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Darryl A.27 juillet 2020

Mon frigo, c’est la drogue qui le remplit

Mes parents n'ont pas beaucoup d'argent. Alors, pour aider la famille, je vends de la drogue là où il y a des clients : à Paris. À 180 km de chez moi.

Par Darryl A.27 juillet 2020

Mon père travaille dans une vieille usine, ma mère ne travaille pas. En plus, mon petit frère est handicapé. À mes 14 ans, quand ma petite sœur est arrivée, j’ai vu qu’on n’avait pas beaucoup d’argent. Dans le frigidaire, il y a du beurre, des sauces, et c’est tout. On n’a même pas de packs d’eau. Les fins du mois, il n’y a plus rien à manger. Un jour, je me suis dit : Je dois aider mes parents. Ce n’est pas pour mes parents que j’aide, c’est pour mes petits frères. Donc je vends de la drogue.

Ça m’arrive d’aller à Paris. Je vais directement chez mon cousin, à Saint-Ouen, je lui demande qu’il me fasse bosser. Je fais que des midi-minuit, pendant une semaine je vends. Dans la semaine, je peux gagner 1 000 euros. J’ai peur pour ma famille, mais pas pour moi.

Mon père a su que je vendais de la drogue

Quand mon père a su que je vendais de la drogue, il m’a dit : « Si tu vas en prison, c’est ton problème. » Je vais à Paris parce que ça tourne plus qu’à Troyes. Ici, on est dans une région où tu dois attendre vingt minutes pour que quelqu’un vienne, alors qu’à Paris ils font la queue. Avant d’arriver à Troyes, j’étais à Argenteuil, dans le 95, puis dans le 19ème, à Paris, puis à Saint-Ouen. Nos parents nous ont amenés à Troyes pour être tranquilles. Avec moins de gens. C’est moins mouvementé qu’à Paris où tu peux vite être influencé.

À Marseille, dans le quartier de Malpassé, Oryan est témoin du manège entre les dealers et la police. Et des problèmes que ça crée.

À Paris, j’ai eu un choc. C’était à la Cité rouge, dans le 19ème. J’étais avec mon cousin, on est sortis, on a marché, on a croisé les mecs de Belleville, il m’a dit « on court », j’ai dit « on se défend », on s’est battus, quelqu‘un a sorti un couteau, il m’a mis une balayette, je me suis pris un coup de couteau sur le genou.

Ici, c’est moins mouvementé. C’est un mini-Paris. Tu peux moins être influencé alors qu’en banlieue, tu vas fréquenter des personnes et tu vas vite sombrer, j’en connais qui sont morts. Je crois que je vis des trucs d’adultes, mais plus tôt. Je le dis dans mon rap :

« Touche à ma mère j’assure que je fais sortir le fer. 

Beaucoup de problèmes mais j’ai la tête et les deux pieds sur terre… »

 

Darryl, 17 ans, en formation, Troyes

Credit photo Unsplash // CC Huseyin Akuzum

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