Nanterre Université

Nanterre Université12 février 2018

En partenariat avec l'Université de Paris Nanterre, des étudiants formés par la ZEP ont récolté ces témoignages.

J’ai eu la maladie d’Instagram

Gustave est un utilisateur assidu d'Instagram, le réseau social de l'image. Rapidement, il s'est pris au jeu de la belle photo, du partage, du like, du regard des autres... jusqu'à se retrouver prisonnier de sa propre image ?

Par Nanterre Université12 février 2018

J’utilise beaucoup les réseaux sociaux : Facebook depuis sept ans, Instagram et Snapchat depuis quatre ans… Mon réseau préféré est de loin Instagram. J’y poste un peu de tout : surtout des photos de moi, de ce que je fais, mes activités, mes visites, mes voyages, car je voyage beaucoup. C’est important pour moi de partager mon train de vie.

Il y a un an, j’étais atteint d’une maladie d’Instagram. Tous les jours à 19 heures je publiais une photo. Puis, j’ai tout supprimé. Cela ne correspondait plus à mon image et à ma définition des réseaux sociaux.

Sur les réseaux sociaux, on cherche tous à fixer une image un peu plus polie de soi-même. On embellit et on arrondit les angles. C’est la vérité, mais elle est montrée comme on veut la montrer au monde. Je ne pense pas que cette mise en scène de moi travestisse la réalité, parce que finalement cette réalité existe. Il faut faire une différence entre le personnage Instagram et le personnage de la vraie vie. Ce sont deux choses différentes, cela n’a rien à voir.

La perfection de l’instant…

J’adore faire des petites mises en scènes qui sont pour moi la perfection de l’instant : aligner des objets, des fruits, des légumes, des plats pour que ce soit parfait à l’image. Mais ça correspond aussi à ce que j’aime. Par exemple, quand un plat est beau ça donne plus envie de le manger que si les aliments sont étalés n’importe comment dans l’assiette. Mais il faut dire que j’ai grandi avec une grand-mère directrice artistique : son travail est de diriger les photographes.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai été exercé à garder de toutes mes photos uniquement la meilleure. J’ai travaillé très dur avec mon œil pour savoir faire un travail de sélection. Inconsciemment maintenant, je sélectionne la photo qui pour moi est la meilleure, niveau lumière, position des objets, etc.

Ce sont plein de facteurs qui doivent être combinés pour créer la photo que je veux poster à un moment donné. Sur Instagram, le regard est devenu un quotidien, on est devenu habitué à ce que sa vie soit regardée, même si je n’ai pas beaucoup de followers (800).

Un réseau de liberté qui impose une norme

Mes photos préférées sont celles que j’ai faites avec les « instagrameuses ». Elles, elles sont vraiment enfermées dans un « profil d’Instagram ». Celles qui sont suivies par 50 000 personnes ne peuvent pas poster n’importe quoi, alors qu’elles sont libres, car elles gèrent leur compte.

Pourtant, elles sont soumises à une pression d’homogénéité par rapport à leur contenu. C’est à dire qu’elles ne peuvent pas être libres, c’est incroyable ! Voulant rester fidèle à l’image qu’elles représentent d’elles-mêmes, elles ne peuvent pas sortir des codes qu’elle se sont fixés. Un réseau qui, au début, exprime la liberté d’expression, d’image… devient comme un carcan.

 

Gustave, 21 ans, étudiant, Paris

Crédit photo Pixabay // CC FunkyFocus

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