Chaïma A. 14/07/2019

Y a qu’à l’étranger que je me sens française

tags :

De nationalité française, j'ai dû attendre de voyager aux États-Unis pour enfin définir librement mon identité, sans avoir affaire à la question : « Non, mais c'est quoi ta vraie origine ? »

Ici, en France, je n’ai jamais senti que mes origines étaient acceptées… Ça a commencé dès l’école. Les profs nous faisaient toujours des reproches si on voulait parler de notre origine ou si on disait un mot non français. Je sentais que c’était négatif de dire que nous étions de telle ou telle origine. « Je suis française » était une phrase qui m’était totalement étrangère à cette époque-là. Par contre, « I am French », là… Ça me parle plus ! Voilà pourquoi.

Au lycée, j’ai réalisé que dire « Je suis algérienne » était vu comme une erreur, que ce n’était pas correct et que c’était même négatif. À chaque fois, mes profs me faisaient cette réflexion : « Non, tu es française d’origine algérienne. » C’était comme un reproche, qui revenait souvent. J’avais le sentiment que si je disais juste « Je suis algérienne », cela signifiait que j’étais contre la France. Un jour, une fille de mon lycée m’a fait une remarque : « Mais c’est qui qui te nourrit ? L’Algérie ou la France ? » C’était la pire réflexion que j’ai eue et celle qui m’a le plus marquée. Je ne me suis jamais sentie à ma place en France, et toujours étrangère. Si on me reproche de dire que je suis de telle origine, comment suis-je censée me sentir chez moi ? Et comment suis-je censée dire « Je suis française » ?

Ils m’appelaient même « french girl »

Il m’arrive de me sentir étrangère, malgré le fait que j’ai la nationalité française, que je parle très bien français, et que mon arrière-grand-mère était française. Il faudrait qu’on s’éloigne de nos origines, qu’on les oublie, pour mieux s’intégrer ? C’est exactement ce que veut Eric Zemmour, que nous changions de prénom et que nous nous « habillions » à la française. Je ne comprendrai jamais… Si je m’éloigne de mon origine, de mon histoire, qu’est-ce que je vais devenir ? C’est ce que je suis. C’est comme si on m’arrachait une partie de moi. À force, je ne le supporte plus. J’ai du mal à dire « mon pays, la France ». La seule fois où j’ai été fière de dire « On a gagné ! » ou « On est les meilleurs » en parlant de la France, c’était lors de la Coupe du monde !

Chaïma le critique, nous on adore en rigoler avec Le Gorafi [un média humoristique] ! Eric Zemmour avait fait polémique en dénigrant certains prénoms jugés pas très franchouillards !


Je me sens donc algérienne et pas française, mais uniquement en France. J’ai participé au programme des Jeunes Ambassadeurs qui m’a envoyée aux États-Unis pendant deux semaines. Et surprise ! Là-bas, je me suis sentie naturellement française. La première fois qu’on m’a dit « Hey! Where are you from ? », j’ai automatiquement répondu « I’m French, from France. » Et la réaction des gens n’a pas été négative, ils ne m’ont pas demandé « Non, mais ta vraie origine ? », « Non mais t’es quoi exactement ? » Non, eux, ils m’ont demandé de parler français.

J’ai eu exactement le même ressenti en Angleterre. Tous mes amis me voyaient comme une Française plutôt qu’une « Française d’origine. » Ils m’appelaient même « french girl ». Je me sentais enfin capable de parler de mon pays, de le défendre, de le décrire ! Aux États-Unis et en Angleterre, je n’avais pas besoin de prouver qui j’étais ni d’expliquer d’où je venais et pourquoi.

Je peux faire le choix de mon identité

Lorsque je suis ailleurs, je suis mieux acceptée et surtout je m’accepte mieux en tant que Française. Personne ne m’a rien imposé, c’est pour cela que je me sens libre de choisir mon origine et mon appartenance. Alors qu’en France, je me sens davantage algérienne et j’ai ce besoin de montrer que je suis d’une autre origine, malgré le jugement que je subis lorsque j’en parle. C’est ma facette rebelle qui a besoin de montrer que si je veux être communautaire je peux le devenir, si je veux assumer mon origine, je le fais.

Je n’ai pas le sentiment d’être à ma place ni même d’avoir trouvé ma réelle identité. Est-ce que cela vient de moi ou de la société ? Qu’est-ce que je peux faire pour devenir plus française que je ne le suis déjà ? Je sens que ça ne va pas s’améliorer à l’avenir : depuis peu, j’ai décidé de porter le voile. Je fais déjà l’expérience d’un plus grand rejet au quotidien, dans la rue ou dans les magasins…

Soumaya porte le voile et ne comprend pas les réactions de ceux qui s’y opposent. Peu importe, elle assume et compte bien réussir dans la vie, en étant voilée. « Mon voile risque de m’empêcher de trouver du travail »

Moi, j’adore les cultures et la mixité. À l’étranger, j’ai été avant tout perçue comme un humain, une personne qui a une histoire et qui fait le choix de son identité. Je ne veux pas me soumettre à la façon dont une société voudrait que je me représente ! Je voudrais juste me sentir acceptée comme je suis. Mais ce n’est pas gagné.

 

Chaïma, 22 ans, étudiante, Vénissieux

Crédit photo Unsplash // CC Dorian Hurst

Partager

3 réactions

  1. tu as besoin de faire face a tes deux identités peu importe ce que les gens en disent!!!

  2. Mon cas est un peu différent du texte mais je me retrouve dans certaines des situations !! Mais j’en ai marre d’expliquer mes origines, alors que j’ai la nationalité française et je connais pas trop mon pays !! Je suis ici

  3. Ça m’a inspiré ce texte je me sen plus algérien mtn même si je suis pas mdrrrr

Voir tous les commentaires

Commenter