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Emeline T.1 octobre 2020

Raciste, sexiste et homophobe… c’est mon père

Mon père a des opinions que je ne supportais plus, surtout sur les femmes. M'éloigner de lui a été la meilleure solution pour m'affirmer et militer.

Par Emeline T.1 octobre 2020

« Tous les Arabes sont des voleurs. » Cette phrase m’a retournée, pourtant j’aurais dû être habituée. Habituée aux clichés que mon père sortait pendant qu’on mangeait le soir devant le journal télévisé. À son discours haineux, aux vidéos de Marine Le Pen et d’Alain Soral qu’il mettait à la télé avec l’appli Youtube pendant que je jouais sur l’ordi, le son à fond pour ne pas écouter ce que disait Soral sur le rôle des femmes.

J’avais 16 ans, un mois après je rentrais en première au lycée. J’ai dû attendre mes 18 ans pour m’émanciper. Couper le contact, quitter la Lorraine et surtout m’éloigner de ce bain de sexisme, de racisme et d’homophobie. M’éloigner de mon père.

« La place d’une femme c’est dans la cuisine »

En terminale, la question de l’orientation était forcément bien présente dans ma tête. Quelle surprise j’ai eu lorsque j’ai fait part de mon choix d’aller en licence de psycho. Mon père ne voulait pas participer à l’aspect financier pour quoi que ce soit. Pourtant ce n’était pas les moyens financiers qui manquaient. La fac étant accessible avec les transports en commun, je n’aurais pas eu à bouger de chez lui. Et il avait une bonne position économique. Non, c’est juste que, pour lui, « la place d’une femme, c’est dans la cuisine ». Je savais déjà que parler avec lui de ce que je voulais faire ne servirait pas à grand-chose. Il m’avait fait le coup avec mon envie de faire le Bafa (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) pour trouver un job pendant les vacances et me permettre de m’autofinancer le permis.

Mais ni le Bafa ni le fait que j’aie le permis ne lui plaisaient. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille… Quelle idée j’ai eu de vouloir aller vivre chez mon père pour terminer le lycée au lieu de rejoindre ma mère à Toulouse ?

« Les pédés on devrait les stériliser »

Mes parents ont divorcé quand j’avais 5 ans. Ma mère s’est remariée quand j’étais en cinquième, puis mon beau-père a pris sa retraite militaire et a trouvé du boulot sur Toulouse. Jusqu’à cette fameuse dernière année au lycée, je vivais, chez eux. Après les nombreux déménagements et changements d’écoles, j’avais enfin trouvé une stabilité dans ce lycée et je l’aimais beaucoup.

Dans la famille de Robie, les remarques homophobes fusent. Difficile d’affirmer devant eux qu’elle est lesbienne…

Mon père en a dit des choses pendant mon enfance, des choses qui touchaient à mon identité. Je me souviendrais toujours du moment où nous regardions la Manif pour tous pendant le repas et qu’il disait : « Les pédés on devrait les stériliser pour ne pas qu’ils se reproduisent. » Je savais qu’à lui, je ne pouvais pas en parler. De base il me faisait peur, lui dire c’était juste pas possible.

Couper les ponts a été plus que libérateur

Maintenant, je n’ai plus rien à craindre. J’ai rejoint ma mère sur Toulouse, mon billet de sortie se trouvait dans mes choix de vœux sur l’ancienne plateforme post-bac APB [admission post-bac – aujourd’hui Parcoursup]. En première place était la licence de psychologie au Mirail, à la seconde celle de Nancy. Bien sûr, il n’y avait que ma mère qui était au courant du choix que j’avais fait. Je l’avais appelée au moment où j’étais sur la plateforme, à remplir le plus vite possible le formulaire avant que mon père ne rentre du boulot.

J’ai attendu les résultats du bac pour l’annoncer à mon père. S’il avait su que j’avais demandé Toulouse et si je n’avais pas eu le bac, je pense sans doute que sa réaction aurait été pire que celle à laquelle j’ai eue droit. De toute façon, ma mère l’a appelé assez rapidement, lui a annoncé qu’elle et mon beau-père venaient me chercher, mes affaires et moi.

Ce récit est un extrait de notre livre Vies Majuscules – Autoportrait de la France des périphéries, aux éditions Les Petits Matins. Loin des clichés, c’est la France des invisibilisé.e.s qui se raconte. Disponible en librairie le 1er octobre.

Je n’ai plus de contact avec mon père. Au début, il m’envoyait des textos pour mes anniversaires et, une fois, j’ai reçu un courrier en recommandé pour me dire qu’il était sur Toulouse pour me voir. Je ne lui ai jamais répondu. Il m’arrive de monter en Lorraine mais c’est pour voir ma grand-mère maternelle. J’estime qu’avoir coupé les ponts avec lui a été plus que libérateur pour moi. Pour l’instant, je ne suis pas prête à lui reparler, peut-être un jour.

J’ai pu faire ce que je voulais : je suis en master de psycho, mon frère est pour l’instant le seul au courant pour ma copine et moi, et je suis devenue militante – notamment féministe.

 

Emeline, 22 ans, étudiante, Toulouse

Crédit photo Unsplash // CC Noah Buscher

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2 réactions

  1. Bravo, vous avez pris la bonne décision : parfois il y a des relations tellement toxiques et destructrices que la fuite est la seule solution.

  2. Bravo a toi ! Certains peres ne sont pas des peres, juste des geniteurs, et dans ce cas, on ne leur doit rien.