Avatar

Matthis W.5 janvier 2020

Je rêve de tout plaquer, quitter cette vie-là

Entre Lille et Grande-Synthe, entre mon train-train quotidien et ces études qui m'ennuient, je rêve de tout quitter pour m'épanouir. Si c'était si simple...

Par Matthis W.5 janvier 2020

Je rêve de tout plaquer. Trouver un travail à l’étranger, découvrir et apprendre une nouvelle langue, une nouvelle culture, rencontrer de nouvelles personnes, loin de ce train-train quotidien dans lequel je me suis enfermé. Je sais que ce sera dur, peut-être bien plus dur et déprimant que ma vie actuelle, mais j’ai envie de tenter, car aujourd’hui, la plupart des choses qui m’entourent m’ennuient. Alors je suis en stand-by.

J’ai le cursus scolaire classique de l’enfant qui veut faire plaisir à ses parents et qui répond à leurs attentes. En première, je me suis orienté vers la filière scientifique alors que je détestais les maths, un comble en S. J’ai persisté dans l’erreur après mon bac : j’ai fait une année de licence en biologie, validée mais qui m’a lassé, puis une année d’étude d’infirmier. Mais un stage de dix semaines dans un service de fin de vie où environ cinq personnes par semaine mourraient m’a conforté dans mon choix de m’éloigner des filières scientifiques et sociales.

Rester ici ne me mènera jamais à mon épanouissement…

Les deux années suivantes ont été un peu étranges, entre de l’intérim à l’usine et de la glande extrême. Je me suis retrouvé perdu, ne sachant pas ce que je voulais faire. Dans l’idée de me faire un peu d’argent, j’ai décidé de faire un service civique. Ça m’a motivé à me relancer dans les études. Ce projet personnel m’a animé pendant les vacances d’été qui ont suivi. J’aurais aimé faire un BTS Audiovisuel en alternance pour apprendre sur le terrain tout en travaillant. Je ne me voyais pas reprendre des études sans être financièrement indépendant. Malheureusement, je me suis retrouvé dans mon troisième choix : une licence de cinéma à Lille, un cursus théorique qui, aujourd’hui, m’ennuie chaque jour un peu plus.

Vous aimez notre photo ? Ça sort du clip de Jordan alias Saintard, un jeune artiste français qui nous avait relaté son parcours d’orientation pour Le Monde Campus. Et aujourd’hui sa musique est en train de décoller.

Partir autre part ne m’aidera peut-être pas, mais je suis sûr que rester ici ne me mènera jamais à mon épanouissement, je me sens bloqué dans cette région qui n’a, à mes yeux, plus rien à m’offrir. Mais je ne pars pas.

La raison principale qui freine mon départ n’est pas vraiment le risque d’échouer, mais plutôt l’idée de faire souffrir mes proches. Je doute qu’ils comprendraient ce besoin de s’éloigner de tout quand tout m’est déjà offert par eux, là où je vis. À l’origine de ce malaise que je ressens en restant dans la région auprès de ma famille, ce sont aussi les attentes sociales tacitement imposées par la société. « Jeune pré adulte, la vie c’est effrayant, alors cherche la sécurité et rentre dans le cadre. Obtiens ton bac, fait des études, trouve un métier, une femme, marie-toi, fais deux enfants, travaille 40 ans en te taisant, part en retraite et meurt. » Je ne me reconnais pas dans ce schéma.

Pauline avait une vie « bien comme il faut ». Mais le décalage entre ses valeurs et sa vie professionnelle l’a amené à changer de vie : « J’ai lâché son CDI à Paris pour faire du maraîchage »

Je ne souhaite pas avoir un beau diplôme au-dessus de mon bureau, des enfants et une belle retraite. Chaque jour cela devient plus envahissant, ça m’angoisse et ça me donne envie de partir loin, quelque part où je pourrais vivre comme je l’entends.

 

Matthis, 22 ans, étudiant, Grande-Synthe     

Crédit photo © Saintard // Je ne suis pas américain (clip vidéo 2019)

TAGS :