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Anaïs10 février 2019

On m’a dit « je joue pas avec toi, on joue pas avec les Roumains »

En arrivant au collège, Anaïs ne se doutait pas qu'être Roumaine lui créerait des problèmes...

Par Anaïs10 février 2019

Je suis allée un an au collège, en cinquième. C’était à Juvisy et c’était la première fois que j’allais au collège. Le premier jour, je suis arrivée avec une association qui m’a mise à l’école. J’étais contente, mais dès la première journée, les autres se sont moqués de moi, parce que j’étais Roumaine et que j’avais pas les mêmes habits qu’eux. À la récré, je suis restée toute seule dans la cour, personne n’est venu me parler et j’ai pleuré.

À la cantine, ils sont venus me voler mon fromage et ma salade

Dans la classe, avant que je dise d’où je viens, mes camarades jouaient avec moi. Mais quand on m’a demandé de me présenter, j’ai dit que je vivais dans un bidonville. On m’a demandé si je vivais dehors. J’ai dit que non, qu’il y avait des cabanes, qu’il ne faisait pas trop froid car on allait chercher du bois. Après ça, à la cantine, certains sont venus me voler mon fromage et ma salade, alors que j’étais en train de les manger. La maîtresse est allée au bureau avec eux, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais après, ils ont continué.

J’avais quand même deux ou trois copines dans la classe, mais d’autres se moquaient de moi. Ils me disaient que j’avais pas de douche. Quand je leur disais « bonjour », ils ne répondaient pas. Je leur demandais si ça allait, si on pouvait jouer ensemble et ils me disaient : « Je joue pas avec toi, on joue pas avec les Roumains. » C’était cinq personnes : deux filles et trois garçons. Ils jouaient avec mes copines, mais pas avec moi. Quand ils me faisaient des réflexions, j’allais pleurer. À cause de ça, à l’école, j’étais pas bien. Moi, je m’attendais à ce que ça se passe bien.

Pourquoi ils avaient ces préjugés ?

Heureusement, mes copines me soutenaient, elles m’ont beaucoup aidée. Tania en particulier. Une fois, elle m’a vue pleurer, elle m’a prise dans ses bras, est allée voir la maîtresse. La maîtresse m’a demandé ce que j’avais. Au départ, je lui ai dit « rien », puis je lui ai raconté que j’étais toute seule. Je lui ai dit que je voulais rentrer et elle m’a laissée rentrer chez moi. Mes parents sont venus me chercher. La maîtresse en a parlé au directeur et ils m’ont changée de classe. C’était quatre, cinq semaines après mon arrivée.

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Je ne suis restée qu’une semaine dans la deuxième classe et après, ils m’ont remis dans la classe où j’étais avant. Entre-temps, ceux qui s’étaient moqués de moi avaient changé de collège. Je ne sais pas pourquoi ils avaient ces préjugés-là sur les Roumains. J’ai fini par arrêter l’école, car j’avais pleuré deux jours pour ça. Je ne voulais plus qu’on se moque de moi.

 

Anaïs, 19 ans, volontaire en service civique, Juvisy

Crédit photo Flickr // CC Neil Moralee

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