Je ne veux pas subir le monde, je veux le vivre !

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Face au monde, je me sens impuissante.

Les images « chocs » et les mots remplis de violences, de haine, circulent. Ils s’affichent, puis disparaissent pour laisser la place à ceux qui débarquent fraîchement.

Quand je navigue sur internet, quand je ne sais pas quel magazine choisir avant de monter dans un train, quand je lève la tête et que je vois les gros titres sur les kiosques à journaux… je me sens blessée par le monde. Ce trop-plein de mots et d’images nous attire dans une spirale de désespoir. Et cela devient presque « normal ». Malgré soi.

Il arrive que je lise un mot, et que je m’arrête. Je ferme tout. Je me réfugie ailleurs.

Parfois, les larmes me montent aux yeux. Je les retiens. Se laisser ainsi atteindre rendrait la vie impossible.

Se couper du monde, la seule solution ?

À un moment donné, j’ai choisi de me couper du monde. C’était probablement nécessaire.

Me couper. Écouter de temps en temps écouter la radio et rester insensible. Quand tout devient trop dur : se boucher les oreilles, fermer les yeux.

Mais je suis une citoyenne française. Je suis une jeune citoyenne de ce monde et m’en couper totalement me paraît impossible, irresponsable surtout.

Alors je culpabilise de ne plus suivre, de ne plus « savoir », de m’être éloignée de la politique et de la société. Et c’est dur. Dur de me dire que la seule solution que j’ai trouvée pour vivre est de rester « en dehors ».

Non. Je refuse de croire que c’est la seule solution. J’aime me battre, j’aime espérer. J’aime le monde.

Je rêve d’un engagement qui serait contagieux

Qu’est-ce qui rend le monde si violent si ce n’est l’image qu’on en donne ? Le climat de violence doit être entretenu. La peur est une arme politique incontournable.

Alors je fais le tri sur les réseaux sociaux. J’ouvre « ma toile » à la culture, à l’art, et surtout, je laisse la place aux petits bonheurs du monde, aux découvertes incroyables, aux actes courageux, aux discours porteurs d’espoirs.

Et j’en tire la force d’affronter le reste, petit à petit. Je me remets dans le bain en évitant le cynisme.

« De toute façon, quoiqu’on vote en 2017, on est quand même mal barré… », voilà ce qui ressort de la dernière conversation sur la politique française que j’ai eue avec deux amis. Je pense à Machiavel et sa vision de la politique : « En politique, il n’y a pas de bien et de mal, il n’y a que du pire et du moins pire. »

Mais en fait, je ne veux pas de « moins pire », je ne veux pas m’en contenter. Alors je décide de parler des politiques locales intelligentes, de projets menés à petite échelle qui changent la vie et donnent envie d’avancer, tous ensemble. Et nous nous laissons aller à rêver de solidarité, de coopératives qui pourraient favoriser l’agriculture locale, d’associations qui permettent de renforcer le lien humain, de cinémas ambulants, d’art, de musique…

Je me retrouve à aspirer à des combats qui valent la peine d’être menés. Je rêve d’un engagement qui serait contagieux, d’actions qui donneraient envie de donner ; donner encore et encore, et recevoir aussi. Échanger. Partager.

Partager pour vivre le monde

Je retrouve le sourire avec la campagne HeForShe et le discours d’Emma Watson. Écouté à deux heures du matin, il me parle, me touche au plus profond de mon être, en tant que femme, en tant qu’humain.

Je suis admirative devant Malala Yousafzaï et Kailash Satyarthi et leur prix Nobel de la paix.

Je partage un lien sur l’épicerie La Recharge à Bordeaux et son projet d’aller vers un monde post-capitaliste. Je souris à l’idée qu’il y a là une ouverture à une façon de vivre différente.

Je dévore l’article de Causette sur l’école Plein Air d’Uccle en Belgique qui porte un regard franc sur la question de l’éducation sexuelle.

Je m’emballe à l’idée de participer un jour à un projet comme celui du Landfill Harmonic Orchestra qui fabrique des instruments de musique à partir d’objets recyclés pour permettre au plus grand nombre d’apprendre à jouer d’un instrument.

Je refais le monde en discutant quand je fais du covoiturage, j’essaie de faire connaître des associations qui me tiennent à cœur, j’encourage les personnes que je connais, de près ou de loin, à s’impliquer, participer, à être de ce monde !

Je me souviens alors pourquoi j’ai décidé d’accepter d’être sur les réseaux sociaux : ils permettent tout ce partage, facilitent les rencontres improbables et pourtant si enrichissantes.

Alors je me dis que le monde, c’est aussi cela. J’éteins mon ordinateur avec le sourire aux lèvres, en pensant très fort au fait que je ne veux définitivement pas subir le monde, je veux le vivre.
Kanelle, 22 ans, Rouen

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