Nuit Debout, la naissance d’un cri dans la nuit

Cri nuit
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Je suis venu en curieux, et aux premiers instants je me suis senti perdu par la masse, la colère, la foule. Je suis reparti. Mais mon vieux rêve ne m’a pas laissé dormir. J’habite tout près de la place de la République alors je suis revenu, toujours plus curieux, plus motivé.

Et à nouveau, j’ai dérivé sans savoir quoi faire, quoi dire. Et puis j’ai reconnu un visage, celui de William. Je connais peu William. Nous avons des amis communs, nous nous sommes vus à une projection, dans une fête, nous avons parlé de cinéma, de la pluie, du monde.

Je ne savais pas qu’il était à bout, que sa colère grondait contre un système qui ne nous laisse que trop peu de place. Je le savais comédien, j’aurais pu croire que face à la foule, il saurait tenir un long discours. Mais, moi-même comédien, je sais à quel point il est différent de jouer un personnage dans une pièce et de livrer le fond de sa pensée face à la foule des citoyens, des indignés, des révoltés et des abattus. J’ai senti mon coeur s’emballer et ma parole se brouiller face à la foule des intermittents au Théâtre de la Colline et j’ai vacillé. Je me croyais fort, je ne le suis pas tant que ça. Je ne savais pas que William était plus fort que moi, je l’ai appris.

Nous ne voulons pas participer, nous voulons agir

Quand j’ai reconnu William, je suis allé à sa rencontre, sachant qu’il ne refuserait pas la conversation. Nous avons peint une banderole ensemble « pour attirer des gens place de la République pendant la manif de demain. » Et puis, il m’a raconté comment, depuis le premier jour, il est là. Comment son corps fatigue, comment la vie est dure lorsque l’on travaille pendant la journée pour payer ses factures et qu’on s’active la nuit pour faire bouger les choses. Nous avons ri de l’ingéniosité de la Cantine Debout qui installe un évier en inox sur deux palettes pour faire la vaisselle. Nous nous sommes interrogés sur l’avenir du potager qui s’est créé sous les dalles de la République, sur le prix de ces dalles aussi. L’action provoque des questionnements étranges…

Je lui ai raconté les errements de ma volonté lorsque j’avais essayé de prendre la parole quelques jours plus tôt, dans le confort d’un théâtre. Il a reconnu les symptômes de l’affolement. Il m’a confié les soubresauts de son propre coeur car oui, lui aussi, il a parlé devant une foule qui ne voulait pas forcément l’écouter. Mais à ma différence, il a su résister à la vague de ses peurs, il s’est découvert une force qu’il ne se connaissait pas, une éloquence et une voix qui l’ont surpris. Il a parlé à la Nuit des Débats, face à la Maire de Paris et au directeur de Mediapart. Il a hurlé pour se faire entendre. Et dans ce cri primal, il y avait le coeur de sa colère, l’essence de la révolte : « Nous ne sommes pas des participants, nous ne voulons pas participer, nous voulons agir ! »

William n’est qu’un, il n’est que lui, mais il est debout. Il a su libérer son cri, il m’a donné l’espoir de réveiller le mien. Je le connais un peu mieux aujourd’hui et je suis heureux d’avoir assister à la naissance d’un cri.

 

Sébastien, comédien, Paris

Crédit photo Camille Cohendy

 

NB : Ce texte a été initialement publié sur Gazette Debout

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