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Stan L.6 juin 2020

Je rêve de quitter ce quartier qui m’enchaîne

Je suis bloqué là où j'ai grandi, dans les quartiers Nord de Marseille. Je rêve de partir, mais sans diplôme, je m'accroche à la musique comme porte de sortie.

Par Stan L.6 juin 2020

Mon univers, c’est les quartiers Nord.

Ceux où il y a le foot, l’art de rue, ou la rue tout court. Avec les collègues, nous avons tous fait à peu près le même parcours. Tous les huit, on était au même collège, celui du secteur évidemment. On est ensuite allés au lycée. Et aujourd’hui, on est encore tous ici. Comme dans un siphon. Sans pouvoir s’envoler.

Tu ne gagnes rien, surtout pas un emploi

Pourtant, j’ai bien fait les choses. Je n’ai pas honte. J’ai été mal conseillé : l’électrotechnique, c’était pas mon kiff. J’ai changé pour la maintenance nautique, mais je n’étais pas trop dedans non plus. Je n’ai pas eu le diplôme.

Retour aux quartiers Nord.

Ici, il n’y a rien. Pour aller à la boulangerie, il faut au moins dix minutes. Les mamans doivent prendre le bus, c’est une demi-heure le temps de l’attendre.

Le travail, c’est zéro.

Y a pas un boulot sauf assistante sociale, mais c’est déjà pris. Y a les boulots d’entretien, mais ça ne fait pas envie. Y a la douane aussi, celle qui est à l’entrée du quartier. C’est le moins fatiguant des métiers ici. C’est entre 80 et 100 euros par jour. Sans diplôme. Au-dessus, y a d’autres métiers du deal, mais je ne les connais pas. De toute façon, ça ne m’intéresse pas. Je ne veux pas de cet argent-là.

Alors tu travailles tes connaissances, genre tu vas t’entraîner au studio, tu progresses, t’apprends des choses. Mais là, c’est gratuit. Tu ne gagnes rien. Et surtout pas un emploi. Heureusement que j’ai des parents. C’est du luxe d’en avoir. Mais à 20 ans, je ne veux plus bénéficier de leur argent.

Je veux me débrouiller.

Quitter les quartiers Nord pour qu’il se passe des choses dans ma vie

J’ai fait brancardier et bossé à McDo pendant deux ans, un peu de bâtiment. J’ai transpiré quoi. J’ai passé mon permis aussi, pour pouvoir bouger. J’ai même une voiture, l’ancienne de mon frère, une Clio 2 qui roule.

Et je suis toujours bloqué là. Au quartier.

Clément a grandi dans les quartiers de Clermont-Ferrand. Pour prendre sa vie en main, loin des galères, il a décidé de partir pour la campagne.

Je sais que la ligne à suivre c’est partir. Tous les jours, je me dis ça. Sinon, il ne va rien se passer. Et je veux qu’il se passe des choses dans ma vie ! Alors je perds mes heures sur un clavier d’ordi à faire de la musique.

Et j’espère, je rêve, que cela me permette de partir, de quitter ce quartier qui m’enchaîne.

 

Stan, 20 ans, en formation, Marseille

Crédit photo Pexels // CC Aidan Roof

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