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Tom J.17 juillet 2020

Pas question que mon club de foot dirige ma vie

Grâce aux partenaires de mon club de foot, j'ai trouvé du travail. Le problème c'est de leur être redevable, sur le terrain et au quotidien.

Par Tom J.17 juillet 2020

Quand un petit club de foot de Loire-Atlantique a proposé de me recruter, j’ai hésité. Ça voulait dire quitter la banlieue parisienne où j’ai grandi. J‘ai fini par accepter pour franchir un cap et être plus responsable. Je voulais découvrir autre chose et voir comment ça se passerait loin de mes proches. En plus, je venais de rater mon BTS.

C’était compliqué pour moi de déménager, donc le club a proposé de m’aider à trouver un travail et un logement. C’est souvent comme ça : en général, le président du club est chef d’entreprise. Les sponsors du club, ce sont ses potes ou ses relations. Donc c’est plus facile de trouver un taf avec les clubs. Et ça fait partie de la négociation quand ils veulent te recruter. Tu peux poser tes conditions !

Les trois-huit, non merci !

En fait, quand je suis arrivé, ils voulaient me faire taffer dans une usine en trois-huit… Avec ces horaires de travail, impossible de m’entraîner correctement. Je leur ai dit que si j’avais quitté Paris, c’était pour le foot, donc j’allais pas faire un boulot qui m’empêche de jouer !

En juillet 2018, la France est sacrée championne du monde de football. Selon Le Monde, le pays doit notamment cette victoire à la qualité de son système de formation : « la France est aussi championne de la formation des joueurs. »


Finalement, un monsieur qui venait toujours voir nos matchs a entendu que je cherchais du travail. C’était le directeur d’un supermarché et il m’a proposé de passer des entretiens. J’ai été embauché à la mise en rayon. J’ai fait un mois, ça se passait bien. Mais, après, on a été plusieurs à être licenciés… À ce moment-là, l’enseigne avait des problèmes.

Je suis donc revenu chez moi, près de Paris. J’étais un peu soulagé de retrouver mes proches. Mais finalement mon ancien coach m’a appelé : il changeait de club et m’a proposé de le suivre. C’était toujours dans la même région, dans une petite ville à la campagne. 

Je me sentais redevable du club de foot

Cette fois, on m’a tout de suite trouvé un taf chez un des partenaires du club. Je faisais de la démolition et de la manutention. J’ai fait cinq mois, mais je me voyais pas continuer à faire ça. J’avais beaucoup de déplacements dans la région, et ça ne m’arrangeait pas par rapport aux entraînements. Ma décision a un peu choqué le président et le vice-président du club : ils disaient que je passais à côté d’un CDI. Mais je n’en aurais pas voulu de ce CDI.

Et puis le problème c’est que quand tu trouves un travail grâce à ton club, tu te sens redevable. J’avais droit à quelques remarques du genre : « Nous t’avons trouvé un travail, maintenant c’est à toi de nous le rendre sur le terrain. » On ne me l’a pas dit souvent, juste une ou deux fois. En plus, tout le monde sait tout sur ce que tu fais. Une fois, j’ai eu un arrêt de travail d’une semaine. Mon patron a appelé direct mon entraîneur pour savoir si j’étais venu ! 

Kadiatou fait du football depuis trois ans. Pour avoir le droit d’y jouer, elle a dû prouver aux mecs qu’elle avait sa place sur le terrain.

En ce moment, je fais des petites missions en intérim et ma priorité c’est de rentrer en formation l’année prochaine, d’avoir une qualification pour pouvoir trouver un travail par moi-même. Je n’ai pas envie de demander à mon club de m’aider. Je préfère trouver tout seul. Si t’as un taf sans le foot, tu fais ta vie. Faut garder son indépendance. C’est sûr que ça aide les relations du club, et si on peut m’aider encore, je ne dirai pas non. Mais c’est pas moi qui vais aller demander. J’ai trop été déçu. 

 

Tom, 22 ans, en formation, Nantes

Crédit photo Pexels //  CC Pixabay

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