Avatar

Maïa P.27 novembre 2020

Musulmane, ma bisexualité reste virtuelle

Impossible de parler de ma bisexualité dans la vraie vie. Alors j'invente des histoires sur internet, là où je peux mettre ma famille, mon environnement et ma religion de côté.

Par Maïa P.27 novembre 2020

« J’installe ma jambe gauche au niveau de son intimité, la bougeant de sorte à ce qu’elle frotte celle-ci déjà bien humide. Alors qu’au même moment, ses yeux brûlants de désirs et ses mains accrochées à mes épaules me supplièrent presque d’arrêter. » Personne ne pourrait imaginer que ce texte vient de moi. La fille timide et réservée de la famille. Et pourtant, sur Wattpad, je suis spécialisée dans l’écriture d’histoires érotiques gays. C’est une application où toute personne peut lire ou écrire des histoires. Je l’ai découverte bien avant de connaître mon orientation sexuelle, grâce à ma petite sœur qui lisait dessus. À la découverte de ma sexualité, n’ayant personne à qui parler et avec plein de pensées dans la tête, je me suis mise, à mon tour, à écrire.

Ce que j’écris me fait tout oublier, d’où je viens, mes coutumes, ainsi que ma religion. Je me libère enfin. J’ai grandi à Mayotte, une petite île de l’océan indien, dans une famille de neuf enfants. Je suis musulmane et je suis croyante.

Chez moi, l’orientation sexuelle ne fait pas partie du vocabulaire

Chez moi, c’est mon père qui décide pour tout. Il a encore des pensées traditionnelles, du genre : la femme doit faire toutes les tâches ménagères, doit pouvoir bien cuisiner pour son futur mari, elle doit le considérer tel un prince… Enfin, j’en passe. L’orientation sexuelle chez moi ne fait pas partie du vocabulaire, puisqu’il n’y a rien à dire. Tout le monde est hétéro. Même parler de sexe tout court n’est pas envisageable, et encore moins pensable. S’ils savaient que j’étais bisexuelle, comment pourraient-ils m’accepter ? Ils ne peuvent pas. Ils ne doivent pas.

Dans La petite dernière, Fatima Daas explore l’homosexualité à travers le prisme de l’identité multiple. Fatima, personnage principal de l’œuvre est lesbienne, musulmane, d’origine algérienne et habitant à Clichy-sous-Bois. À la fois fictif,  autobiographique et universel, le tout premier roman de Fatima Daas est raconté par l’autrice elle-même au micro de Marie Richeux sur France Culture :

Sans parler du regard des autres, que ça soit notre famille autour, la société. Tout le monde va parler. C’est certain. J’entends déjà les paroles : « Quoi ? Mais comment ils peuvent même accepter que leur fille soit … Oh mon dieu ! Alors qu’elle est musulmane, comment peuvent-ils ?… » Je serais un déshonneur pour toute ma famille. Telles sont les pensées négatives qui me traversent l’esprit depuis un an.

Quand j’écris sur la sexualité, j’efface la réalité

Écrire m’aide beaucoup. Je suis une tout autre personne quand j’écris. Ou plutôt, je suis moi-même. Sans Wattpad, je ne sais pas comment je vivrais. Est-ce que je vivrais même ? Plus j’écris, plus je me sens bien, j’efface la réalité et j’oublie qui je dois être aux yeux de ma famille, ce pourquoi je suis venue au monde. C’est l’occasion de retirer mon masque autant que de libérer mon esprit.

Clémence a fait sa scolarité dans un lycée catholique. Entre les « débats » sur la sexualité et l’homophobie de ses camarades… il valait mieux cocher la case hétéro.

Des questions restent en suspens. Encore combien de temps vais-je vivre de cette manière ? Pourquoi ai-je si peur ? Pourquoi ne suis-je pas comme les personnages de mon histoire ? Courageuse, forte et désintéressée… Pourquoi est-ce que je me prive de vivre de la même façon, d’avoir des relations, de connaître les diverses émotions et sensations, de découvrir ce qu’est finalement l’amour, avec un grand « A » ?  Encore combien de temps exactement vais-je devoir vivre derrière un masque, cachant mon vrai visage aux yeux de tous ? Seulement deux de mes amis de l’an dernier sont au courant de mon orientation sexuelle. Je suis loin de me sortir de cette vie, de l’ombre. Oui. Très loin.

 

Maïa, 19 ans, étudiante, Brest

Crédit photo Unsplash // CC Milada Vigerova 

Montage : Team ZEP

TAGS :

3 réactions

  1. Courage…

  2. C’est dommage qu’on n’ai pas son pseudo, ça lui aurait fait une petite pub. Je me demande si ces personnages sont aussi des femmes musulmanes. Il n’y a vraiment que sur les sites comme Wattpad qu’on peut lire autant de romance gay, entre musulmans, entre personnes de couleurs, gens des cités, et tout ça en langue en française. Ces personnes aussi vivent des histoires d’amour méritent plus que les clichés véhiculés dans les médias. C’est ce qui bien défaut dans nos médias qui montrent surtout des romances entre blancs et hétéros. La littérature amateurs donne vraiment la parole aux personnes qu’on entend peu.

  3. Franchement courage j’espère que tu pourras t’ouvrir à ta famille ♥️