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Cécile B.13 novembre 2020

Racisme anti-asiatique : la Covid a été un électrochoc

J'ai longtemps cru que j'étais préservée du racisme. La Covid-19 m'y a confrontée et m'a fait réfléchir à mes expériences passées.

Par Cécile B.13 novembre 2020

Février 2020, RER A, 18 h 30 : l’heure de pointe. Je rentre de l’université, les transports sont bondés. J’ai de la chance, il reste une place dans un carré. Je m’y installe. En l’espace d’une station, je découvre que mes voisins de voyage se déplacent. Non, ils ne descendent pas du train, ils se lèvent de leur place pour aller deux, trois mètres plus loin. Je me demande si je sens la transpiration, la clope, mais non, rien de tout ça. La raison de leur fuite est liée à l’actualité : je suis asiatique, en pleine émergence du Covid en France.

« Tu manges avec des baguettes toi ? » ; « T’es chinoise ? » ; « Nī hão. » J’ai entendu ces phrases comme des blagues pendant des années. Pourtant, je n’avais jamais considéré l’impact qu’elles auraient sur moi avant ces derniers mois. Je découvre par cette mésaventure la brutalité du racisme, l’ignorance des gens, les amalgames qui en découlent et leur méchanceté.

Il m’arrive d’oublier mes origines

J’ai été adoptée dès ma naissance. La transparence de mes parents à ce sujet m’a permis de ne jamais me sentir différente. J’irai même plus loin en disant qu’il m’arrive même d’oublier mes origines. Je ne les renie pas, non, mais elles ne représentent qu’une infime partie de ce qui me définit. J’ai toujours grandi dans une culture occidentale, je ne connais nullement la culture vietnamienne et paradoxalement ne suis pas une grande fan de l’Asie.

Fin octobre, des messages incitant à la violence envers les personnes perçues comme asiatiques ont été diffusés sur les réseaux sociaux. Le compte Instagram @stop_asiaphobie2 lutte contre la banalisation de ce racisme en relayant des témoignages de victimes.

 

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Je n’avais jamais été confrontée au racisme d’une manière frontale. Toute blague liée à mes origines était considérée comme une moquerie de jeunes ignorants et bêtes. Ces propos n’étaient nullement racistes car, après tout, la méchanceté n’épargnait personne. Mes origines ne paraissaient être qu’un prétexte comme un autre. Dans ma tête, on aurait pu tout aussi bien critiquer mes habits, mes lunettes, mon appareil dentaire…

Comment mon père aurait-il pu me préparer au racisme ?

Le Covid-19 a été un électrochoc. La sensation d’être un parasite contagieux a provoqué chez moi beaucoup de peine, de colère et malgré moi : un sentiment de honte.

Ces expériences ont provoqué chez moi le besoin de me renseigner, de réaliser que le racisme se trouvait aussi dans des paroles et des actes anodins. Hélas, je n’ai jamais réellement trouvé de réponse à mes questions. Internet, les réseaux sociaux… très peu laissent la parole à une minorité qui subit pourtant une lourde phobie asiatique.

Depuis le déconfinement, du fait que nous portions tous des masques, que le nombre de cas diminuait, je n’ai plus subi de discrimination comme celle de février. Néanmoins, avec la deuxième vague, le racisme anti-asiatique est reparti de plus belle sur les réseaux sociaux. Je suis effarée de lire qu’il y a des appels à « agresser chaque Chinois dans le rue » ; d’autant plus que les gens à l’origine de cette haine ne font nullement de distinctions et toutes les communautés asiatiques sont touchées. Il y aura toujours des amalgames blessants dus à mes origines tant que nous ne les dénoncerons pas. Il faut à présent informer, éduquer et sensibiliser ceux qui ne les ont pas vécu via les mêmes réseaux qui laissent diffuser les messages incitant à l’agression.

J’ai tout de suite voulu en parler à mon père et je me suis sentie écoutée, mais incomprise. Son premier réflexe a été d’atténuer les faits pour me consoler. Pour lui ce n’était pas si grave, cela ne devait pas m’atteindre. Dans notre longue discussion, il n’a jamais concédé que cela était raciste.

Rath Vireah est asiatique et a été adopté par des parents blancs. Depuis son enfance, il est confronté à leurs propos racistes et homophobes…

Pour lui, il s’agissait davantage d’ignorance, de maladresse de la part des gens. Sans fondamentalement les défendre, il essayait de justifier leurs actes : « Tu sais, je ne pense pas qu’ils se rendent compte. » Je sentais que notre discussion tournait en rond et j’en étais agacée, mais comment lui en vouloir, il n’a jamais été confronté au racisme : comment aurait-il pu m’y préparer ?

 

Cécile, 23 ans, étudiante, Suresnes

Crédit photo Pexels // CC  Ketut Subiyanto

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