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Clement Q.22 mai 2020

Dans mon quartier j’étais dans le rouge, alors je me suis mis au vert

Je suis un jeune des quartiers, et j'ai mal tourné. Alors je suis parti vivre à la campagne, et malgré les préjugés auxquels je suis confronté, j'y ai trouvé ma place.

Par Clement Q.22 mai 2020

Je suis un jeune des cités. J’ai grandi dans les quartiers de Clermont-Ferrand, à Croix-de-Neyrat et à Saint-Jacques. Les gens hors des quartiers ont beaucoup de préjugés sur nous. Ils pensent qu’on est agressifs, qu’on parle mal, qu’on ne sait rien faire. Ils nous prennent de haut. Pour eux, on est bons qu’à finir dealer.

C’est vrai qu’on fait des conneries, des vols, de la vente de stups… C’est de la connerie, mais on est obligés pour s’en sortir. Pas assez d’argent. De la solitude aussi. J’ai connu des jeunes qui vivaient tout seuls, sans repères.

En me voyant « mal tourner », ma mère a fini par me délaisser. C’est là où j’ai vraiment dérapé. Je voulais tenir tête à tout le monde, et avec la police c’était tendu. Dès qu’ils entraient dans la cité, soit ils nous enlevaient quelqu’un, soit ils nous faisaient du mal ou ils n’étaient pas corrects. Deux ou trois fois, je me suis retrouvé avec les menottes. Parfois pour rien.

Et puis un jour, vers 15 ou 16 ans, alors que je dormais chez mon meilleur ami, les flics sont venus à 6 heures du matin casser la porte. Ils nous ont pointés leurs armes et le grand frère de mon pote s’est fait embarquer. On faisait partie de son business. C’était loin d’être une mauvaise personne. Le seul à m’avoir pris sous son aile. Si je suis quelqu’un aujourd’hui, c’est grâce à lui.

Depuis ce jour, il a poussé son petit frère à reprendre des études et il m’a conseillé de partir de la cité pour prendre ma vie en main.

Le quartier, c’est une ville dans une ville

Alors j’ai appelé mon père, qui habite Vertaizon. C’est une petite ville de campagne. J’ai pris mes affaires et je suis parti. Ici, j’ai pris plus d’air. Je suis entré en apprentissage en CAP Boulanger. Ça m’a plu.

La cité, c’est une ville dans une ville. C’est une façon d’être. Ça laisse des traces. On y apprend des valeurs comme le respect. Jeune des cités, c’est mon identité. Je le resterai et j’en suis fier.

Larbi a aussi grandi dans un quartier populaire, et il n’aurait jamais pensé faire du théâtre. Sa mission en service civique lui a prouvé le contraire.

Mais ce qui est pesant à la campagne, c’est le regard des autres. On entend dire qu’on nous traite de dealers, de racailles. Tout pareil qu’à la cité. C’est un petit pays. Au début, c’est dur de s’y acclimater. Puis, j’ai retrouvé un peu de ma cité ici. On a un endroit : place de la Résistance, à l’arrêt de bus. J’ai toujours quelqu’un que je connais là-bas.

Ma vie de cité, je l’ai retrouvée à la campagne. Je suis un jeune des cités à la campagne. Je me suis garé, un peu de travers encore, mais petit à petit le créneau prend forme. Mon père aussi a grandi en cité. Aujourd’hui il a un CDI, une maison et une famille. Il a réussi à s’en sortir. S’il ne le revendique pas autant que moi, il n’a pas honte de dire d’où il vient.

 

Clément, 19 ans, salarié, Vertaizon 

Crédit photo Unsplash // CC Natalie Dator

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1 réaction

  1. C’est une belle façon de rebondir, vraiment.
    Et j’imagine la difficulté à s’extraire de son milieu d’origine (quel qu’il soit d’ailleurs).
    Néanmoins, j’ai vraiment sursauté à la lecture du “On apprend le respect” AH BON ?!
    Quelques paragraphes plus haut, il est noté “C’est vrai qu’on fait des conneries, DES VOLS”

    Je dois avouer qu’associer un style de vie incluant le vol avec la notion de respect me laisse pour le moins sceptique.