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Yanis T.9 avril 2021

J’ai mes TOC dans la peau

Mes TOC m’isolaient et me mettaient en danger. Le soutien de mes proches, mes hobbies et les antidépresseurs : trois ingrédients qui, réunis, me permettent d’aller mieux.

Par Yanis T.9 avril 2021

Quatre ans que je vis avec des crises de TOC. Elles se sont déclenchées vers 16 ans suite à plusieurs chocs psychologiques (famille, études…). C’est un mécanisme que le cerveau met en place pour extérioriser les choses qu’il ne peut plus gérer. Les différents chocs émotionnels étaient trop forts, donc le cerveau s’est mis en « repos ».

Mes troubles s’exprimaient de plusieurs manières. Il y avait des TOC (troubles obsessionnels compulsifs) moins dangereux pour moi, où ma tête bougeait toute seule, des sortes de convulsions… Mon corps entier tremblait et mes yeux se révulsaient. Il y avait aussi des crises orales, beaucoup moins fréquentes, où je criais sans que ce soit moi aux commandes. Enfin, les crises les plus dangereuses pour moi :  j’essayais de m’arracher la peau des bras, ce qui m’a donné beaucoup d’hématomes. Ce genre de crises étaient plus rares, c’était surtout lors de grands chocs émotionnels.

Les TOC me faisaient rater des semaines d’école

Les TOC m’ont énormément immobilisé dans la vie de tous les jours, me faisant rater des semaines d’école, redoubler, et ne pas sortir de chez moi pendant un mois.

L’école, je m’y sentais très mal, surtout lors de mon redoublement en terminale. Parfois, je n’y allais pas pendant une semaine entière car les crises étaient trop dures à gérer. Lorsque j’y allais, j’étais solitaire, j’avais la sensation de gêner. Pendant les pauses, je restais seul à écouter ma musique. Lors du repas du midi aussi, car j’avais, encore une fois, la sensation que je dérangeais les gens avec qui j’allais manger.

Les TOC touchent environ 2 % de la population française. Sur France Inter, les psychiatres Alain Sauteraud et Antoine Pelissolo les expliquent de manière ludique, du diagnostic au traitement.

Mon quotidien ? Une pression psychologique dès mon réveil, car je souffre aussi d’anxiété sociale. Mes mécanismes de défense sont multipliés par cent face à quelqu’un que je ne connais pas. Je dis souvent à mes amies que ma chambre est mon safe place, que c’est là où je me sens le mieux.

La sensation d’être observé par tout le monde a duré pendant de nombreuses années. Un simple regard, comme quand on regarde quelqu’un dans la rue, me faisait penser que tout le monde me voulait du mal. C’est là que les TOC se déclenchaient.

Jeux vidéos, musique et antidépresseurs

Je vais avoir 21 ans dans un mois. Le chemin vers la guérison a commencé l’année dernière. D’abord grâce à ma mère qui a su me comprendre alors que la santé mentale est taboue dans ma famille. Au début, ma mère et ma sœur étaient choquées et ne voulaient pas y croire, et puis elles ont commencé à se poser des questions sur mon mal-être. Les TOC que j’ai sont peu commun on va dire : ma mère n’en n’avait jamais entendu parler et ne savait pas comment m’aider, mais elle a regardé des vidéos sur Youtube pour mieux comprendre.

Les jeux vidéo m’ont également aidé : je joue énormément à la Play, ça me permet de m’évader, de passer de bons moments avec mes amies sans pour autant sortir de chez moi. Avant, je jouais environ sept heures par jour, à peine rentré des cours et jusque tard dans la nuit. J’ai fait plusieurs nuits blanches alors que j’avais cours le lendemain, à me coucher vers 4-5 heures pour commencer à 8 heures… La musique m’a aussi aidé, notamment à faire le point sur moi, sur ma vie.

Sofiane est atteint d’anxiété sociale. Diagnostiqué tardivement, il est aujourd’hui accompagné par un psychologue, qui l’aide à améliorer sa qualité de vie : « Il me donne des exercices concrets, comme sortir une dizaine de minutes par jour à une heure précise quand je m’enferme trop chez moi. »

Finalement, le traitement a démarré. Ça fait un an que je suis sous antidépresseurs pour m’aider à diminuer les crises, à me stabiliser émotionnellement et physiquement, mais aussi pour apporter de la sérotonine à mon cerveau. Lorsque que tu souffres d’anxiété sociale, ton cerveau en produit très peu par rapport à une personne lambda.

Me tatouer la sensation dans mon corps lorsque j’ai des crises

Sans mes TOC, je ne serais pas le Yanis que je suis aujourd’hui. Ils m’ont fait beaucoup de mal, mais ils m’ont aussi permis d’apprendre à mieux connaitre mon corps, mon cerveau, ma vie. Il ne faut pas en avoir honte, même si je sais que c’est dur à accepter. Aujourd’hui, les crises sont beaucoup moins récurrentes qu’avant, j’ai appris à vivre avec. Ma famille, mes amies sont les premiers à voir mes crises et je les remercie pour leur bienveillance et l’amour qu’ils m’apportent au quotidien <3.

J’ai même décidé de me tatouer la sensation qui passe dans mon corps lors des crises. C’est une manière pour moi de passer à autre chose, comme si maintenant j’avais repris le contrôle (même s’il me reste encore quelques « séquelles »), mais aussi de me souvenir qu’elles ont fait la personne que je suis aujourd’hui.

 

Yanis, 20 ans, étudiant, Souppes-sur-Loing

Crédit photo Lola Amsellem

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1 réaction

  1. Témoignage très intéressant ❤