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Astrid V.18 décembre 2019

Je ne me suis pas résignée face à mon handicap

J'ai mis du temps avant d'accepter mon handicap. Mais grâce à la reconnaissance Travailleur Handicapé, je fais aujourd'hui un travail qui me plaît, et qui me permet d'aider les autres.

Par Astrid V.18 décembre 2019

Mon handicap est survenu à l’âge de 4 mois. Je suis atteinte d’hémiplégie sur tout le côté droit. Quand les médecins ont posé le diagnostic, ils ont dit à mes parents que je ne serais jamais un enfant normal, que je ne marcherais pas, que je ne pourrais pas faire de vélo, de roller… et que je passerais ma vie dans des centres spécialisés. Mes parents ne l’ont pas accepté. Ils ont décidé de m’élever normalement.

Et j’ai marché, j’ai appris à faire du vélo, au départ en tricycle et par la suite ma sœur m’a appris à faire du vélo classique. Pour un individu lambda, c’est une chose anodine d’apprendre à faire du vélo, mais pour moi, ça a été une réussite personnelle. J’ai vu dans les yeux de mes parents de la fierté.

Mes premières années de scolarité se sont bien passées. En primaire, je vivais plutôt bien mon handicap malgré certaines contraintes comme le fait de porter une attelle au pied. Elle était voyante mais mes copains et copines trouvaient ça plutôt cool. Ensuite, j’avais pas mal de rendez-vous médicaux qui ont rythmé ma vie de petite fille, comme le kiné qui venait directement à l’école faire mes séances, l’ergothérapeute plusieurs fois par semaine chez moi, par exemple pour m’apprendre à faire mes lacets.

Je n’acceptais pas mon handicap

L’arrivée au collège a été plus compliquée. Au départ, j’avais un bon niveau scolaire. Mais l’adolescence arrive et le regard des autres commence à peser, les critiques, les remarques méchantes… Ensuite, les notes ont commencé à diminuer. C’était une période très compliquée, je n’acceptais pas mon handicap. Je me posais constamment les mêmes questions : « Pourquoi j’ai ça ? Pourquoi moi ? » Le pire était le regard des autres. Comme je n’acceptais pas mon handicap, j’ai essayé de le cacher le plus possible en ne mettant plus mes attelles, en mettant ma main paralysée constamment dans mes poches.

Redwane a une hémiplégie depuis sa naissance. Personne ne pensait qu’il allait réussir à marcher, mais il l’a fait. Aujourd’hui, il compte relever un défi de taille : courir le marathon de Paris en 2021. Le podcast « Cours Redwane, cours ! » de Nouvelles Écoutes suit ses 500 jours de préparation.

À la fin du collège, c’est bête, mais je voulais devenir coiffeuse. On m’a tout de suite dit que ce n’était pas possible, du fait de mon handicap. Ce sont mes profs qui ont choisi pour moi et ils m’ont orientée vers un bac général.

Les années lycée ont été plus faciles, il n’y avait plus de critiques. Pourtant, je n’arrivais pas à parler de mon handicap avec les autres. Même avec mes parents, c’était un sujet tabou.

Après le bac, j’ai voulu continuer mes études car je ne savais toujours pas dans quel domaine travailler. Une amie m’a parlé du BTS MUC, Management des Unités Commerciales, qui m’avait l’air sympa et vu que je n’avais pas d’idées, j’ai pris la facilité et j’ai commencé ce BTS. J’ai effectué mes stages dans une boutique de prêt-à-porter enfant, car je pensais devenir vendeuse. Très vite, je me suis rendu compte que ce métier n’était pas fait pour moi. C’était très compliqué de manipuler des vêtements toute la journée. Cela me donnait des douleurs dans le bras et l’épaule. Le fait de rester debout était atroce, avec des douleurs dans ma jambe et mon dos. J’ai voulu arrêter, mais comme je ne savais pas quoi faire j’ai continué ce BTS ; pour avoir un bagage en plus pour ma future recherche d’emploi.

Je veux aider les personnes à mon tour

Après ce BTS, que j’ai obtenu, je me suis inscrite à Pôle emploi et à la mission locale de ma ville. Ma conseillère Pôle emploi m’a incitée à faire un dossier MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) pour obtenir la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé.

En faisant un bilan de compétences, j’en ai conclu que je voulais travailler dans le social. C’est assez contradictoire, du fait de ma personnalité timide et réservée, sûrement à cause de mes années collège qui m’ont assez traumatisée. Mais en grandissant, je me suis rendu compte que les personnes n’étaient pas si méchantes. J’ai mon groupe d’amis, ma famille et je commence à fréquenter aussi, ce qui me donne un peu plus confiance en moi, car je me dis que je peux plaire même avec mon handicap qui se voit. Le fait de parler de mon handicap devient plus facile.

Solenn s’est retrouvée en fauteuil roulant du jour au lendemain. Ça ne l’a pas empêché de s’accrocher à ses études, et elle a même réussi à passer le concours de médecine :  « Étudier avec un handicap, c’est possible ! »

Quelques mois après, j’ai travaillé, en contrat service civique, en tant qu’agent d’accueil au sein du Pôle emploi de ma ville. Cette expérience m’a apporté une confiance en moi supplémentaire vis-à-vis du regard des autres. Je n’ai jamais eu de critiques, je voyais que les personnes ne regardaient pas forcément mon bras, ils attendaient juste que je sois compétente.

Ensuite, j’ai travaillé en tant qu’agent d’accueil au sein d’une association d’insertion professionnelle et sociale en contrat aidé, pendant deux ans. Le fait d’avoir la reconnaissance TH [ndlr : Travailleur Handicapé] a été un avantage pour moi car c’était un critère demandé pour obtenir ces contrats. Ce n’est pas péjoratif d’avoir cette reconnaissance. Ça m’a permis de travailler dans le domaine que je voulais. Aujourd’hui, je suis conseillère en insertion professionnelle auprès d’adultes de plus de 26 ans. Tout au long de mon parcours personnel et professionnel, j’ai eu l’occasion de rencontrer beaucoup de personnes qui m’ont aidée à me construire. Les critiques et remarques blessantes que j’ai pu avoir étant jeune m’ont aussi aidée à forger mon caractère, et à être un peu plus méfiante. Mais ce que je garde principalement, ce sont ceux qui m’entourent (famille, amis, collègues) et qui m’aident chaque jour, chacun à sa manière.

C’est sûrement grâce à mon parcours qu’aujourd’hui je veux à mon tour aider les personnes dans le cadre de mon travail.

 

Astrid, 24 ans, salariée, Grande-Synthe

Crédit photo Unsplash // CC Oliver Cole

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1 réaction

  1. Merci de partager ton expérience publiquement ça donne envie de persévérer.