Supprimer les notes ? Ce qu’en pensent des élèves de 3ème

Notes
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Une semaine sur deux, la salle de permanence du collège Lucie Aubrac de Champigny-sur-Marne se transforme en scène de « battle ». Une douzaine d’élèves de troisième sont présents, le groupe se divise en deux, les porte-paroles de chacun se campent derrière leur ligne de démarcation… et la joute verbale peut commencer. Une équipe soutient la thèse, l’autre s’y oppose. Salem, de la Maison de l’Adolescent de Champigny, est le créateur de ce Club Débat. C’est lui qui arbitre le duel sur le thème du jour choisi lors de la séance précédente. Aujourd’hui : les notes au collège servent aux profs, alors arrêtez de nous noter !

L’équipe défendant la thèse pose tout de suite le problème en se demandant ce qui remplacerait les notes si celles-ci étaient supprimées. L’équipe attaquante a sa répartie bien préparée : dans certaines écoles un système de pastilles de couleur (rouge, orange, vert) est déjà mis en place ! Ce sont alors les compétences acquises qui sont évaluées une par une.

D’un point de vue pratique, une réforme totale du système d’évaluation ne paraît de toute façon pas envisageable à la défense, car trop chère et trop longue. Les parents eux-mêmes émettent des réserves à ce sujet. L’équipe adverse oppose des chiffres : 95 % des parents pensent que les notes équivalent à un classement et 77 % sont pour une diminution du poids des notes. Les notes dépendent en effet davantage des circonstances de l’examen que des connaissances réellement acquises par l’élève et elles peuvent donner l’impression à l’élève que c’est son intelligence qui est notée, plutôt que ses connaissances sur un sujet particulier. La défense fait remarquer qu’à défaut de représenter l’intelligence, les notes permettent d’évaluer la volonté.

Historiquement, la défense avance que l’évaluation s’est toujours faite par des notes. Ce sont des moyens d’évaluation précis, contrairement aux pastilles : on ne peut pas différencier deux élèves dont les connaissances ont été évaluées comme « acquises » alors qu’on peut différencier un 17 et un 18. Les notes peuvent de plus être un facteur de motivation en poussant les élèves à viser toujours le maximum (20/20 !) plutôt que de se contenter d’appartenir au « groupe vert ».

La façon dont seraient évalués sans notes des examens tels que le brevet ou le bac et de comment s’effectuerait l’acceptation dans les lycées ou les écoles est d’autre part questionnée. Un choix par compétences acquises et centres d’intérêt serait peut-être suffisant… Plus généralement, comment évaluer sans examen ? Une solution serait l’échange oral plutôt que le rendu d’une copie.

Finalement, l’intérêt principal des pastilles de couleur comme mode d’évaluation est d’empêcher le calcul d’une moyenne générale finale, qui mène au classement, lui-même source de démotivation.

Plus qu’une dizaine de minutes avant la fin de la pause déjeuner. Le rythme s’accélère, chaque équipe a droit à un dernier argument. Et Salem reprend la parole. Ni gagnant ni perdant : le tableau que remplit Salem tout au long du débat ne sert qu’à noter certains passages qu’il a estimé marquants, de manière positive (ex : citation de source sûre) ou négative (ex : mauvaise écoute de l’adversaire). Après avoir rapidement présenté d’autres pistes d’arguments, Salem propose un thème pour la semaine suivante : « Cigarette, chicha, alcool : il est bon d’y goûter pour savoir ce que c’est vraiment !!! ? »

La sonnerie retentit et c’est dans un joyeux bazar que les participants quittent la scène de « battle », toutes divergences oubliées.

Laura, volontaire en service civique, avec les élèves de 3ème participants au Club Débat du collège L. Aubrac, Champigny-sur-Marne

Photo Flickc CC Dean McCoy

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