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Gabrielle C.7 juin 2020

Je suis une fille, donc je me maquille ?

Au lycée, Gabrielle s’est sentie obligée de se maquiller pour faire comme les autres filles. Depuis, elle ne peut plus s’en passer.

Par Gabrielle C.7 juin 2020

Récemment, j’ai commencé à suivre un influenceur : c’est un garçon qui fait des vidéos dans lesquelles il se maquille, et il a beaucoup de talent. Un jour, je suis tombée sur l’une de ses vidéos où il répondait à des abonnés. La question c’était : « Est-ce que tu sors dans la rue maquillé ? » Avant de regarder la vidéo, je me suis dit : « Tiens c’est vrai, on ne voit pas souvent de garçons maquillés qui assument leur style dans la rue… » Et en effet, il a révélé qu’il ne sortait jamais avec du maquillage dans la rue.

Je n’ai pas été surprise de cette réponse, j’ai même trouvé ça normal, comme si je devais penser ça. Comme si c’était ainsi et pas autrement. Qu’on peut faire ce qu’on veut chez soi mais que dehors, en public, on doit se plier aux codes.

« Hey ! Tu pourrais t’y mettre toi aussi ! »

Je n’ai jamais été vraiment attirée par le maquillage, je trouvais que ça changeait trop mon visage… et c’est un peu le but. Mais en tant que fille, il arrive un âge où l’on doit toutes commencer à se maquiller. J’ai commencé à 15 ans, vers le milieu de mon année de seconde. C’est plutôt tard comparé à d’autres filles. Je vois parfois des filles de sixième se maquiller comme si elles avaient 20 ans. C’est ahurissant.

Popularisé en 2016 aux Etats-Unis par Alicia Keys, le « No Make Up movement » a pris une ampleur internationale en 2017. Un mouvement qui remettent en cause l’injonction à se maquiller.

J’ai commencé à me maquiller à cause du regard des autres, comme si par un regard on me disait : « Hey ! Tu pourrais t’y mettre toi aussi ! » Ce n’était pas un reproche ou une obligation, mais plus une pression parce que tu ne fais pas comme tout le monde. En troisième, la plupart des filles de ma classe  se maquillaient déjà, et j’étais une des dernières à ne pas le faire. Ça me mettait un peu à part. Donc petit à petit, moi aussi je m’y suis mise. Et je voulais grandir, ne plus être considérée comme une enfant. Je suis une fille, mais je pouvais devenir une femme.

Mes parents ne m’ont jamais encouragée à me maquiller. Ils voulaient même que cela arrive le plus tard possible ; car même sans s’en rendre compte, on devient limite accro au maquillage et à quoi on ressemble avec tout cet artifice.

Le maquillage, c’est comme s’il faisait partie de moi

Je me suis souvent demandée pourquoi ma mère se maquillait lorsqu’elle sortait faire des courses, pourquoi elle me disait : « Non mais regarde ma tête, je peux pas sortir comme ça ! » Encore pire, pourquoi elle se maquillait pour aller travailler alors qu’elle travaille depuis la maison, donc qu’elle ne voit personne…

Et c’est vrai que, depuis que j’ai commencé, j’ai du mal à sortir sans. Et encore, moi je ne mets qu’un peu de mascara ! C’est parce que je m’y suis habituée. Je ne voulais pas en mettre au début parce que cela me changeait trop, et maintenant j’ai du mal à ne plus en mettre parce que lorsque je n’en ai pas, cela me change trop. C’est assez paradoxal non ? Comme si lorsque je n’en porte pas, il me manque quelque chose.

Annae a fait une croix sur le maquillage ! Après l’adolescence, elle avait oublié à quoi ressemblait son visage au naturel… Aujourd’hui, elle est fière de son visage et d’elle-même.

Le samedi matin j’ai un cours de natation donc je ne mets rien sinon ça coule partout, et c’est vraiment pire que mieux. Donc souvent le week-end je ne me maquille pas. Mais il m’arrive de passer devant un miroir et de me dire : « Olala, on a vraiment l’impression que tu n’as pas dormi de la nuit » Ou encore : « Tu pourrais faire un effort ! Regarde ta tête … »  Je n’imagine même pas les personnes qui font la totale. Mais je me suis habituée au maquillage, comme s’il faisait partie de moi.

 

Gabrielle, 16 ans, lycéenne, Montfort-l’Amaury

Crédit photo Pexels // CC Adrienn

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