, donc je devais avoir quatre ou cinq ans. Mes parents m’ont toujours dit que j’avais été adoptée, ça n’a jamais été un secret, je me rappelle même pas du jour où ils me l’ont dit tellement je l’ai toujours su. Je me suis toujours très bien entendue avec mes parents, c’est vraiment eux ma famille et pas la dame qui m’a abandonnée.

Un retour au Brésil pour comprendre

Mais en 2013, avec mes parents et mon frère, on est retourné au Brésil. C’est mon frère et moi qui  avons eu cette idée, parce qu’on voulait en savoir un peu plus sur notre histoire. C’est vrai que ça fait un peu comme dans les films qui montrent que les enfants adoptés finissent toujours par partir à la rencontre de leurs parents biologiques pour se construire. Mais nous, c’était pas tellement un besoin de renouer avec nos origines, on voulait juste essayer de comprendre.

Malheureusement, c’est très compliqué de retrouver des traces parce que, au Brésil mon cas n’est pas du tout un cas particulier : des milliers d’enfants sont abandonnés et pour la plupart d’entre eux, ça finit mal. C’est-à-dire que personne ne les adopte, ils grandissent dans la délinquance des favelas et finissent par faire partie de gangs. En partant au Brésil, j’ai juste appris mon « vrai » nom de famille et le prénom de ma mère biologique, dont je ne me souviens même plus. Ça nous a avancés à rien. Et peut-être que c’est tant mieux.

En fait, je me rends compte que je n’ai vraiment pas envie de rencontrer ma mère biologique. Déjà, de un, on ne se comprendrait pas, de deux, je ne lui pardonnerai jamais et de trois, je pense que ça serait plus gênant qu’autre chose. Jusqu’à mes 18 ans, je me suis toujours construite seule avec l’aide de mes parents, de ma famille, de mes amis, alors je pense que j’ai vraiment pas besoin d’avoir mes parents biologiques à mes côtés pour me construire.

Les parents biologiques, c’est eux les coupables

De toute façon, je n’ai quasiment aucune chance de la retrouver, des noms de famille comme le mien il y en a plein sur Terre. Ce que je voudrais, c’est juste la voir en photo, pour voir à quoi elle ressemble, voir aussi ce que je tiens d’elle, ce qui fait que c’est ma « vraie » mère. La plupart des enfants ont des parents qui leur ressemble, alors que mon frère et moi, nos parents et même toute notre famille ne nous ressemblent pas. Mais bon, ça n’a jamais été vraiment un problème.

Mais ce que j’aimerais vraiment, ça serait de repartir au Brésil, pour essayer de voir si j’ai pas d’autres frères ou sœurs, les rencontrer, voir s’ils me ressemblent, savoir ce qu’ils sont devenus et ce qu’ils ont traversé. Je pense que je le ferai un jour dans ma vie, mais pour l’instant, ce n’est pas ce qui me passe en premier par la tête. Dans ce cas, je sais que mes parents me soutiendraient dans ma démarche.

En vrai, je comprends pas trop cette idée de vouloir retrouver ses parents biologiques. S’ils t’ont abandonné, c’est parce qu’ils ne voulaient pas de toi. Donc je pense que ça serait plutôt aux parents biologiques de faire toutes les démarches pour nous retrouver. C’est eux les coupables, c’est pas à nous de trouver des informations sur eux alors que eux, ils connaissent tout, notre prénom, notre nom de famille, pourquoi ils nous ont abandonnés… À ma mère, par exemple, il lui serait facile de me retrouver. Si jamais elle en avait vraiment envie.

 

Fani, 18 ans, étudiante, Palaiseau

Crédit Photo © SND // Comment j’ai rencontré mon père (film de Maxime Motte, 2017)

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3 réactions

  1. Touchant et courageux. Je te suis dans tes convictions.
    Très beau témoignage Fani

  2. Bav l’article bv

  3. Un grand bravo Stephanie pour ce beau témoignage ! J’ai eu la chance de te voir grandir dans ma classe de français de 3ème et j’admire la belle jeune fille que tu es devenue! Tes parents adoptifs peuvent être fiers de la manière dont tu as grandi, et ta mère biologique serait sûrement scotchée de voir la force et le courage de ses enfants!