J’ai rêvé d’L comme littéraire

trompe_l_oeil
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« Je veux aller en L ! ». Voici la phrase que je m’étais murmurée depuis mon entrée au collège. Mais là, je voulais passer du rêve à la réalité. C’était la fin du deuxième trimestre de ma seconde. La phrase est sortie malgré moi lors d’un repas de famille, avant même que j’ai pu y penser réellement. Mon père a fait les yeux ronds puis a sifflé dans sa barbe. A quoi ça sert après tout. Je n’étais pas une vraie littéraire au vu de mes notes et je n’avais pas de… « projet professionnel ».

Il n’y a que cette passion pour la littérature que je disais avoir. Or, j’avais beau être une fille de 16-17ans un peu balourde, cela ne pesait pas beaucoup dans la balance.

Des cours qui n’avaient pas de sens pour moi

Deux ans plus tard, après avoir obtenu un bac ES à contre cœur, je suis arrivée dans un amphi de droit en me demandant ce que je foutais là. Le temps n’avait rien altèré à cette impression : aucun cours n’éveillait ma curiosité. Je me sentais vide. Un petit soldat qui marchait en rythme du mauvais coté d’un trottoir. Mais ma tête voulait de l’action. Du sens. Fin du premier semestre. Une chargée de TD de droit civil, un peu aigrie sur les bords, déchira la copie que je venais de lui rendre après une nuit d’insomnie. J’ai appellé ma mère en larmes.

Le moment d’annoncer son choix…

Elle me dit de persévérer, mais la phrase ressort, aussi belle qu’au premier jour, malgré une légère marque du temps qui s’est glissée dans ses courbes : « Je veux aller en lettres modernes ». Je n’en revenais pas. Elle m’est apparue si belle et si fragile… J’avais envie de la protéger. Pour cela, il fallait la faire exister. Donc je n’ai pas attendue d’avoir les bons mots. Ce n’était plus une demande que je faisais à ce dîner familial un peu amer, juste une annonce.

… et de l’assumer !

La ré-orientation a été un jeu d’enfant. A la lecture de ma lettre de motivation et de la mention « concours général de français 2010 » et de mon 17 au bac, le jury n’a pas hésité très longtemps. Cela fait un an et demi que je suis enfin moi-même. Pourtant, j’ai toujours un petit frisson en voyant chaque jour la déception dans les yeux de mon père . Il me parle sèchement de ses inquiétudes quant à mon avenir, comme si j’étais la seule responsable de la mauvaise image que certaines personnes peuvent avoir des littéraires. Mais je ne changerai pas d’avis. J’écoute ses remarques sans broncher. Je n’ai plus envie de rentrer dans des dialogues de sourds. Je continue mon chemin, même si cela ne plait pas à certains. Peut-être que c’est ça le premier pas vers l’âge adulte.

Adèle, 20 ans, étudiante, Ile de France

Illustration : Plashing Vole Flickr CC

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