Isaïe

Isaïe13 janvier 2019

La danse me donne la rage de réussir

Pour moi, la danse n’est pas juste une discipline ou un art. C’est une langue, que mes proches ne comprennent pas toujours…

Par Isaïe13 janvier 2019

J’ai 15 ans, j’ai redoublé ma troisième et je suis danseur autodidacte. Ma famille refuse le fait que je veuille passer le reste de ma vie à danser. Ça va être difficile, je sais, mais c’est un truc qui me permet de vivre.

J’ai toujours été attiré par la discipline mais je ne me suis vraiment lancé qu’il y a trois ans. J’ai commencé en regardant une vidéo de World of Dance dans laquelle un danseur nommé Fik Shun danse sur un remix de Chain Hang Low. J’ai été curieux de voir ce qu’il avait fait d’autre, j’ai fait des recherches. C’est lui qui m’a donné envie de m’y mettre et cela m’a aidé à surmonter les insultes, les coups, les humiliations et les vols de nourriture…

Au collège, depuis la sixième, je me fais harceler à cause de ma grande taille, de ma corpulence (je suis plutôt maigre), de mes goûts vestimentaires… J’étais tellement dans le mal que j’ai fait 26 tentatives de suicide en deux ans. Un jour, j’ai voulu sauter sous les roues du car scolaire pour que les gens comprennent tout le mal qu’ils me faisaient. Depuis que j’ai commencé à danser, les critiques continuent : « La danse, c’est pour les filles ! » Mais je me sens mieux dans ma tête et dans mon corps. Et certains kiffent ce que je fais.

« La danse, tu ne pourras jamais en vivre »

Du côté de ma famille, ce n’est pas mieux : mes grands-parents, qui me disaient déjà que je ne faisais pas partie de la famille parce que je n’aime pas le foot et que je ne crois pas en Dieu, ont eu une autre raison de me critiquer ! Pour eux, comme pour mes profs d’ailleurs, la danse, ce n’est pas un métier, mais un loisir. Impossible d’en vivre. Ils disent vouloir m’aider, mais ne comprennent pas ce que la danse représente pour moi. Elle me permet de m’accrocher. Quand je danse, je me défoule : je peux insulter qui je veux quand je veux, sans avoir peur d’éventuelles représailles ! Je me sens tellement libre ! C’est fou et impossible à décrire. Seule la famille de ma petite amie l’a très bien compris. Ils sont très à l’écoute. Aujourd’hui, je suis plus proche d’eux que de mes propres parents.

Après une période où je me suis renfermé sur moi-même jusqu’à développer une phobie de l’autre, j’ai remonté la pente. J’ai décidé de me mettre dans les meilleures conditions possibles pour avoir de meilleures notes en cours, et j’ai coupé toutes relations avec les personnes qui ne m’acceptent pas tel que je suis. Aujourd’hui, je me sens libéré. Avant de danser, j’étais comme emprisonné… D’ailleurs, j’ai créé mon propre style, ce qui montre bien ma liberté : je fais ce que je veux ! Et, moi qui ai appris seul à danser, je me fixe des objectifs qui me donnent la rage de réussir. Aujourd’hui, je compte bien devenir danseur pro et me faire grandement connaitre !

 

Isaïe, 15 ans, collégien, Beaupréau

Crédit Photo Pixabay // CC0 Creative Commons

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1 réaction

  1. Faire de sa passion un métier, c’est possible et c’est aussi une vraie liberté !
    Je vie de la spéléologie et c’est aussi ma passion. Certains diront que ce n’est pas un vrai métier, d’autres que c’est génial mais je crois que l’important c’est de vivre heureux et bien. Ce qu’en pensent les autres, ça leur appartient !
    Bravo d’avoir eu le courage d’être toi… et merci pour ton témoignage.