Shaina R.1 novembre 2018

J’aime trop rigoler.

La maison de quartier, mon échappatoire

Grâce à la maison de quartier, Shaina a découvert plein de nouvelles activités, et elle a voyagé. Ça l'a empêchée de zoner, et ça l'a fait grandir.

Par Shaina R.1 novembre 2018

Ma maison de quartier, c’est comme à la maison, c’est convivial. C’est une grande pièce avec un baby-foot, une table de ping-pong et deux bureaux. Tu viens, tu joues aux cartes et tu discutes. Il y a souvent pas mal de monde. Un coin pour fuir la galère en dehors de la maison. J’habite dans le quartier de l’Abreuvoir à Bobigny depuis 19 ans. Et comme j’ai 19 ans, ça fait depuis tout le temps.

Avant mes 12 ans, mon échappatoire, c’était le Centre de loisirs Guy Moquet. J’y allais le mercredi et pendant les vacances scolaires. On faisait des activités manuelles, des sorties dans les parcs, des pique-niques, on allait à la piscine. C’était trop bien. T’es avec tes amis des cours et tu fais des activités avec eux toute la journée. Mais à 12 ans, tu peux plus aller au Centre de loisirs. C’est plus ta tranche d’âge.

J’étais un peu dégoûtée parce que là-bas, j’avais créé mes repères, mes habitudes, ma bande. J’ai mis trois ans avant de me retrouver un nouveau coin. Trois ans à glander, devant la télé ou en bas de chez moi. À faire des foots avec les potes du quartier, des gamelles. On faisait aussi des tours en vélo. On faisait tout le temps les mêmes choses, c’était un peu répétitif. Donc un jour, avec mes potes, on s’est dit : « Pourquoi pas aller voir à la SMJ [Service municipal de la Jeunesse] ? »

On est partis avec tout notre culot. On s’est posés là-bas. Au début, on y est allés doucement, on a juste fait un ping-pong. Comme on connaissait un peu les gens, on a rigolé avec eux. On s’est mis à l’aise. On était à notre place, puisque c’est un lieu qui a été créé pour nous. Avant de partir, on s’est inscrits pour pouvoir participer aux activités. Et à partir de ce moment-là, on y est allés tous les jours.

J’ai pu faire des activités géniales

On faisait des baby-foots pour faire passer le temps, des parties de cartes, des ping-pongs. Et pendant les vacances, la SMJ nous permettait de sortir du quartier. Grâce à ça, j’ai pu aller au cinéma pour pas cher ou encore me faire peur dans la maison hantée du Manoir de Paris. Ce n’est pas la folie, mais c’est histoire de sortir un peu de mon quartier.

Quand j’avais 16 ou 17 ans, j’ai vu qu’il y avait un voyage en Corse d’organisé, dans un camp. Je m’y suis inscrite, sans mes potes parce qu’eux, ils n’avaient pas de sous. Ça coûtait 600 euros, mais ma mère n’a eu à payer que 50. C’est l’organisme de mon éducateur qui a financé le reste.

Le jour du départ, j’y suis allée avec ma mère et ma grosse valise. On se regardait tous. Vu qu’on ne se connaissait pas, c’était marrant sur le coup, car c’était silencieux. Mais après, on a appris à se connaître et tout. Ça a détendu l’atmosphère. Arrivés en Corse, on était tous dégoutés du camp : les douches, c’était comme des toilettes publiques. Mais on n’a plus calculé après, parce que les activités et l’ambiance entre nous, nous ont fait oublier les mauvais côtés. On a fait des activités plus folles les unes des autres : bouées tractées, canoë kayak, rivière, plage. Je n’étais jamais partie en Corse et sans mentir, j’ai kiffé, c’était vraiment bien.

Et puis, un an après, je suis allée au ski, pas avec les mêmes personnes, mais avec le même organisme. C’était une première fois et j’ai eu deux étoiles ! C’était sympa comme voyage. Mais ce sera sans doute le dernier. Maintenant que j’ai 19 ans, je compte me créer mon propre échappatoire. Je vais travailler, me faire des sous et voyager. La SMJ en fait, c’est un coin sympa avant de devenir adulte.

 

Shaina, 19 ans, en formation, Bobigny

Crédit photo Adobe Stock // © LIGHTFIELD STUDIOS

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