Avatar

Latifa G.27 mars 2020

Suis-je trop blanche pour être arabe ?

Soit « trop blanche » soit « trop arabe », je ne sais plus où me situer. Parce que pour les autres, mon métissage pose problème.

Par Latifa G.27 mars 2020

Je suis française par ma mère, et d’origine tunisienne par mon père. Et il est difficile pour moi de m’identifier à une partie plutôt qu’à une autre. On me renvoie toujours à mes origines arabes lorsque je suis en France, et à mon statut de touriste française quand je pars en Tunisie.

J’ai le sentiment d’être exclue dans les deux communautés pour plusieurs raisons. Du côté français, il y a le fait de ne pas entrer dans l’idéal type occidental. Je suis exactement l’opposé. Tout cela semble m’exclure de la société française et de ses codes.

Du côté arabe, pour certains je suis trop blanche de peau pour être « autorisée » à avoir des origines arabes. Et ne pas parler arabe m’exclut aussi au niveau de ma famille. Tout ça rend ma recherche d’identité plus difficile.

Devoir sans cesse justifier son origine…

Au cours de ma jeunesse, je ne prêtais pas attention à mes origines ni à celles de mes camarades de classe à Rennes. Au primaire, je n’ai jamais eu affaire à des remarques me faisant ressentir une différence entre moi et les autres élèves. Cependant, à mon arrivée au collège et au lycée, j’ai commencé à subir quelques remarques plus ou moins subtiles ou directes. Comme par exemple : « Tu es trop blanche de peau pour appartenir à la communauté d’origine maghrébine. »

Quand une personne racisée est « prise » pour blanche, on appelle ça du « white passing ». Elle profite alors de certains privilèges face au racisme, tout en pouvant se retrouver en questionnement identitaire. Dans sa chronique pour Roseaux.co, Margaux nous parle de ce concept tout droit venu des États-Unis.

C’est au lycée que je me suis rendu compte de la dure réalité des choses. Le fait de se sentir constamment à l’écart d’une communauté et devoir en même temps jouer le rôle du représentant de son pays d’origine. Le fait de devoir prouver qu’on mérite d’appartenir à cette origine précise et devoir s’en justifier en la représentant.

Je suis dans mon droit de choisir les deux

Les codes de nos sociétés occidentales et orientales essayent de nous inculquer que le métissage est une chance, que l’on doit en tirer ses avantages et en être fière. Mais ce que je constate tous les jours c’est qu’en tant que métisse je dois toujours choisir mon camp, à quel pays je serais digne d’appartenir le plus.

La preuve, la question « est-ce que tu te sens plus française ou arabe ? » revient tout le temps. À mes proches qui essayent ainsi de me ranger dans une case prédéfinie, je réponds que je suis faite de ces deux origines et que je suis dans mon droit de choisir les deux. Au début du lycée, je ne prêtais pas plus d’attention à cette question. Et semer le doute dans l’esprit des gens m’amusait.

Mais les années s’écoulent et les remarques autour de mon métissage commencent à m’épuiser. J’ai même le sentiment parfois que certains inconnus apparentent les métisses à des choses et non à des personnes. D’où la provenance du : « T’es quoi exactement ? »

On fantasme mon métissage

L’une des pires expériences que j’ai pu vivre, c’est le fait que certaines personnes se permettent d’inventer des origines étrangères que je ne possède même pas, à partir de la texture de mes cheveux, la couleur de mes yeux ou de ma peau : « Tu n’aurais pas des origines asiatiques ? Car tu as les cheveux noirs et lisses et la peau blanche, donc c’est forcément ton cas. »

Quand Sama a déménagé à la campagne, des remarques sur ses cheveux et sa couleur de peau, elle en a eu plein. Seule Noire de sa campagne, elle a fait face à l’ignorance de ses camarades.

Aujourd’hui, j’ai 20 ans, et je ne peux pas encore totalement affirmer avoir trouvé mon « identité ». Je ne connais que le côté touristique de la Tunisie, et j’aimerais découvrir sa partie culturelle. J’espère pouvoir retourner dans le pays natal de mon père avec ma famille afin de me ressourcer. Je n’y suis pas retournée depuis 2013 et mes parents m’y encouragent.

Et si je devais choisir entre devenir totalement blanche ou arabe, je préférerais rester comme je suis. Car c’est ce que je suis après tout. N’en déplaise à ceux qui fantasment le métissage.

 

Latifa, 20 ans, étudiante, Rennes

Crédit photo © Elliot Clarke

TAGS :

3 réactions

  1. On est bien dans le pays ou on vit qu on soit blanche ou pas pourquoi devoir choisir un arbre à plusieurs racines et c est qui fait sa force alors sois fière de ton héritage que t ont donnee tes parents et accepte ton melange comme une richesse .

  2. La Tunisie c’est la dictature ! Qu’est ce qu’il attend Macron pour nous rapatrier ?! Envoyez l’armée

  3. Je vis un peu la même chose. Français élevé à l’espagnol, je suis l’espagnol en France et le français en Espagne. Ce qui rend les choses moins difficiles c’est que j’ai embrassé les 2 cultures. Je vis en France depuis que je suis enfant, j’ai appris et grandit en aimant la France même si en grandissant je l’aime de moins en moins de par ce qui s’y passe. L’Espagne c’est mon pays de coeur, mes racines là où je vais pour me ressourcer. Tu n’es pas obligée de choisir par ailleurs, je pense que c’est une chance d’avoir 2 patries. Maintenant là où ça me fait tiquer, c’est que tu mettent dans la balance la France d’un coté et les arabes de l’autre. Cela dénote bien que cela va au delà d’un pays pour toi mais que cela touche à l’ethnie aux coutumes à un peuple. Or selon moi certaines ethnies ne sont pas compatibles que ce soit religieusement, ou au niveau des moeurs et des coutumes et c’est le soucis de nombreuses personnes arabes qui aimeraient sans doute embrasser la vie à la française mais qui ne le peuvent pas vis à vis de leur famille.