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Liam25 octobre 2020

Transidentité : mon prénom est Liam, mon pronom est il

Le prénom sur ma carte d'identité n'est pas le mien. Le genre non plus. Je suis un homme transgenre et je veux m'épanouir dans cette identité.

Par Liam25 octobre 2020

Sur ma carte d’identité, il y a écrit mon deadname, mais moi je m’appelle Liam. Deadname, en français, ça signifie « prénom mort ». C’est le prénom de naissance que la plupart des personnes transgenres ne veulent plus entendre une fois qu’elles ont choisi leur nouveau prénom.

J’ai fait ma rentrée de septembre 2020 avec comme objectif de m’assumer en tant que Liam ; bien que scolairement, je ne l’ai pas encore fait. Je ne sais pas comment l’expliquer aux professeurs, ni à la classe. Mais c’est aussi mon nouvel objectif, et j’aimerais que ma classe et mes professeurs m’appellent Liam et me genrent en « il ».

J’ai fait un rejet total de ma poitrine

J’ai commencé à me poser des questions sur mon genre pendant mon année de troisième, je pensais être transgenre sans connaître ce terme. Ma puberté féminine a commencé en classe de quatrième mais est devenue visible l’année suivante. Je n’ai pas réagi comme j’aurais dû en tant que fille, je n’ai pas été content de devenir une « femme ». J’ai fait un rejet total de ma poitrine, qui a commencé à beaucoup me complexer. C’est la puberté qui m’a fait me poser mes premières questions, mais à cette époque je ne connaissais pas encore tout ça. J’ai donc fait des recherches pendant mes années de troisième et seconde.

À la fin de la seconde, après une longue négociation avec mes parents, j’ai pu sauter une étape et avoir une apparence plus « garçon » en me coupant les cheveux court. Je me souviens de ce moment-là, quelqu’un m’avait dit : « C’est quoi la prochaine étape ? Devenir un garçon ? » J’ai vécu ma nouvelle coupe de cheveux comme un soulagement et j’ai commencé à me sentir un peu mieux.

En classe de première, j’ai changé de style vestimentaire vers un style dit masculin. Je ne portais que des sweats à capuche et des t-shirt amples pour pouvoir camoufler au maximum ma poitrine. Mais, malheureusement, par peur du regard des autres et de décevoir mes proches, j’ai cherché un genre qui comportait le genre féminin. Je suis donc passé de non-binaire (une personne qui ne se sent ni homme ni femme) à bi-genre (qui se sent homme et femme).

Il fallait que j’accepte que je suis un homme transgenre

Je ne me sentais toujours pas bien dans mon corps en terminale. J’ai fini par penser que j’étais genderfluid (pas de genre déterminé) tout en ayant à nouveau un penchant vers la transidentité. En milieu d’année est venu le confinement, et une remise en question totale. J’ai réalisé petit à petit que je suis un homme transgenre et qu’il fallait que je l’accepte, au risque de me détruire mentalement et physiquement.

De la première injection de testostérone à son opération, en passant par son coming-out et son changement de prénom, la web-série Océan de France Tv Slash suit la transition du comédien et humoriste Océan durant une année.

Pendant les vacances d’été 2020, j’étais décidé à m’assumer à la rentrée. Je me suis cherché un prénom masculin. Après plusieurs recherches sur internet, j’ai fait une liste des prénoms qui me plaisaient le plus avant de sélectionner « Liam ». J’ai ensuite décidé de faire mon coming-out à mes amis, qui s’est très bien passé. Ils l’ont tout(e) bien pris et respecté mon choix tout en m’encourageant pour ma future transition.

Je veux juste m’épanouir dans le bon corps

Ensuite, j’ai fait mon coming-out à mes parents. J’ai commencé par ma mère, pensant qu’elle allait mieux le prendre que mon père, mais au final ça a été l’inverse : ma mère ne l’accepte pas du tout et ne veut pas que je fasse de transition. Mon père l’a mieux pris en me disant que c’était mon choix et que je devais assumer les conséquences financières (éventuelle opération, traitement de testostérone…) et sociales. Bien que ma transidentité ne soit pas un choix… Pour autant, je n’ai pas le droit de faire de transition tant que je suis sous leur responsabilité et que je ne suis pas indépendant financièrement pour subvenir seul à mes besoins.

Manon est une femme queer et et ses ami.e.s sont transgenres. Leur amitié leur permet de se sentir plus fort.e.s pour faire face aux regards des autres, affirmer leurs identités et lutter contre les discriminations.

Ce qui m’a amené à être sûr que je sois un homme transgenre, ce sont mes crises de dysphorie de genre, que j’ai au début pris pour de simples crises d’angoisse. La dysphorie de genre, c’est ce qu’une personne transgenre ressent en vivant dans le mauvais corps. C’est un mal-être qui peut conduire à se faire du mal physiquement. Il y a aussi l’utilisation de mon deadname, quand on me genre en « elle » et qu’on me dit « madame », ce qui me blesse car cela renvoie à l’identité que j’ai jouée pendant plusieurs années. Autres exemples qui me font du mal : « Tu vas te transformer ? » « T’as même pas essayé d’être une fille. » Et celle qui me blesse le plus : « Tu resteras toujours une fille. » Non, j’ai toujours été un homme et je veux juste m’épanouir dans le bon corps.

 

Liam, 18 ans, étudiant, Rennes

Dessin et composition © Nathalie Hof / La Zep. Avec les photos Pexels // CC Rosemarw Ketchum et Unsplash // CC Teddy Österblom

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